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Des lycéens écoutent attentivement et prennent des notes lors d'un cours.
Des lycéens écoutent attentivement et prennent des notes lors d'un cours.
©GERARD JULIEN / AFP

Algorithme

Mais que se passe-t-il avec Affelnet, le logiciel national d'affectation en seconde ?

Beaucoup de parents parisiens se plaignent d'affectations étranges qui ne correspondent pas du tout aux souhaits, ni au niveau scolaire de leurs enfants.

Aurélien Véron

Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

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Atlantico : Affelnet fait parler de lui actuellement. Que se passe-t-il en ce moment avec le système censé répartir les élèves du collège au lycée ?

Aurélien Véron : Affelnet, est la pièce d’un puzzle qui cherche à planifier la mixité sociale. Un algorithme vise à distribuer les élèves de troisième dans des lycées qu’en principe ils doivent choisir. On demande aux familles de choisir une dizaine de lycées. L’algorithme les répartit selon plusieurs critères, à commencer par les notes des élèves, ce qui fait qu’un bon élève devrait être mieux servi qu’un mauvais dans le choix du lycée. Au-delà des notes, un nouveau critère vient de faire son apparition : le lieu de résidence. Chaque année, l’algorithme est instable et rajoute un biais de calcul. Donc ce qui marche une année ne marche pas forcément la suivante. A cela s’ajoute un critère social. Ces différents critères ont des poids relatifs méconnus qui ne donnent pas un sentiment de transparence.

Le résultat, notamment à Paris Centre actuellement, est que de nombreuses familles dont les enfants avaient 15 ou 16 de moyenne voient ces derniers envoyés dans les derniers lycées de leur choix, souvent d’un mauvais niveau, et parfois éloignés du lieu de résidence. Certains élèves n’ont même pas de réponses à leurs choix. Les classes se vident des élèves résidant près du lycée pour être remplies d’élèves qui viennent de loin et ont parfois un faible niveau. Le critère social peut parfois l’emporter sur le critère des notes. Un mauvais élève habitant loin pourra être privilégié au nom de la mixité. Les familles ont du mal à comprendre ce qu’il se passe. J’ai commencé à en parler l’année dernière avec le changement d’algorithme.

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Pourquoi est-ce cette année que les dysfonctionnements font réagir ? Le phénomène n’est-il vrai qu’à Paris ?

Chaque année, le ministère et ses hauts fonctionnaires, dans un esprit bourdieusien, cherchent à dissoudre les quartiers bourgeois en forçant une mixité artificielle avec un résultat contraire à ce qui est attendu. Chaque année, ils essaient donc d’orienter plus encore le logiciel pour casser l’homogénéité et le prétendu entre-soi reproductif.  Cela va faire fuir les classes moyennes et entraîner une course vers le privé car Affelnet ne concerne pas les lycées privés. L’école privée représente 35% des élèves à Paris (contre 20% au niveau national). La demande explose à cause des résultats de ce logiciel.

Je ne sais pas s’il y a des dysfonctionnements ailleurs. A la campagne, il y a moins de lycées mais dans des villes comme Paris où il y a une forte densité d’élèves et d’établissements, ce logiciel a du travail pour déconstruire la bourgeoisie.

Pourquoi ce logiciel ne fonctionne pas selon vous ?

On se rend compte que vouloir planifier la mixité sociale par algorithme, vouloir forcer la main invisible de la société civile qui s’organise progressivement et vouloir imposer un calcul mathématique avec des critères arbitraires aboutit à beaucoup de confusions et d’injustices et des résultats catastrophiques pour des familles qui pensaient être tranquilles. Elles pensaient que la carte scolaire et la logique du mérite donnaient à leur enfant une voie toute tracée dans leur quartier de résidence. Au lieu de cela, c’est le saut dans l’inconnu par un arbitraire de l’Etat. Certains élèves se retrouvent dans des lycées catastrophiques et voient compromis leurs espoirs de grandes écoles ou de fac prestigieuses.

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Des élèves moyens vont prendre leur place et tous vont faire de plus longs trajets. Il y a une logique de mixité derrière ça, mais c’est traité de manière arbitraire, opaque et, une fois de plus, les classes moyennes sont pénalisées. A mon sens, cela va accélérer le désespoir de familles qui veulent déjà fuir Paris centre. Au lieu de favoriser ce que la planification visait, la mixité sociale, on obtient le contraire. Les classes moyennes s’en vont et restent des très pauvres et des très riches face-à-face. La même chose arrive avec les HLM. C’est totalement inefficace mais cela disloque la vie des quartiers et c’est une catastrophe sur le plan humain. Le sentiment est compréhensible, il faut casser les ghettos mais la méthode, la brutalité et l’ampleur du phénomène ne sont pas acceptables.

Est-il possible d’agir ? Si oui qui le peut ?

Je ne suis pas juriste mais je me demande si des recours auprès du Conseil d’Etat pour se plaindre de cet arbitraire ne seraient pas possibles. Je ne suis pas sûr que cela débouche sur grand-chose. Mais ce n’est qu’un élément du puzzle de cette prétendue mixité sociale. Les parents peuvent aussi contester auprès de l’académie. La FCPE, un syndicat de parents d’élèves, est traversée par d’énormes fractures et il n’est pas impossible que des parents se plaignent. Il y a un vrai désespoir à la veille des vacances. L’Education nationale espère que juillet et août vont calmer les parents mais je n’exclus pas que les parents descendent dans la rue pour se plaindre. Ils auraient raison car les familles sont des cobayes de sociologues idéologues.

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