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Macron veut en finir – et il a raison – avec la "guerre mémorielle" concernant la colonisation. Oui, mais alors il faut que cela soit donnant-donnant.
©Reuters

Souvenirs, souvenirs…

Macron veut en finir – et il a raison – avec la "guerre mémorielle" concernant la colonisation. Oui, mais alors il faut que cela soit donnant-donnant.

Le Président de la République a été digne lors de son séjour en Afrique Noire. Il a tenu un discours qu'on avait envie d'entendre depuis longtemps.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Emmanuel Macron a trouvé enfin les mots justes. Il a dit vouloir en finir avec la "guerre mémorielle". Il a plaidé pour la "réconciliation des mémoires". Et a dit que pour la France, la route à suivre ne comportait "ni déni, ni repentance".

Ça nous change et c'est bien. Depuis des dizaines d'années, avec en point d'orgue la loi Taubira, nous expions et nous demandons pardon. Jour après jour, nous faisons pénitence, mais ce n'est jamais suffisant pour les fanatiques de la repentance. Ils ne seront rassasiés que si nous nous mettons à genoux ou mieux, si nous nous prosternons.

Nous avons maintes fois récité un mea culpa pour l'esclavage. Les villes de Nantes et de Bordeaux ont baissé la tête car elles s'étaient enrichies avec la traite négrière. Nous nous sommes nous-mêmes cloués au pilori pour la colonisation en Afrique Noire.  Et notre mauvaise conscience nous empêche de trouver un sommeil réparateur quand nous pensons à la torture que nous avons pratiqué en Algérie.

Il y a une très jolie chanson interprétée par Jeanne Moreau : "J'ai la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien…" Quand – ça nous arrive – notre mémoire flanche, les apôtres de la victimisation veillent au grain et nous rappellent à l'ordre. Ils sont nombreux dans les radios, sur les plateaux télés, dans les journaux et dans les universités.

Ce sont eux qui mettent dans la tête des gamins noirs que si certains d'entre eux ne réussissent pas à l'école, c'est parce que leurs ancêtres ont été colonisés ou mis en esclavage. Ce sont eux qui, pareillement, expliquent aux enfants arabes en échec scolaire que cela est dû au maréchal Bugeaud qui s'est très mal conduit en Algérie. Ces pourvoyeurs de haine et de ressentiment sont des imbéciles. Mais en abîmant une jeune génération d'enfants issus de l'immigration, ils se conduisent en criminels. Un crime contre ces enfants…

Pour reprendre les mots de Macron, le temps est donc venu de "réconcilier les mémoires". Mais il ne peut y avoir de réconciliation si une mémoire est niée. La nôtre aussi doit être prise en compte. Ainsi nous attendons des excuses pour ce que les Barbaresques, ancêtres de ceux qui nous demandent réparation ont fait pendant des siècles sur nos côtes. Des dizaines de milliers de femmes enlevées pour être livrées aux émirs ou aux pachas. La traite des Blanches serait-elle moins condamnable que la traite des Noirs ?

Nous souhaitons entendre des paroles de contrition pour l'abominable massacre d'Orléansville en 1957. Pour les attentats sanglants visant des jeunes gens et des jeunes filles au seul motif qu'ils étaient français. Nous voulons aussi que le monde arabe, de la Mauritanie au Yémen, se repente d'une abomination rarement évoquée : des millions de Noirs soumis aux fouets de leurs seigneurs et maîtres. Des millions de Noires considérées comme un butin pour des harems. Oui, c'est à la France d'en parler : les pays d'Afrique noire sont trop faibles, trop dépendants, trop pauvres pour l'exiger.

Dans les années 80, il y eut à la tête de l'Ouganda un tyran monstrueux et grotesque. Idi Amin Dada. Dans sa folie néronesque, il entendait venger l'homme noir de l'humiliation subie pendant la colonisation. Il convoqua des caméras pour se faire immortaliser dans un palanquin porté par quatre Blancs. Depuis, de différentes façons certes, cette scène est rejouée et rejouée. Nous supportons le nouveau fardeau de l'homme blanc. On peut comprendre que nous soyons las de porter le palanquin…

 

 

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