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Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse avec Olaf Scholz à la Chancellerie de Berlin, le 9 mai 2022.
Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse avec Olaf Scholz à la Chancellerie de Berlin, le 9 mai 2022.
©JOHN MACDOUGALL / AFP

Atlantico Business

Macron réinvente l’Europe à deux vitesses avec une prépa pour ceux qui veulent entrer comme l’Ukraine. C’est malin.

Emmanuel Macron a proposé de construire, à côté de l’Union européenne, une organisation de pays qui aspirent à intégrer l’union mais qui ne sont pas totalement prêts. La solution est très habile pour faire patienter l’Ukraine ou faire revenir la Grande Bretagne.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Fallait y penser. Emmanuel Macron n’a rien fait d’autre que de ressortir la vieille idée d’une Europe à plusieurs vitesses et dans l’actualité douloureuse que traverse l’Europe, ça peut s’avérer très intelligent.  Pour tous les Européens convaincus, la proposition d’Emmanuel Macron est habile. D’un point de vue de la géopolitique, dans une Europe bousculée par la guerre en Ukraine, il vient d’offrir une solution que les Ukrainiens ne pourront pas refuser, et contre laquelle les Russes ne pourront pas s’opposer. 

Devant le Parlement européen, à Strasbourg, pour la clôture de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, le président de la République a plaidé en faveur d’une réforme des traités et pour une Europe à plusieurs vitesses. Cette approche a le mérite de soulever les questions qui s’imposent, même si elle risque, à l’examen, d’alimenter quelques divisions. 

En clair et dans la situation actuelle, l’Europe des 27 ne pouvait pas accueillir en son sein le République d’Ukraine. Le pays n’y est pas prêt. Ils n’ont pas de frontières définitives, il est en conflit armé avec la Russie qui aurait pris le rapprochement comme une provocation et un engagement de toute l’Europe dans la guerre. Par ailleurs au niveau économique, l’Ukraine n’est pas au niveau. Pas plus qu’elle ne l’est au niveau de son organisation administrative. Ça n’est pas un secret mais l’Ukraine, comme beaucoup de pays de l’Est, a encore tendance à utiliser la corruption internet comme méthode de redistribution des revenus. L’Union Européenne est une union d’Etats de droit, qui respectent l’application de tous les droits de l’Homme, droit du commerce et des échanges.

Bref, si politiquement, l’Ukraine peut logiquement prétendre à intégrer l’Europe, il va falloir auparavant qu’elle clarifie sa situation avec son grand voisin (la Russie) et qu’elle installe un État de droit cohérent et correspondant à ce qui se pratique en Europe occidentale. Pour toutes ces raisons, les responsables de l’Union Européenne ont accepté la candidature de l’Ukraine, sans oublier la nécessité de conduire une instruction préalable et lancer des réformes internes nécessaires. Cette période d’instruction sera très longue, sans doute plus de dix ans, d’autant qu’en Europe, certaines expériences d’adhésions un peu rapides ne se sont pas révélées très heureuses.

Le problème est que l’Union européenne ne pouvait pas refuser au peuple Ukrainien de lui ouvrir la porte, ce qu’elle a fait pour répondre en cette période de guerre à une demande vitale. Mais protéger l’Ukraine et l’aider à défendre ses valeurs ne signifie pas automatiquement l’accueillir en son sein. 

C’est pourquoi l’idée proposée par Emmanuel Macron offre une solution quasie magique. Il propose de créer à côté de l’Union européenne, un groupe de pays qui sont candidats à entrer en Europe, qui bénéficieront d’un certain nombre d’avantages sans en avoir les contraintes. Une sorte d’antichambre ou de sas dans lequel les candidats à l’Union pourraient se préparer ; s’équiper, se transformer. Mais dans lequel aussi les pays qui sont sortis de l’Union européenne mais qui commencent déjà à la regretter pourraient y revenir comme la Grande Bretagne, qui a du mal à survivre au Brexit. 

Le président français a donc finalement proposé une Europe à géométrie variable ou à plusieurs vitesses. Il avait déjà abordé cette idée lors de son discours de la Sorbonne au début du premier quinquennat, mais c’est une idée vieille comme l’Europe elle-même et qui existe déjà puisque nous avons aujourd’hui, les pays européens de la zone euro : 

La zone euro compte 19 pays européens, c’est le noyau dur de l’Europe avec l’Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie et Slovénie. Leur principale caractéristique est d’adhérer à la monnaie unique, l’euro. 

A côté de cette zone euro, il existe 8 pays membres de l’Union européenne mais pas de la zone euro : le Danemark, qui a formellement refusé d'adopter la monnaie européenne. Tous les pays membres de l'Union européenne ont vocation à rejoindre la zone euro dès lors qu'ils remplissent un certain nombre de critères fondés sur la discipline budgétaire, le niveau de l'inflation, celui des taux d'intérêt ou sur l'indépendance de leurs institutions notamment : la Croatie , la Bulgarie progressent mais éprouvent toujours des difficultés de gouvernance, Restent dans l’antichambre de l’euro la République tchèque, la Croatie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie. 

La Suède, comme le Danemark, l’Islande, la Finlande et la Norvège ne font partie ni de la zone euro, ni de l’Union européenne, mais ont signé des accords particuliers avec Bruxelles.  Le cas de la Grande Bretagne est particulier puisqu’elle a coupé tous les liens.

Il y a donc aujourd’hui trois organisations pour les pays européens :

Les pays de la zone euro (ils sont 19) 

Les pays de l’union européenne (ils sont 27 depuis le Brexit) 

Les pays hors union, hors euro, (ils sont 8) 

Les pays qui sont candidats à l’entrée, dont l'Ukraine et la Turquie.  

En fait, il existe plusieurs solutions possible et l’idée d’Emmanuel Macron d’organiser une classe préparatoire à l’Union européenne ne peut pas déplaire ni aux pro-européens ni aux anti-européens.  

Cette Europe à deux vitesses, ou à plusieurs vitessesà la carte ou encore à géométrie variable, est ancienne. Elle est née pour répondre aux difficultés de fonctionnement lors d’un élargissement mal préparé. Elle désigne aussi des scénarios d'intégration différentielle des États membres de l'Union européenne aux grands projets européens, tels que le grand marché intérieur, les quatre libertés ( liberté de circuler pour les hommes  les produits, les services et les capitaux) la monnaie, les droits fondamentaux. La première fois qu’on a parlé de l’Europe à 2 vitesses, c’était pour distinguer ceux qui adhéreraient à la monnaie unique et ceux qui ne le pouvaient pas. A partir de 2017, le concept a surtout désigné les options de retrait  concédés lors des différentes traités. Les aspects les plus visibles de ce phénomène ont été la non-intégration dans l’espace Schengen du Royaume-uni et surtout la non intégration à la zone euro du Danemark et de la Suède. 

L’idée d’Emmanuel Macron n’est donc pas nouvelle, mais son usage dans la passe montre bien qu’elle pourrait, lors de la négociation finale avec la Russie, enlever à tout le monde une belle épine dans le pied. 

Ajoutons d’ailleurs, sans aucun esprit de provocation, qu’Emmanuel Macron, lors de son premier voyage à St Pétersbourg dans le cadre du forum économique, avait proposé à Vladimir Poutine qui parlait (citant le général de Gaulle) de faire, l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, le président français, très diplomate, avait répondu qu'on pouvait commencer par choisir la monnaie européenne comme moyen de paiement du gaz.

 C’était il y a cinq ans, et à partir de ce moment, l’Europe a payé son gaz en euro. Les contrats à très long terme ont donc été passes en euros. Depuis, on a compris que le Kremlin avait changé d’avis.

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