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Libye : à quoi joue l'Algérie ?
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Diplomatie

Libye : à quoi joue l'Algérie ?

L'annonce de l'arrivée d'une partie de la famille Kadhafi sur le sol algérien, l’ambassade du pays à Tripoli attaquée et des relations diplomatiques tendues entre Alger et le Conseil national de transition libyen : décidément, les relations qu'entretiennent l'Algérie et la Libye ne sont pas au beau fixe.

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui est directeur général du cabinet de communication d'influence Guepard Group.

Il est l'auteur du livre Intelligence Economique et guerres secrètes au Maroc (Editions Koutoubia, Paris).

 

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Après de multiples rumeurs sur une fuite éventuelle de Kadhafi et de sa famille en Algérie, la nouvelle est tombée lundi soir sous la forme d’un communiqué laconique de l’agence officielle Algérienne APS, annonçant que "l’épouse de Mouammar El Gueddafi (NDLR : Kadhafi), Safia, sa fille Aicha, ses fils Hannibal et Mohamed, accompagnés de leurs enfants sont entrés en Algérie à 08h45 par la frontière algéro-libyenne".

Publiée peu après 17h - on imagine qu’il aura fallu aux autorités algériennes toute la journée pour déterminer l’attitude à adopter face à ces "hôtes" embarrassants - la dépêche se répand comme une trainée de poudre et vient jeter un peu plus le trouble sur l’attitude ambigüe de l’Algérie depuis le déclenchement de la révolte Libyenne. Bien que l’Algérie aie précisé depuis qu’elle accueillait la famille du guide de la révolution libyenne pour des considérations "strictement humanitaires", beaucoup s’interrogent en effet sur les motivations véritables de ce qui ressemble de plus en plus à une ultime provocation à l’encontre des nouveaux maîtres de la Libye.

Quelques jours auparavant, c’était l’arrestation présumée à Tripoli de centaines de mercenaires pro-kadhafistes du mouvement Front Polisario - soutenu par Alger dans sa lutte face au Maroc pour l’indépendance du Sahara Occidental - qui avait déclenché la fureur des autorités algériennes. Ces dernières ont demandé à ce qu’une "commission d’enquête" soit mise en place pour faire la lumière sur cette sombre affaire. Venant ajouter à la confusion, cet événement s’est déroulé alors que l’ambassade d’Algérie à Tripoli a subi des dégradations importantes lors de la prise de la ville par les brigades révolutionnaires du Conseil National de Transition (CNT). Cet incident a probablement contribué à braquer un peu plus Alger, seul pays de la ligue arabe qui refuse jusqu’à aujourd’hui de reconnaître le CNT, invoquant comme raison sa "stricte neutralité" dans le conflit Libyen.

Mais au-delà de l’inimitié – désormais publique - entre les autorités d’Alger et les révolutionnaires du CNT, un autre sujet, avec des racines profondes dans la matrice de l’État algérien, fait surface peu à peu : le débat aux relents racistes et antisémites autour du rôle qui aurait été joué par la France et Israël dans le conflit Libyen. Or, cette résurgence de la thématique d’un supposé « néocolonialisme» qui serait orchestré en sous-main par Paris et Tel-Aviv fait partie de la panoplie régulièrement invoquée par le système algérien lorsqu’il craint des difficultés internes, et qu’il lui faut désigner un responsable, de préférence étranger. Ainsi, peu à peu, l’on a vu la presse algérienne qualifier les brigades du CNT de "commandos BHéliens", ou évoquer un projet farfelu d’installation prochaine d’une base israélienne en Libye.

Tous ces éléments combinés font craindre à plusieurs observateurs que le système algérien ne soit en train de jouer une partition qui pourrait in fine se retourner contre ses intérêts. En effet, en favorisant l’escalade avec le CNT, puis en annonçant la fermeture d’une large portion de sa frontière avec la Libye, Alger risque de s’ "insulariser" un peu plus dans un Maghreb en pleine reconfiguration. En effet, il faut rappeler que les frontières occidentales algériennes sont fermées depuis de nombreuses années, en dépit des appels successifs du Maroc en faveur de leur réouverture. Ne resterait alors à l’Algérie "insulaire" que son immense frontière sud, limitrophe du Sahel et de ses multiples dangers, et au nord son ouverture sur la Méditerranée. Isolé de la sorte, pendant combien de temps le système actuel pourra-t-il perdurer ?

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