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Les solutions chômage de type "sparadrap" n’adhèrent plus
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Les entrepreneurs parlent aux Français

Les solutions chômage de type "sparadrap" n’adhèrent plus

Les vœux sont souvent l’expression d’une impuissance chronique qu’on aimerait traiter tout en sachant, qu’on ne pourra rien y faire.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Les vœux sont souvent l’expression d’une frustration : "Ce qu’on n'a pas eu". Ce qu’on aimerait tant avoir. Souvent l’expression d’une impuissance chronique qu’on aimerait traiter tout en sachant, qu’on ne pourra rien y faire. C’est pourquoi les vœux sont souvent si pathétiques. Tristes. La meilleure chose serait de se concentrer sur les sujets sur lesquels on a un pouvoir certain, sur lesquels on a une compréhension à minima, sur lesquels on pense pouvoir inverser les courbes du destin.

Notre Président a choisi le contraire. Exhiber l’impuissance à l’écran, à une heure de grande écoute. Ce cri terrible, tant il est décalé et futile, donne une fois de plus la mesure de la prétention pathétique d’un gouvernement du grand écart, qui souhaite soigner un mal extrême sans les remèdes de "cheval" que le mal exigerait de prendre. Car le chômage en France n’est pas une fatalité. Mais il n’est pas non plus le fruit d’une baguette magique étatique. Il dépend des entreprises, du marché, de la croissance. Sur ces points, seule la confiance, elle même engendrée par le courage et la vision, peut changer le destin d’un pays. Un gouvernement, quel qu’il soit, ne peut créer l’emploi. Il n’en a ni les compétences, ni le pouvoir. Il peut simplement créer un cadre et une « ambiance » favorable à l’épanouissement de ces petits soldats, ces fourmis appliquées, que sont les entreprises. Des soldats sans armes, des fourmis estropiées, gagnent rarement des victoires et n’alimentent pas la collectivité.

Un président qui nous propose quoi d’ailleurs ? Des jeux et du pain ? Des lendemains qui chantent ? Un avenir magnifique, bercé par le plein emploi ? Pas très loin. Des grands travaux. Génial. Mais où a t-il trouvé une telle idée ? Du jamais vu. C’est brillant, nous aurions dû y penser. Un Etat qui a 2000 milliards de dettes, va faire des grands travaux. Surtout pas des économies, qui permettraient de réduire les charges et la fiscalité. NON !! Trop simple et surtout, trop fatiguant.

Des ronds-points supplémentaires certainement ? Terrain sur lequel nous sommes pourtant déjà champion d’Europe. Transformer des chemins vicinaux en autoroute, la Seine en Loire, et inversement ? Un club VIP de 10 000 m2 pour les dockers CGT de Marseille ou de la SNCM ? Peindre la Tour Eiffel en Vert pour amadouer les écolos ? Ce n’était pas nécessaire, les verts ne rêvant, comme tout bon trotskiste, que d’accéder au pouvoir et aux privilèges,  rivalisant de danse du ventre et contorsions diverses, pour accéder (Placet) ou revenir (Duflot) au gouvernement, l’honneur dans un mouchoir et l'ego déployé. Toute voile dehors. Le pathétique bal des prétendants.

Bref, des grands travaux. Financés par l’extorsion organisée et masquée, que la réglementation sur l’accès handicapé dans les restaurants et lieux publics va engendrer ? En effet, ces milliers d’établissements, incapables de mettre des restaurants non adaptés aux travaux décidés par un Etat dont les propres établissements ne sont pas accessibles, va ponctionner une taxe sur ces derniers et l’affecter à la réforme de ses bâtiments. Il fallait y penser. Encore une belle fiscalité déguisée.

Et puis, et puis, et puis dirait Brel, il y a l’apprentissage. La solution ultime. L’arme fatale contre le chômage. Tous apprentis !! Seniors dont le chômage a augmenté de façon dramatique depuis 3 ans, ouvriers et cadres des 60 000 PME qui ont mis la clé sous la porte en 2014 ou les 45 000 de 2015 ? Allez hop ! Tout ce petit monde va mettre un tablier d’apprenti et aller se frotter au bâtiment, à la métallurgie ou à la pâtisserie. Nous allons avoir une France artisanale comme jamais et le plein emploi. Brillant. Je vous le dis, mes amis, ce Président a l’innovation ancrée au plus profond de lui. Une idée à la minute, même si la minute dure depuis plus de 3 années. Comment ne pas y avoir pensé avant ? Peut être parce que l’apprentissage, sur le papier c’est génial, mais dans la réalité cela ne marche pas.

Les grandes entreprises, publiques notamment, ont pris des apprentis à ne plus savoir qu’en faire ces dernières années. L’état a fait fonctionner la planche à apprentis de façon massive, en demandant aux PSA, EDF et tant d’autres, de prendre des apprentis dont ils n’ont pas besoin, afin de les former, puis de les lâcher dans la nature des PME. Sur le fonds d’ailleurs c’était une bonne idée. Les PME se plaignant de prendre des jeunes sans formation et expérience, trouvait là des employés qualifiés et déjà aguerris. On peut d’ailleurs reprocher à nos entreprises de ne pas en profiter plus abondamment. C’est vrai.

Mais une meilleure idée encore aurait été de demander à ces mêmes grands comptes de payer ces PME, à moins de 73 jours (délai moyen de paiement en France, championne du monde toute catégorie sur le sujet), afin de leur permettre de survivre à défaut de vivre et croître. Sans croissance et sous-payées, en risque permanent de faillite, les PME françaises, et leur cohorte de TPE de 1 salarié (2 million d’entre elles) ne peuvent en aucun cas prendre un apprenti. Embaucher quand on n’a pas ou peu de croissance, et que vos clients ne vous paient pas, cela ne s’appelle pas de l’investissement mais du suicide. Or les entrepreneurs préfèrent mourir de mort naturelle, ils ont une aversion pour la potence et le fusil retourné contre soi.

L’apprentissage comme toutes les autres mesures nécessite, une bonne fois pour toutes Mr le Président, de la croissance, un allègement du poids de l’Etat, de la fiscalité, et surtout du cadre normatif. Et enfin, du paiement, par l’état et les grands groupes, des factures de ces PME et TPE qui sont la clé de l’emploi en France. Sans courage, sans connaissance des réalités de base d’une entreprise, que même Emmanuel Macron ne réalise pas, car il passe plus de temps à recevoir les institutionnels pour préparer Macron II, que les entrepreneurs, il ne se passera rien sous le soleil du chômage en France.

Mais pourquoi ne pas simplement, pour une fois, écouter ceux qui savent ? Ceux qui vivent et créent l’emploi ? Je ne vous parle pas des privilégiés de la représentation patronale, mais des entrepreneurs eux-mêmes, directement ou via leurs associations les plus actives, qui, elles, savent et ne calculent pas. Ne sont pas là pour obtenir des compromis ou faire de l’échange marchandise avec les syndicats salariés. Non ! Simplement en 2016, pour une fois, écouter la base, les gueux, les TPE et PME de petite condition, mais de grande vertu, celles qui voudraient bien mais qui ne peuvent pas, car l’Etat leur a transmis la seule maladie qui n’était pas transmissible jusqu'alors, à force de bêtises et d’erreurs répétées : l’Impuissance. L’impuissance empêche la reproduction, celle des enfants comme celle des emplois.

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