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Les scientifiques comprennent désormais ce qui déclenche parfois de violentes crises de larme sans raison apparente chez les bébés
©LOIC VENANCE / AFP

Du rire aux larmes

Les scientifiques comprennent désormais ce qui déclenche parfois de violentes crises de larme sans raison apparente chez les bébés

Des rires aux crises de larmes chez le bébé ? Ce phénomène bien connu des parents (et très déconcertant pour les nouveaux) a une explication très scientifique.

Stéphane Clerget

Stéphane Clerget

Stéphane Clerget est médecin pédopsychiatre. Il partage son activité entre les consultations et la recherche clinique. Ses champs d’étude concernent notamment l’adolescence, les troubles émotionnels et les questions d’identité. Il a mis en place à l’hôpital l’une des premières consultations d’aide à la parentalité. Il est l'auteur de Nos garçons en danger (Flammarion) et Les vampires psychiques (Fayard).

Les vampires psychiques de Stéphane Clerget

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Atlantico : La plupart des parents pensent que les enfants peuvent contrôler leurs émotions alors que leur cerveau n'est pas encore équipé pour. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie ? 

Stéphane Clerget : Le cerveau humain est lent à maturer. C’est ce qui rend le petit d’homme plus longtemps dépendant que les bébés des animaux mais aussi ce qui favorise les apprentissages. À la naissance, toutes les cellules cérébrales (neurones) sont en place dans le cerveau. Mais le processus de formation des connexions (synapses) entre elles (la synaptogenèse) est lent. Il a lieu pendant l’enfance et l’adolescence. La connectivité cérébrale n’arrive à maturité qu’entre 20 et 25 ans. La compétence pour réguler ses émotions qui notamment est le fruit d’une progression lente est sous l’influence majoritaire de la zone antérieure du cerveau dit frontale. Cette capacité est indépendante du développement cognitif (intellectuel) c’est pourquoi les parents peuvent être surpris que l’enfant de trois ou quatre ans comprennent intellectuellement le principe des règles et les consignes mais soit pour autant très intolérant aux frustrations et mettent du temps à s’apaiser.

A partir de quel âge la régulation des émotions se développe-t-elle ? Est-ce un développement semblable chez tous les enfants ? 

Cette régulation débute dès la naissance et évolue au fil du temps. Entre 2 et 4 les anglo-saxons parles des « terribles three » durant lesquels l’enfant a les compétences langagières et motrices proche d’un grand mais est loin d’avoir les capacités à maitriser ses émotions. À 7 ans celle-ci est déjà bien évoluée et ce n’est pas sans raison que l’on parle de l’age de raison. Cependant elle n’est pas totalement linéaire dans le temps en terme d’évolution car les remaniements cérébraux majeurs au moment de la puberté chamboulent l’équilibre obtenu à la fin de l’enfance. On observe alors une nouvelle période de difficulté à gérer ses émotions au début de l’adolescence qui rappelle celle des premières années avec ensuite une nouvelle amélioration progressive jusqu'à l’age adulte.

Quelle attitude de la part des parents peut aider l'enfant à développer ce contrôle des émotions ? Au contraire, quelles attitudes retardent ce développement ? 

Tout ne vient pas des parents car l’enfant ne nait pas avec un cerveau vierge. il vient au monde équipé d’un patrimoine inné très important de savoirs, de capacités et de compétences mais aussi avec des prémices de personnalité qui font que certains bébés vont être plus réactifs que d’autres ou plus faciles à consoler. Cependant l’environnement joue un rôle majeur dans la bonne évolution des capacités de maitrises émotionnelles. Les  bonnes réponses aux besoins de l’enfant en terme notamment de temps de sommeil suffisant, d’alimentation équilibrée, d’interactions positives, d’affection reçue, de climat sécurisant sont essentiels à cette bonne maturation. Les capacités des personnes que l’enfant fréquente (les parents, grands parents mais aussi la fratrie et la nounou) à réguler leurs propres émotions a aussi une grande influence puisqu’elles sont des modèles pour les siennes. Notons que les très jeunes parents sont désavantagés sur ce point par rapport aux plus âgés ayant une plus grande maturité cérébrale. À l’inverse, le non respect des besoins de l’enfant et a fiortiori de la maltraitance, des troubles de la régulation émotionnelle chez des adultes en charge de l’enfant, des comportements éducatifs inadaptés vont retarder ou empêcher cette maturation de se faire. En pratique on apprendra à l’enfant à reconnaître les différentes émotions chez lui et chez autrui comme chez les personnages de fiction et ensuite à les exprimer. Quand l’enfant aura des réactions de tristesse, de colère, d’agressivité ou d’autres jugés excessives on veillera à l’accompagner verbalement et ou physiquement avec douceur et persévérance pour l’aider à s’apaiser et à réguler ses émois. Si besoin on invitera  à l’enfant de s’isoler pour retrouver son calme grâce à divers moyens (jouets, doudou, dessin, piano ou …punching ball). L’important est de soi même montrer au tant faire se peut le bon exemple en gardant son calme, en étant patient face à cette poussée de fièvre émotionnel. Ce n’est pas du temps perdu puisqu’apprendre l’enfant à gérer ses émotions et à gérer ses frustrations lui permettra d’être bien intégrer socialement une fois adulte et à bien supporter les aléas de l’existence

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