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Emmanuel Macron prononce un discours lors de l'événement des start-ups et de la technologie Viva Technology (VivaTech), le 17 juin 2022 à Paris.
Emmanuel Macron prononce un discours lors de l'événement des start-ups et de la technologie Viva Technology (VivaTech), le 17 juin 2022 à Paris.
©MICHEL EULER / POOL / AFP

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Les patrons ne disent rien. Ils espèrent qu’Emmanuel Macron jouera le compromis, comme les Allemands. Sauf que la France n’est pas l’Allemagne

Pour sortir du piège dans lequel s’est mis Emmanuel Macron, la seule solution serait de trouver un compromis pour disposer d’une majorité capable d’accepter un programme de gouvernement. Mais la France n’est pas l’Allemagne.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La situation que crée le résultat des élections législatives est évidemment très compliquée. Le président n’a plus de majorité absolue pour faire passer les réformes qui s’imposent. C’est mathématique. 

Alors dans ce cas-là, il a très peu de solutions. 

La première serait qu’il démissionne purement et simplement pour remettre les clefs de l’Élysée au président du Sénat, en attendant d’organiser un nouveau scrutin. La rumeur dit que cette idée a circulé dans l’entourage du Président. Considérant que le couple Macron/Borne ne pouvait pas s’imaginer vivre 5 ans sans pouvoir gouverner ou en étant obligé de ferrailler quotidiennement avec des oppositions radicales d’extrême gauche ou d’extrême droite. Cette hypothèse parait exclue. Pas question de signer sa mort politique sur un échec aussi spectaculaire, surtout quand on a la quarantaine et la conviction d’avoir encore énormément de choses à faire.

La deuxième hypothèse serait de cohabiter avec l’Assemblée telle qu’elle est, en utilisant tous les ressorts que peut lui donner la Constitution : le referendum, les ordonnances, la dissolution ... Mais ce serait se préparer à quelques années agitées et sans doute inefficaces en termes de résultats. Les Français se détachent déjà de la politique… 

La troisième hypothèse serait de trouver des majorités de gouvernement ou d’idées pour pouvoir continuer à gouverner. La première version de cette hypothèse circule depuis 24 heures avec un rapprochement entre la représentation qui soutient Macron et un autre courant politique, sans doute de droite, comme le groupe des députés LR. 

Beaucoup travaillent en sous-main à un rapprochement entre les Macronistes et les Républicains.

L’idée serait de construire, un peu comme les Allemands, une coalition de gouvernement. Ce qui serait de nature à sécuriser les chefs d’entreprise qui craignent les débordements démagogiques dont ils feraient comme d’habitude les frais. Le fameux cercle de la raison très critiqué par les partis protestaires et souvent démagogiques serait ainsi reconstitué… 

C’est ce modèle très pratique en Allemagne qui a permis à Angela Merkel de gouverner plus de 10 ans et qui permet à l’actuel Chancelier de disposer d’une assise majoritaire assez solide. Ce modèle n’existe que dans les pays d’Europe du Nord où la majorité des forces politiques sont des forces de gouvernement. Ces forces-là préparent donc des projets compatibles entre eux et qu’ils appliquent dans le cadre d’un gouvernement qui reflète exactement la coalition.

La France n’est pas l’Allemagne. La France n’a pas cette cuture du compromis, la France a une culture du conflit ou de la confrontation entre une droite et une gauche. L’ambition d’Emmanuel Macron, qui pensait pouvoir gouverner au centre avec son « en même temps » a été son erreur et la cause de son échec actuel. Il a construit un hypercentre, mais à vouloir satisfaire tout le monde, il a tué les formations politiques de gouvernement, le parti socialiste d’un côté et les Républicains de l’autre, et il a repoussé ses adversaires aux deux extrêmes. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, il n’a plus de majorité et qu’il n’existe pas d’alternative de gouvernement 

Sauf que tout le monde regarde du côté des députés LR. Le parti qui a failli couler lors de la présidentielle avec Valérie Pécresse a encore plus de 80 députés. Le problème, c’est que ce parti ne s’entend pas face à une liaison possible avec Emmanuel Macron ; beaucoup lui sont viscéralement opposés pour des raisons idéologiques et politiques. Cela dit, pour beaucoup d’observateurs, il existe bien 30 ou 40 députés LR Macron-compatibles et qui seraient prêts à porter main forte à Emmanuel Macron. Les libéraux, notamment, considèrent que le pays a urgemment besoin de réformes structurelles pour prendre le train d’une nouvelle croissance.

Les dossiers qui peuvent être partagés par une majorité plus large que celle de la macronie sont très connus : 

La réforme des retraites 

Le renforcement des institutions européennes 

La politique budgétaire de rigueur 

La réforme de l'Education nationale et la réforme de la santé

La réforme fiscale visant à protéger les créateurs de richesse 

L’enjeu climat et la recherche d’une écologie de croissance…  

Ne parlons pas de tous les dossiers sécurité où Macron a toujours été très réservé, mais dont les LR sont très sensibles. 

Il existe énormément de sujets et de chantiers sur lesquels plusieurs courants pourraient s’entendre. On le sait chez Macron qui avait essayé de débaucher quelques supports avant la présidentielle. On le sait, du côté LR où certains ont été très tentés de passer chez Macron. Certains l’ont fait, d’autres peuvent encore le faire.

Les milieux d’affaires prêtent à Nicolas Sarkozy le projet de rapprocher une trentaine de ses amis députés LR de la Macronie.

Alors, il a deux solutions :

 - ou bien le parti LR signe un contrat de gouvernement avec la majorité Macron, c’est l’idée défendue par Jean-François Copé. 

- ou bien le parti LR et le groupe En Marche se rapprochent sur certains dossiers essentiels, c’est-à-dire que le groupe les Républicains servirait de force d’appoint sur certains textes et c’est l’idée qui est prêtée à Nicolas Sarkozy.

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