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Les Français déclarent qu'il faut disposer au minimum de 1490 euros par mois pour vivre.
Les Français déclarent qu'il faut disposer au minimum de 1490 euros par mois pour vivre.
©Reuters

Minimum vital

Les Français pensent qu'il faut 1490 euros par mois par adulte pour vivre correctement : qui sont ceux qui atteignent la barre ?

D'après un sondage, les Français pensent qu'un individu doit disposer au minimum de 1490 euros par mois pour vivre. Un chiffre qui correspond à de multiples réalités qui, soumises à de nombreux facteurs, renvoient à des profils assez différents.

Vincent Touzé

Vincent Touzé

Vincent Touzé est économiste senior au département des études de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).

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Atlantico : Dans un sondage diffusé par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et réalisé par l'Institut BVA, les Français déclarent qu'il faut disposer au minimum de 1490 euros par mois pour vivre. Dans le cas d'une personne qui gagnerait cette somme, comment se positionnerait-elle dans l'échelle des revenus en France ? Autrement dit, qui sont les Français qui gagnent 1490 euros ?

Vincent Touzé : D’après les statistiques publiées par l’INSEE  sur les revenus fiscaux 2010, un revenu mensuel de 1490 euros se situe à un niveau légèrement inférieur au revenu médian des Français (par unité de consommation, c’est-à-dire au revenu corrigé de la taille de la famille). Ce revenu médian est plus élevé à Paris (1 816€ par mois) et plus faible en province. Le revenu médian est un seuil de référence qui répartit la population en deux groupes de même taille : les 50% des Français les plus pauvres (revenus en dessous de ce seuil) versus les 50% des Français les plus riches (revenus au-dessus de ce seuil). Il est intéressant de noter que pour les français bien vivre signifient gagner à minima environ le revenu médian. Cela signifie-t-il pour autant que presque 50% des Français estimeraient mal vivre ?

Tableau – Revenu disponible mensuel

(en euros, par quartile et par unité de consommation)

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Si l'on se penche sur la répartition des revenus en médian en fonction de l'âge, on constate qu'un revenu médian de 1490 euros correspond à deux catégories plus précises : Les 18-29 ans – donc les jeunes –  parmi ceux qui sont intégrés économiquement, indépendant financièrement, dans le cadre d'un emploi à plein temps. Ensuite, passé trente ans, le revenu continue à croître jusqu'à 59 ans, avant de rebaisser. Le revenu médian revient autour de 1490 euros après 70 ans. Si l'on se penche enfin sur le revenu en fonction des catégories professionnelles, 1490 euros par mois, en revenu médian là encore, correspond à la situation des ouvriers qualifiés et bien intégrés professionnellement, ou le salaire d'un cadre débutant

Ni vraiment riche, ni vraiment pauvre, ce seuil de revenu n'est-il pas paradoxalement celui où il y a le plus de disparités dans la réalité de la vie ? Quels sont les facteurs qui peuvent faire que l'on vit réellement bien avec cette somme, et ceux qui font – au contraire – qu'un tel revenu puisse être insuffisant ?

Un revenu moyen est difficile à apprécier car les besoins peuvent varier selon la localisation (en raison de différences de coûts de la vie et notamment la valeur des loyers), selon l’âge (les besoins peuvent fluctuer sur le cycle de vie) et selon la structure familiale (dans un couple avec des enfants, il peut y avoir des économies d’échelle, ce qui signifie que le montant de revenu minimal n’est pas nécessairement proportionnel).

Il s’agit d’un revenu disponible et non d’un revenu brut. Ce revenu n’inclut pas les dépenses médicales remboursées ni tous les services publiques dont l’usage est gratuit. Ceci implique qu’un revenu minimal incluant la valeur monétaire de l’ensemble des services publics et l’assurance maladie est en réalité beaucoup plus élevé.

Par ailleurs ce revenu ne tient pas compte de la situation du ménage par rapport à son logement. Ainsi le propriétaire d’un logement qui a remboursé son crédit (souvent le cas des plus de 60 ans) a moins de dépenses qu’un locataire qui devra souvent consacrer près de 30% de son revenu en loyer.

Le montant annoncé dans ce sondage est supérieur de 75 euros (après correction de l'inflation) à la somme avancée dans une enquête similaire en 2008. Selon vous, pourquoi cette perception d'un besoin supplémentaire plus que proportionnel à la hausse du coût de la vie ?

Hors inflation, ce montant moyen de référence a augmenté de 5,3%, soit presque 1% par an. Cette hausse est plus élevée que la hausse du revenu disponible brut moyen. Cela peut signifier que les ménages surestiment la hausse du coût de la vie. Avec la crise, les ménages peuvent aussi se montrer inquiets pour l’avenir. Cette inquiétude peut se traduire par le fait que bien vivre nécessite être en mesure d’accumuler plus d’épargne de précaution.

Comment ont évolué globalement les conditions de vie de ceux qui gagnent cette somme légèrement inférieure au revenu médian (1630 euros/mois). Les Français qui gagnent autour de 1500 euros vivent-ils mieux ou moins bien qu'avant ? Pourquoi ?

En France, la hausse des loyers et du prix de l’énergie affecte le niveau des ménages. Ceux qui ont des profils de carrière professionnelle ascendante voient leur pouvoir d’achat augmenter. Pour les autres, la situation est plus difficile. Avec la crise, il y a plus de chômeurs (indemnisés et en fin de droit) et les négociations de salaires sont plus difficiles.Les statistiques de l’INSEE sur plus longue période montrent ainsi que le pouvoir d’achat réel a baissé pour une majorité de Français puisque les revenus seuils des 7 premiers déciles (70% de la population) ont tous baissé depuis 2008.

Propos recueillis par Damien Durand

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