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Le vieillissement de la population nous condamne-t-il à une croissance faible ?
©GEORGES GOBET / AFP

Avenir

Le vieillissement de la population nous condamne-t-il à une croissance faible ?

La réduction de la croissance est-elle inévitable ?

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Il est habituel de dire qu’une population vieillissante entraîne un ralentissement de la croissance. Dans quelle mesure cela est-il vrai ? Quelles en sont les raisons ?

Michel Ruimy : Le vieillissement d’une population se mesure de façon cinétique : il s’agit de l’augmentation de la proportion de personnes âgées dans la population au cours d’une période. Il résulte notamment de la croissance de l’espérance de vie (vieillissement « par le haut ») et d’une fécondité inférieure au seuil du simple remplacement des générations (vieillissement « par le bas »). 

Outre un déclin des systèmes de retraite et une hausse des frais de santé, les observations du passé montrent que ce phénomène a eu une incidence négative sur le niveau de prospérité et la productivité du travail car, à mesure que le nombre de personnes âgées s’accroît, les gouvernements peuvent être incités à négliger les investissements publics stimulant la croissance, l’éducation et les infrastructures au profit des dépenses de retraites et de santé. Tous ces effets pourraient être singulièrement marqués dans le futur proche avec le départ à la retraite de la génération du « baby-boom ». 

Néanmoins, toutes les projections relatives à ce sujet doivent être considérées avec prudence car, en général, aucune adaptation des politiques sociale et économique n’y a été modélisée et il a été supposé que les comportements des cohortes futures seraient les mêmes qu’aujourd’hui. 

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De plus, les corrélations identifiées - pour ce qui concerne le taux d’activité et l’âge - ne sont pas définitives. Des mesures politiques et des évolutions sociétales (augmentation de l’âge de départ à la retraite, population plus qualifiée, etc.) seraient susceptibles d’atténuer ce phénomène. Les capacités et les besoins de la population évoluant avec l’âge, la modification de la structure d’âge pourrait également avoir un impact sur la productivité du travail même si le niveau de connaissances, la capacité de jugement et l’expérience de vie sont, pour leur part, meilleurs chez les personnes plus âgées. 

Cette réduction de la croissance est-elle inévitable ? 

Il est impossible de déduire de cette corrélation macroéconomique supposée, une fluctuation effective de la productivité au fil de l’existence des individus. D’autres facteurs influencent la productivité, notamment l’intensité capitalistique. 

Dans les faits, les seniors de demain se distingueront de ceux d’aujourd’hui, à de nombreux égards, sur le plan économique (état de santé, niveau de formation, socialisation informatique, etc.). L’incidence économique du vieillissement sera donc probablement moindre que dans les projections. Elle pourrait toutefois être plus élevée en cas de bouleversements technologiques auxquels les jeunes d’aujourd’hui ne s’adapteraient que difficilement en vieillissant.

Enfin, les systèmes de retraite sont, depuis quelques années très affectés et, l’assurance-maladie risque d’être, dans les prochaines années, fortement déstabilisée. Les réponses démographiques au vieillissement ne sont pas manifestes. Accroître la natalité est peu aisé et accroître les flux migratoires est polémique. 

La réponse pourrait provenir de la hausse de la participation des femmes au marché du travail, aujourd’hui encore inférieure à celle des hommes. Une politique volontariste permettrait d’infléchir, de manière significative, la dégradation du ratio entre les actifs et les inactifs. Elle pourrait reposer sur deux piliers : la poursuite de la lutte contre les discriminations envers les femmes sur le marché du travail et une réorientation des politiques familiales envisageant une meilleure conciliation de la vie privée et de la vie familiale. Travail des femmes et forte natalité ne sont pas antinomiques et peuvent même aller de pair, pourvu que des dispositifs appropriés de garde des enfants soient mis en place.

Nos sociétés sont-elles prêtes à accepter le coût, notamment politique et économique, des mesures à prendre pour éviter cette réduction de la croissance ?

Plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Au plan politique, les sociétés vieillissantes comptant beaucoup de travailleurs âgés, sont également des sociétés comportant de nombreux électeurs âgés, qui sont, la plupart du temps, plus conservateurs que les jeunes et moins enclines à soutenir une immigration accrue. 

Ensuite, les entreprises peuvent modifier les rôles des employés à mesure qu’ils vieillissent afin de tirer le meilleur parti de leurs avantages comparatifs, tels qu’une vaste expérience et des relations professionnelles. 

Enfin, si la faible croissance de la productivité est due au fait que les travailleurs âgés produisent moins, les schémas de rémunération devraient en tenir compte. Les salaires auraient tendance à augmenter en début de carrière et à baisser en fin de carrière. Ce n’est pas ce qui est observé habituellement. Au contraire, les salaires sont plus bas pour l’ensemble des salariés dans les entreprises comptant beaucoup de travailleurs âgés. Autrement dit, ce n’est pas la baisse de productivité des travailleurs âgés qui semble freiner l’économie, mais leur influence sur leur entourage.

Mais surtout, un indicateur démographique pertinent permettant de comprendre les différences de croissance entre pays est la part des personnes d’âge actif dans la population. La croissance est d’autant plus forte que cette proportion est élevée. Si une baisse du nombre des naissances a un effet positif à court terme en réduisant mécaniquement les coûts induits par les enfants, celui-ci n’est que temporaire et peut se retourner à terme car une population dont le nombre de naissances diminue va vieillir plus vite et le rapport inactifs / actifs se dégradant, l’économie ralentir. L’Allemagne et la Chine ont ainsi plutôt bénéficié de cette conjoncture démographique favorable mais sont aujourd'hui confrontés à un risque sérieux de ralentissement.

Il semble que la solution se trouve au carrefour des questions concernant une immigration choisie, une politique familiale dynamique, le recul de l’âge de départ à la retraite et le développement du capital humain.

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