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Le terrorisme pour les nuls : ce qui motive l’enlèvement et la prise d’otages
Le terrorisme pour les nuls : ce qui motive l’enlèvement et la prise d’otages
©REUTERS/Stringer

Bonnes feuilles

Le terrorisme pour les nuls : ce qui motive l’enlèvement et la prise d’otages

Ce livre fait le point sur ce phénomène violent en perpétuelle mutation et vous aidera à comprendre un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Extrait de "Le terrorisme pour les nuls", Alain Bauer et Christophe Soullez, publié chez First (1/2).

Christophe Soullez

Christophe Soullez

Christophe Soullez est criminologue et dirige le département de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Il est l'auteur de "Histoires criminelles de la France" chez Odile Jacob, 2012
et de "La criminologie pour les nuls" chez First éditions, 2012. 

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Alain Bauer

Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf)

Il est également l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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Les enlèvements et les prises d’otages sont des moyens utilisés principalement par les organisations terroristes qui ont besoin d’argent mais aussi par certaines d’entre elles qui espèrent obtenir des concessions politiques. Ils représentent actuellement près de 15 % des actes du terrorisme international.

Les personnels des Organisations non gouvernementales (ONG), les journalistes, les touristes ainsi que les salariés des entreprises constituent les principales victimes des prises d’otages. Le recours à cette pratique est un moyen pour les terroristes d’entrer en négociation avec l’État d’origine de la victime. Ils réclament alors soit une rançon – pratique régulière pour obtenir un revenu et financer leur activité –, soit la libération de militants appartenant à leur mouvement. La nationalité de la victime n’est alors pas un hasard.

Il se peut également que l’organisation réclame des armes comme monnaie d’échange (en janvier 1987, au Liban, des otages américains avaient été échangés contre des batteries de missiles antiaériens).

C’est à partir des années 1970 que les enlèvements commencent à acquérir une dimension idéologique : enlèvement de Hanns-Martin Schleyer, président du patronat allemand et ancien Wafen-SS, en 1977 (en Allemagne) par la Fraction armée rouge et du président du Conseil italien Aldo Moro, en mars 1978, par les Brigades rouges. Dans les deux cas, les autorités ont refusé de céder… et les otages ont été assassinés.

Les années 1970 voient également la multiplication des prises d’otages. Le 5 septembre 1972, la prise d’otages sanglante perpétrée par le commando Septembre noir lors des Jeux olympiques de Munich entraîna la mort de 11 athlètes israéliens dans des conditions dramatiques. Le 15 mai 1974 – jour du 26e anniversaire de l’indépendance d’Israël – trois membres du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) attaquent l’école Netiv Méir de Ma’alot (Galilée), exigeant la libération de 23 prisonniers arabes détenus en Israël. Lors de l’assaut de l’armée israélienne pour libérer les otages, 21 enfants et 3 adultes sont tués.

L’une des plus célèbres prises d’otages de l’histoire, immortalisée par le film oscarisé Argo (2012) est celle survenue le 4 novembre 1979, à l’ambassade des États-Unis à Téhéran, où pendant près de quatorze mois, plus de 50 membres du personnel de l’ambassade ont été détenus en représailles au soutien des États-Unis au shah d’Iran. La prise d’otages s’est terminée à la mort du shah. Cet événement marque les débuts de la République islamique d’Iran et de ses relations conflictuelles avec les États-Unis. Le même mois, le 20 novembre 1979, dans l’enceinte de la Grande Mosquée de La Mecque, alors que 50 000 pèlerins sont encore présents malgré la fi n du pèlerinage annuel, au moment de l’appel de la prière, près de 300 musulmans fondamentalistes s’infiltrent dans la mosquée. Des policiers sont tués et, tandis que la panique s’empare des fidèles, l’un des leaders dénonce l’occidentalisation du royaume, la dépravation des moeurs de la famille royale et plus généralement, la corruption du régime. Le 22 novembre, la garde nationale saoudienne (GNS) tente de reprendre le lieu sans y parvenir. Le 23 novembre, les autorités saoudiennes font appel au Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) française. Deux semaines après le début du siège, les forces françaises et saoudiennes parviennent enfin à reprendre le contrôle du lieu saint au soir du 4 décembre, au terme d’un engagement qui fi t environ 250 morts et 600 blessés.

La prise d’otages des Jeux olympiques de Munich est entrée dans les annales du terrorisme, notamment en raison de son issue sanglante. Le 5 septembre 1972, vers 4 h 30 du matin, des membres de l’organisation palestinienne Septembre noir parviennent à pénétrer dans le village olympique, puis dans les locaux qui accueillent la délégation sportive israélienne. Après avoir tué deux athlètes qui tentent de résister, neuf autres sont pris en otage. Le commando tente de négocier plusieurs libérations avec les autorités israéliennes et allemandes, dont celles de plus de 200 Palestiniens et de 2 membres du groupe Fraction armée rouge (Rote Armee Fraktion), dont Andreas Baader, détenu en Allemagne. Sans succès, les terroristes négocient alors leur départ en avion avec les otages. Les autorités allemandes acceptent, mais pour leur tendre un piège, décidant de recourir à la force, une fois arrivées sur la base aérienne. L’opération, menée par des unités non préparées, est un échec. Lorsque la prise d’otages se termine vers minuit, tous les otages ont été tués, avec cinq des huit terroristes. C’est notamment cet événement, qui mettra en exergue les défaillances des services de police allemands, ce qui conduira de nombreux États à créer des forces d’intervention spécialisées. Le 23 octobre 2002, une cinquantaine de terroristes se réclamant du mouvement indépendantiste tchétchène, font irruption dans le théâtre de la Doubrovka de Moscou. 850 personnes sont retenues et les terroristes menacent de faire sauter tout le bâtiment. Le 26 octobre, après des heures de négociation, quelques otages sont libérés tandis que d’autres sont tués ou blessés. Les forces spéciales russes prennent d’assaut le bâtiment en utilisant un gaz paralysant qui tue la majorité des preneurs d’otages… mais aussi 130 spectateurs (sur environ 850 au total). Seuls cinq d’entre eux avaient été exécutés par le commando. La Russie sera condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme en décembre 2011 à payer un total de 1,3 million d’euros à 64 ex-otages. La Cour a critiqué les autorités russes pour n’avoir établi ni les circonstances de la mort des otages ni les responsables des négligences, ainsi que sa faiblesse opérationnelle. Moins de deux ans après, le 1er septembre 2004, dans le cadre de la seconde guerre de Tchétchénie, des terroristes séparatistes tchétchènes armés prennent des centaines d’enfants et d’adultes en otage dans l’école de Beslan en Ossétie du Nord. Le 3 septembre, après trois jours de siège, une explosion dans l’école dont l’origine reste inconnue provoque un mouvement de panique chez les enfants. Les preneurs d’otages se mettent à tirer et les forces spéciales interviennent. Selon le bilan officiel, il y aurait eu 344 civils tués, dont 186 enfants. L’assaut suscita lui aussi de nombreuses interrogations. Certains groupes terroristes procèdent à des enlèvements d’individus qui sont ciblés en fonction de leurs fonctions, de ce qu’ils représentent, ou des liens qu’ils peuvent avoir avec l’État. Ainsi, en Italie, l’enlèvement du général américain James Dozier, en décembre 1981, par les Brigades rouges, avait pour objectif de montrer que, malgré la répression dont elle était l’objet, l’organisation était toujours vivace. Il sera libéré par les Forces spéciales italiennes après 42 jours de captivité éprouvante.

Dans les années 1990, la Colombie, le Mexique, l’Inde ou la Somalie connaissent des vagues d’enlèvements qui sont parfois perpétrés par les guérillas. Ainsi, en Colombie, en 1997, sur près de 1 822 enlèvements, 980 sont le fait des guérillas locales. Les États les plus touchés sont ceux qui ont sur leur sol des organisations séparatistes ou qui doivent affronter une opposition armée : Caucase, Somalie, Angola, Yémen, Colombie, Irak, etc. Ces organisations bénéficient généralement de soutiens locaux et disposent surtout d’une infrastructure locale leur permettant d’agir plus efficacement.

Extrait de "Le terrorisme pour les nuls", Alain Bauer et Christophe Soullez, publié chez First, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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