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Le rugby n'est plus le rugby : il succombe aux mêmes embrassades forcenées que celles des footballeurs
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Bonnes feuilles

Le rugby n'est plus le rugby : il succombe aux mêmes embrassades forcenées que celles des footballeurs

Qui peut affirmer, sans rire, que l’Education nationale enseigne mieux aujourd'hui que sous la IVe République ? Non seulement c’est pire, mais cela va s’aggraver : les humains auront de plus en plus de mal à s’exprimer entre eux parce qu’ils auront remplacé la conversation par la communication. Entre 1950 et aujourd'hui, nous sommes passés à la société industrielle, puis à celle de la "com" et de la pub pour échouer dans le virtuel. Avec sa verve habituelle et son humour caustique, Alain Paucard invite à trouver dans notre malheur la force de l’affronter. Extrait de "Oui c'était mieux avant" d'Alain Paucard éditions Jean-Cyrille Godefroy 1/2

Alain Paucard

Alain Paucard

Alain Paucard est né et ne vit qu’à Paris. À son compteur, 35 livres dans tous les genres, notamment Paris, ses rues, ses chansons, ses poèmes (2000), VIII e Prix des Bouquinistes. Mais le Président du Club des Ronchons se signale surtout par de virulents pamphlets, comme Le cauchemar des vacances ou récemment Paris, c’est foutu !

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Dans les années cinquante, les deux sports les plus populaires étaient le vélo, moyen de transport le plus utilisé par « les travailleurs » et la boxe, qui remplaçait avantageusement les honoraires d’avocat. Le rugby n’était guère populaire mais ses dirigeants eurent la bonne idée d’accepter les retransmissions télévisées au contraire du football. C'est ainsi que Roger Couderc fut grand et les frères Boniface ses prophètes. Jusqu’à sa transformation en sport professionnel le rugby était surnommé le rugby des villages. Un joueur qui venait de marquer un essai n’était pas félicité par ses camarades. S’il avait marqué ce n’était que la conséquence d’un mouvement collectif et il n’avait pas plus à être fêté que celui qui venait de lui passer le ballon. Le rugby de maintenant succombe aux mêmes embrassades forcenées que celles des footballeurs. Le rugby n’est plus le rugby. Les passes croisées ont été remplacées par les auto-tamponneuses. Le délire des meetings sportifs est insensé, dans le strict sens du terme. On est dans l’hystérie collective et peut-être que les supporteurs, au premier chef ceux du football, verseront bientôt dans l’hallucination collective avec des buts virtuels.

Le Tour de France à la télévision est un régal. On y montre, vues d’hélicoptère, les merveilles de notre pays. Mais sur les pentes des cols comme dans les échappées sur le plat, que de combinaisons, de calculs, d’alliances contre nature, alliances interdites par le règlement. 

Les coureurs utilisent des vélos de plus en plus légers sur des routes de plus en plus roulantes. C’est un peu comme si on organisait des combats de gladiateurs avec des épées en carton. Quant au dopage, il ne me dérange pas. Il est consubstantiel au professionnalisme. Un sportif n’a que quelques années pour mettre sa famille à l’abri du besoin et il doit satisfaire la marque, la Marchandise qui l’emploie. Mlle Jeannie Longo, fut accusée d’avoir utilisé des amphétamines pour remporter une course cycliste. Jean Dutourd, superbe, lui apporta son soutien dans France Soir du 14 novembre 1987. Il compara le dopage à la gnôle des poilus de 14-18, que ceux-là avalaient avant de monter à l’assaut. Jamais l’État-major allemand n’a protesté et exigé la disqualification de l’Armée française. Ce qu’il faut punir, concluait Dutourd, c’est « la vaste organisation mondiale qui a créé de toutes pièces cet être bizarre, absolument anti-naturel, qu’est l’athlète professionnel ». 

Dans le meilleur des cas, celui des amateurs si tant est qu’on soit amateur quand on veut s’élever par le sport, la compétition sportive est la forme abâtardie de la chevalerie et de ses tournois. Dans le film anglais Les Chariots de feu (1981), un coureur à pied s’entraîne en vue des J.O. de 1924, à sauter des haies sur lesquelles il a placé des coupes de champagne pleines, le jeu étant de ne pas renverser les secondes tout autant que les premières.

Le sport ainsi, pourquoi pas ?

Extrait de "Oui c'était mieux avant" d'Alain Paucard éditions Jean-Cyrille GodefroyPour acheter ce livre, cliquez ici

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