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Emmanuel Macron s'est exprimé face aux Français le mardi 9 novembre.
Emmanuel Macron s'est exprimé face aux Français le mardi 9 novembre.
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Atlantico Business

Le risque Covid et le succès de Zemmour obligent Macron à dévoiler les premiers axes de sa campagne...

Emmanuel Macron a profité des risques Covid pour tracer les lignes de force de sa campagne. Elle sera fortement orientée à droite en direction des chefs d’entreprise et de l’économie, dont il attend les moyens pour sortir de la crise.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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« En même temps ». Il fait donc son job de président et celui de candidat. Aucune véritable surprise dans le discours fleuve du président de la République, sauf un bilan de ce qui a été fait avec des résultats qui lui permettent de tracer les lignes de force de ce que sera la campagne qu’il a finalement démarrée cette semaine. La vraie et seule surprise, c’est qu’il a repris son logiciel politique comme s’il était indifférent aux bruits et rumeurs qui agitent le marché politique. Pas question de répondre aux arguments martelés par Éric Zemmour et qui l'ont placé sur la rampe de lancement présidentiel. Mais sur le fond, il parle pourtant avec force à la droite qui bouge, celle qu’il estime progressiste, pragmatique et moderne. Donc la campagne se développera sur le terrain économique avec, pour objectif, de tout faire pour retrouver et renforcer la puissance du pays.

Face à Zemmour, pour qui tous les problèmes viennent d’une politique migratoire, face à la gauche qui s’est recroquevillée sur la situation sociale et face à la droite qui espère marier le respect des traditions françaises et les contraintes de la modernité, Emmanuel Macron campe sur une stratégie beaucoup plus simple : celle de la puissance de l’économie, le dynamisme des entreprise et la quantité de travail qu’on est capable de fournir et qui doivent nous permettre de régler la majorité des problèmes sociaux ou sociétaux. Mais pour restaurer la situation économique, il faut se protéger de la pandémie. 

Dans son fonctionnement et dans la crédibilité de ses projets, l’évolution de la pandémie est très importante. La pandémie fait peur, donc on acceptera des efforts si on a le sentiment qu’ils nous protègent. 

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Emmanuel Macron a donc repris le schéma qu'il a utilisé depuis le début de la crise. Au début, le scénario a été compliqué à mettre en place parce que personne n’était préparé. Aujourd’hui, la prise de conscience du danger fait que l’immense majorité de la population accepte les contraintes qui nous sont imposées. D’autant plus que la majorité des Français a le sentiment que le bilan est plutôt bon. Et visiblement, le président partage ce sentiment puisqu’il se décerne des lauriers. La lutte conte le Covid n’est pas gagnée mais les Français sont plutôt mieux protégés qu’ailleurs, ils s’en rendent compte. Quant à la situation économique, peu d’observateurs prédisaient une sortie de crise aussi rapide et violente que celle à laquelle on assiste quand, en juillet dernier, on s’inquiétait encore d’un tsunami social et financier. 

Sur le Covid, l’honnêteté nous oblige à reconnaître qu’on sait peu de choses sur l’ampleur de cette 5e vague, sauf qu’elle se forme à l’étranger dans certains pays de l’Europe de l’Est, en Russie par exemple mais aussi en Allemagne. On voit bien qu’elle paraît assez contenue en France, mais le taux de contamination augmente. Donc l’opinion se ré-inquiète et le président de la République allume les warnings. Il nous rappelle à l’ordre en annonçant notamment que la 3e dose de vaccination sera obligatoire pour les plus de 65 ans, en attendant que cette obligation s’élargisse aux plus de 50 ans. C’est évidemment logique et le comble est que l’opinion aurait été déçue si le président n’avait pas renforcé pas les mesures. 

La situation économique dépend directement de la situation sanitaire et du rôle de l’Etat.   L’ampleur de la reprise actuelle a été très surprenante. On va sans doute terminer l’année 2021 avec un taux de croissance record de plus de 7%, c’est à dire qu'on aura plus que rattrapé les pertes du Covid, le taux d’emploi est très bon avec un chômage qui est historiquement bas. La bourse est bonne, elle est même trop bonne pour certains. Et les indicateurs sont au vert pour l’année prochaine 2022. 

Actuellement, l’activité est tirée par l’investissement des entreprises. Tout cela est le résultat des plans de soutien et des plans de relance. Il faudra donc que la consommation relaie l’investissement parce qu’actuellement, la consommation est molle, on sent que la confiance n’est pas encore revenue totalement. Le stock d’épargne de précaution est d’ailleurs encore énorme et intact. Le mois de décembre, avec tout ce qu’entraine les fêtes de fin d’année, va être décisif pour juger de la situation. 

Cela dit, ne rêvons pas, il reste des points d’incertitude. La question du pouvoir d’achat par exemple, apparaît comme la première inquiétude des Français selon les sondages. Mais c’est plus un sentiment ressenti qu‘une réalité chiffrée.  

Globalement, le pouvoir d’achat n’a pas baissé en France pendant cette période. Mais le 

pétrole, le gaz et l’électricité ont augmenté très vite. La reprise très forte des activités a accru la demande que les producteurs n’ont pas réussi à satisfaire. Mais il n’y a pas, dans l’augmentation des prix de l’énergie, un risque de contamination systémique qui entrainerait une inflation généralisée, les risques de bug sur la croissance sont ailleurs. 

  1. Il existe un problème de pénurie sur certains produits industriels qu’on ne trouve plus. On ne trouve plus de puces électroniques, on ne trouve plus de ciment par exemple 
  2. Et puis, il existe un problème de pénurie de main d’œuvre dans beaucoup de secteurs, le bâtiment, la restauration et le digital et là, ça concerne tout le monde. 

L’année 2022 va être décisive parce qu’il va falloir que la consommation reparte et que les exportations redémarrent... 

Pour Emmanuel Macron, la réussite de la bataille conte le Covid et le bilan du « quoi qu’il en coute » lui ont visiblement donné des ailes pour annoncer des projets qui sont très importants et qui sont sensibles dans l’opinion. 

1er projet, renforcer la valeur travail. Il a dit et répété qu’on ne s’en sortira que si on travaille plus. Il y a du travail et c’est vrai, mais il y a 3 millions de chômeurs. D’où le renforcement des incitations et des obligations de travailler. Il a été très strict, très déterminé. 

2e projet, renforcer l'indépendance de la France, à commencer par l'énergie. D’où l’annonce du programme nucléaire. C’est la première fois depuis trente ans qu’un président ose dire qu’il faut investir dans le nucléaire sinon, on est foutu. Or, le nucléaire, énergie décarbonée, nous fournit 70 % de l'électricité. Alors il déroule des projets de réformes à plus long terme sur les retraites par exemple, mais il aborde aussi le rôle de la France dans l'Europe, puisqu’il en prendra la présidence de l’Union européenne en janvier et dans le monde. Et là on a bien compris que, du bilan il est passé au programme. Il était rentré en période électorale et il est rentré assez à l‘aise en fixant les priorités : la pandémie, l’économie, le travail, l’indépendance énergétique, le nucléaire. On a bien compris que le cœur du réacteur présidentiel pour lui, ne sera pas l’immigration ou le respect des traditions historiques. 

La grandeur de la France ne dépendra pas de la fermeture de ses frontières, mais de la force de son appareil économique.  

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