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Le paradoxe des sacs plastiques ou quand le remède (de leur suppression) est pire que le mal
©FRED DUFOUR / AFP

Plastique

Le paradoxe des sacs plastiques ou quand le remède (de leur suppression) est pire que le mal

Alors que les magasins « en vrac » connaissent un certain succès du fait d'une sensibilisation grandissante de la population aux problèmes de pollution par le plastique, plusieurs études ont démontré que la suppression des emballages plastiques pouvait conduire à une hausse des invendus dans les supermarchés.

Jean Hornain

Jean Hornain

Jean Hornain est le directeur général de Citeo, entreprise spécialisée dans le recyclage des emballages ménagers et des papiers graphiques.

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Atlantico : Alors que les magasins « en vrac » connaissent un certain succès du fait d'une sensibilisation grandissante de la population aux problèmes de pollution par le plastique, plusieurs études ont démontré que la suppression des emballages plastiques pouvait conduire à une hausse des invendus dans les supermarchés. Comment expliquer ce résultat ?

Jean Hornain : Cette tendance du « vrac », comme d’autres nouveaux modes de consommation, montre d’abord, et cela va dans le bon sens, que la société cherche à agir pour l’environnement, à travers des choix de consommation responsable. Le tri et recyclage de l’emballage sont des dimensions essentielles de cette responsabilité. La notion de juste emballage est devenue centrale car l’emballage a des fonctionnalités essentielles pour le produit. L’emballage sert avant tout à le protéger, à le transporter et à préserver sa qualité. Si on le supprime, on supprime aussi toutes ces fonctionnalités, avec un risque pour sa conservation ou sa qualité, avec les risques associés que vous rappelez. En tant que tel, l’emballage limite le gaspillage alimentaire, comme il limite d’autres gaspillages liés par exemple à la dégradation du produit pendant son transport ou sa mise en rayons. Le juste emballage au contraire vise à permettre des emballages dont l’impact environnemental global est minimum.

Du coup, prêcher une suppression totale des emballages plastiques n'est-il pas une fausse bonne idée ?

Le plastique reste un matériau relativement jeune. Il s’est rapidement imposé dans nos modes de consommation et de production pour sa praticité et ses avantages, notamment de légèreté et de résistance. L’enjeu des acteurs du recyclage, et en particulier des entreprises de la grande consommation, est d’apporter des solutions à 100 % des emballages afin de les intégrer dans une véritable approche circulaire de la production et de la consommation des produits du quotidien. En matière d’emballages plastiques, 50 % de ceux consommés sont recyclables, 25 % ont des solutions en cours de développement et 25% doivent faire l’objet de solutions d’éco-conception pour en réduire ou en éliminer l’usage. Nous savons que, face à l’épuisement des ressources fossiles et à la nécessité de limiter notre impact environnemental global, nous devons abandonner nos modes de production linéaires et créer des boucles vertueuses, réintégrant les emballages - comme les papiers d’ailleurs - dans la production de nouvelles matières. Avec les entreprises productrices et distributrices qui exercent leur responsabilité environnementale à travers Citeo, nous agissons autour de trois dimensions essentielles : la réduction, grâce à l’éco-conception qui permet de diminuer la quantité de matériau utilisé et de substituer à des résines sans solution de recyclage des matériaux parfaitement recyclables comme le PET, utilisé pour les bouteilles ; le geste de tri ensuite, qui est indispensable à  l’économie circulaire et qui est la responsabilité de chacun d’entre nous au quotidien pour ne pas gâcher ni polluer ; enfin, les solutions de recyclage, qui incluent aujourd’hui le réemploi quand il a une valeur environnementale ou la valorisation énergétique, c’est-à-dire la création de combustibles. Depuis 1992, ces entreprises ont ainsi consacré 9,5 milliards au financement de l’éco-conception, du tri et du recyclage en France. Le résultat est qu’aujourd’hui, 68% des emballages ménagers et 59% des papiers sont effectivement recyclés. Notre ambition est de franchir un nouveau cap dans les années qui viennent.  Plus que le 0 emballage plastique, peu réaliste encore, l’enjeu est d’arriver au juste emballage et d’utiliser toutes les solutions à notre portée pour que 100% de nos déchets deviennent des ressources.

Ne vaut-il pas mieux dès lors continuer à développer des matières toujours plus recyclables et favoriser la recherche et développement dans le secteur de l'emballage ?

Vous avez raison, c’est indispensable. Nous parviendrons à notre objectif sociétal et économique de faire de nos emballages et nos papiers des ressources, uniquement si nous mobilisons toutes les solutions à notre disposition et si nous innovons massivement. L’investissement dans la recherche et le développement est un axe prioritaire pour les entreprises clientes de Citeo qui agissent pour réduire l’impact environnemental de leurs emballages. Citeo consacre chaque année environ 10M€ à la R&D. Là encore, nous cherchons à faire progresser toutes les solutions : en matière d’éco-conception, il faut trouver les matériaux de l’avenir, comme par exemple la fibre cellulosique comme possible substitut à certains plastiques. En matière de technologie de recyclage, Citeo explore les potentiels du recyclage moléculaire qui permet d’arriver à une qualité comparable à celle des résines plastiques vierges, et de faciliter le retour à l’emballage et au contact alimentaire. Il s’agit également de moderniser les centres de tri, qui s’équipent en nouvelles technologies comme le tri optique ou l’intelligence artificielle ; et d’imaginer et stimuler les nouveaux débouchés et les nouveaux usages pour les matières recyclées. Enfin les programmes de R&D peuvent nous aider à développer des modes de collecte innovants pour que le geste de tri devienne un réflexe au quotidien. Tous nos efforts convergent pour offrir à chaque emballage et chaque papier sa solution de réduction, de réemploi, de recyclage ou de valorisation énergétique.

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