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Le modèle français a perdu le goût de l’efficacité pour s’enfermer dans celui de la protection collective
©DAMIEN MEYER / AFP

Atlantico Business

Le modèle français a perdu le goût de l’efficacité pour s’enfermer dans celui de la protection collective

La France s’est bien sortie du Covid mais risque de se sortir très mal de la guerre d’Ukraine. Tout se passe comme si le modèle économique et social avait perdu le gout de l’efficacité et du risque pour celui de la protection comme remède à l’inquiétude

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Mieux vaudrait remplacer l’inquiétude par la vigilance et la protection collective par la responsabilité individuelle pour espérer plus d’efficacité, donc plus de pouvoir d’achat. Et cela, sans tomber dans la philosophie de bistrot. L’actualité récente nous montre que l’inquiétude et la protection collective ne sont vraiment pas les meilleurs outils pour accroitre l’efficacité du système français. 

Il parait évident que la France a beaucoup plus de mal à assumer l’effet Ukraine que l’effet Covid.

Sans caricaturer, la guerre en Ukraine a provoqué une inflation violente des prix des carburants et des biens alimentaires, révélant nos difficultés à lutter contre la baisse du pouvoir d’achat qui est une des formes non avouées de notre participation à l’effort de guerre. 

La crise sanitaire a prouvé que nous avions une résilience que nous ne soupçonnions pas en acceptant les contraintes de la pandémie et la nécessité de s’adapter, d’où la capacité du système français à rebondir ... 

Il faut dire que face au risque de la maladie, nous n’avions pas d’autre choix que de s’en protéger, alors que la guerre en Ukraine nous laisse assez désarmés dans tous les sens du terme.

Cette actualité nous montre avec beaucoup de clarté que dans le secteur privé ou public nous avons, face au danger, plus d’énergie à chercher des protections qu’à imaginer des répliques possibles et à en payer le prix.

Cette actualité nous montre, qu’alimentée par l’inquiétude, la population réagit presque toujours en sollicitant des protections. Le gouvernement français (comme d’autres), particulièrement démuni; a joué sur la peur et l’inquiétude, pour « confiner, masquer et vacciner », tout en diffusant d’un côté du Doliprane et de l’autre des moyens financiers de se protéger. 

Aujourd’hui, face à l’augmentation des prix des carburants ou des produits alimentaires, face au risque de la récession économique, la première réaction est du régime a été de prescrire... du Doliprane , c’est-à-dire des aides, des subventions et des chèques tous azimuts, bref du Doliprane économique tout en annonçant quelques réformes de structures pour renforcer les protections (relocalisations, réforme des retraites etc.) 

On s’aperçoit donc que la culture française est dominée par le commerce de l’inquiétude dans tous les domaines (santé, hôpitaux, activité économique, éducation nationale, sécurité, travail, ... etc) et que pour calmer cette inquiétude, le seul moyen dont on dispose est d’offrir des abris. (Emplois protégés, CDI, aides et subventions, contrôle, prévisions catastrophes ... etc). Le résultat de tout cela est que nous avons un Etat dominant, une administration obèse et une aversion partagée au risque. Les dépenses publiques sont essentiellement des dépenses de fonctionnement courant, très, très peu de dépenses d’investissement.

La réaction de l’opinion est de réclamer l’omniprésence de cet Etat providence dont le fonctionnement absorbe plus de 60% du PIB. Dont les 2/3 en dépenses sociales. Et dans un pays où plus de 60% du PIB passe en dépenses publiques, la réaction légitime de tout acteur normalement constitué est de consacrer son effort, son énergie et son intelligence à préférer réclamer et obtenir une part de ses dépenses, plutôt qu’à travailler à la création de richesses. 

Le résultat le plus évident de ce mariage entre l’inquiétude et la protection est d’étouffer le système. Notre système de protection ressemblerait à un abri anti atomique dont on ne pourrait plus sortir. 

Il y aurait évidemment une autre solution pour sortir de ce cercle toxique. Retrouver le gout du risque, de la création de richesses, du pragmatisme, et de la responsabilité et par conséquent du contrôle, de la vigilance, de la sécurité. En fait, et c’est Aristote qui est un peu le fondateur de la science économique qui avait découvert le concept de vigilance comme remède à la peur : « Le seul moyen de se protéger contre les éléments, c’est de les anticiper en étant vigilant. » Les prévisions ou les prédictions servent peu en réalité. Ce qui est utile, c’est l’écoute et la surveillance, donc la vigilance. La météo moderne a fait d’énormes progrès en passant de la prévision à la vigilance. 

Retrouver du pouvoir d’achat, c’est retrouver des moyens donc de la liberté. Et pour être plus libre, il fait évidemment être plus efficace, plus productif, plus compétitif, plus créatif, plus inventif.  C’est vrai à tous les niveaux de la société et ça impliquerait d’ouvrir des chantiers sur lesquels les hommes politiques évitent soigneusement de s’aventurer.   

Au rayon de la macroéconomie, la question de l’Etat et son administration est centrale. Trop d’Etat pour répondre à la demande de protection a tué l’Etat et hypothèque son efficacité. En dehors des fonctions régaliennes (justice, police, sécurité, défense), on pourrait laisser le choix au consommateur- client-citoyen de déterminer les services dont il a besoin et du prestataire. Toute la protection sociale pourrait être organisée comme l’est l’assurance automobile. Une assurance de base obligatoire et des options au choix, selon les besoins et les moyens. La concurrence d’offre permettrait d’accroître la responsabilité individuelle du côté de la demande. L’automobiliste a l’obligation de souscrire une assurance responsabilité mais la prime sera variable selon son comportement. On ne voit pas pourquoi un système de bonus -malus ne pourrait pas s’appliquer dans la sphère sociale (assurance chômage, santé, etc) et pourquoi pas dans l’éducation. 

La concurrence est forcément facteur de progrès. Le libre choix et la responsabilité de ce choix est également facteur d’efficacité globale. Dans le domaine de la santé, par exemple, il serait un formidable facteur de prévention santé et par conséquent, de réduction des dépenses de soins. 

Au rayon de la Micro-économie, la question de la liberté du chef d’entreprise est un autre chantier important pour lequel les chefs d’entreprise eux-mêmes ne se battent pas assez, occupés qu’ils sont à essayer de profiter de l’Etat. Préserver la liberté du chef d’entreprise, c’est le laisser libre d’optimiser les intérêts conjoints de ses clients, de ses salariés et de ses actionnaires. 

Pour fonctionner, il a besoin d’offrir un produit ou un service à ses clients et de faire en sorte que ce produit corresponde au désir, à l’envie et aux moyens de ses clients. Dans le principe, c’est très simple. Dans les faits, c’est plus compliqué et c’est toujours risqué mais la prise de risque fait partie de son métier. Parallèlement à sa relation client, le chef d’entreprise doit optimaliser sa fonction de production et par conséquent, satisfaire ses salariés. Enfin, il doit tenir compte de ses actionnaires ou de ses banquiers qui lui apportent les moyens d’investir. L’Etat dans une telle mécanique ne doit pas intervenir sauf à fixer des règles minimums pour protéger les clients sur le registre sécurisé sanitaire notamment. L’Etat doit fixer une règlementation du travail, à condition que cette règle n’interdise pas le travail. L’Etat doit aussi garantir la monnaie. 

En dehors de fixer un cadre juridique pour sécuriser le fonctionnement de l’entreprise, l’Etat a pour mission principale de veiller à ce que les contrepouvoirs fonctionnent librement et à ce que l’éco-système normatif, juridique et fiscal n’aille à pas à l’encontre du développement et de la création de richesses. Ce qui est le cas actuellement. 

Il est évident que, quand plus de 60% des richesses créés est engouffré dans des dépenses publiques dont l’efficacité est médiocre , le chef d’entreprise n’a pas grand intérêt  à accroire le montant de la richesse créé.

En fait, l’ensemble du système aujourd’hui est organisé pour dissuader la création de richesse et encourager les mécanismes de redistribution de cette richesse. Ça ne peut pas tenir très longtemps.  

Les deux leviers de la gestion aujourd’hui sont fondés sur l’inquiétude et la protection collective. Ce ne sont pas les meilleurs outils pour garantir le progrès. 

Si on essayait plutôt que l’inquiétude, la vigilance et plutôt que la protection collective, la responsabilité individuelle, le système serait sans doute plus efficace. 

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