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Le futur (radieux), c'est maintenant : le chef des renseignements américains reconnaît qu'il envisage de vous espionner via votre frigo (ou tout autre objet connecté)
©REUTERS/Lucas Jackson

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Le futur (radieux), c'est maintenant : le chef des renseignements américains reconnaît qu'il envisage de vous espionner via votre frigo (ou tout autre objet connecté)

Le chef des renseignements américains vient d'annoncer que ses services se serviront désormais d'une nouvelle génération d'équipements ménagers connectés pour détecter et espionner à distance les individus suspectés de participer à des actions terroristes. Une pratique permise par l'internet des choses qui pourrait bientôt s'implanter en France.

Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte est docteur en information scientifique et technique. Maître de conférences à l'Université Catholique de Lille et expert  en cybercriminalité, il intervient en tant qu'expert au Collège Européen de la Police (CEPOL) et dans de nombreux colloques en France et à l'International.

Titulaire d'un DEA en Veille et Intelligence Compétitive, il enseigne la veille stratégique dans plusieurs Masters depuis 2003 et est spécialiste de l'Intelligence économique.

Certifié par l'Edhec et l'Inhesj  en management des risques criminels et terroristes des entreprises en 2010, il a écrit de nombreux articles et ouvrages dans ces domaines.

Il est enfin l'auteur du blog Cybercriminalite.blog créé en 2005, Lieutenant colonel de la réserve citoyenne de la Gendarmerie Nationale et réserviste citoyen de l'Education Nationale.

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Atlantico : Y a-t-il effectivement une nouvelle génération d'objets ménagers connectés qui est en train de se développer ?

Jean-Paul Pinte : Oui. Le frigo était à la base du rêve des objets connectés il y a plus de dix ans déjà. Désormais, il y a des frigidaires qui sont équipés de tablettes indiquant les dates de péremption des aliments, la liste de course à faire en temps réel et ce qu'il reste à consommer à distance. De même, une application couplée à ce frigidaire peut élaborer et planifier vos menus pour les repas de la semaine, en tenant compte des aliments stockés.

Au-delà du frigidaire, il existe désormais tout une gamme d'objets connectés, comme les balances culinaires, qui non seulement pèsent mais aussi contrôlent votre alimentation via des applications smartphone, au même titre que la "Nutricook Connect", qui permet de suivre pas à pas la préparation de vos recettes depuis un smartphone. On peut aussi  lancer le préchauffage de son four à distance ou un cycle de lavage de votre machine à laver. En vous lavant les dents avec une brosse à dents connectée, elle vous rappellera que vous avez oublié de les laver le matin ou que le taux de tartre est anormal. 

Il suffit de penser à sa journée pour se rendre compte qu’il y a bien des choses dont l'ultilisation pourrait être facilitées via l’électro-ménager connecté (La cafetière, le diffuseur de parfum, le grille pain, ect). Selon les estimations, plus de 80 milliards d'objets seront connectés en 2020. Il y naitra donc bientôt, je pense, comme le droit à l'oubli sur Internet, le droit au silence des puces, c'est-à-dire l'obligation d'accepter une désynchronisation de la puce pour les clients qui ne souhaitent pas être tagués dans le cadre de l'utilisation de l'appareil qu'il achète.

Pourquoi est-ce que le chef des renseignements américains souhaite cibler l'espionnage à travers les équipements ménagers connectés ?

En France, l’implantation d’objets connectés a pris du retard par rapport aux USA, mais il y a fort à parier que tout ira très vite dès que certains appareils seront dotés de cette technologie .

En effet, les matériels et leurs composants sont fabriqués le plus souvent à l’étranger, ce qui accélére leur introduction dans les pays qui les achètent. Les Américains se sont occupés dès la création d’Internet de ses normes techniques et sont donc au fait des technologies de chiffrement et de captation de données nécessaires à la surveillance des appareils connectés. Pour ce qui est des Etats-Unis, les puces des appareils connectés ménagers renseignent tout simplement plus précisément et quotidiennement le gouvernement sur les habitudes du consommateur et permettront ainsi de déceler des activités suspectes. Etre renseigné sur la constitution d’une liste de courses synchronisée à un appareil connecté tel qu'un frigidaire pourrait en dire beaucoup sur une personne. Cette captation de données pourrait être aussi être facilitée par les accès au WIFI via des drones, par exemple, chose qui s’est déjà produite d'ailleurs.

Cette nouvelle génération d'équipements ménagers connectés ne risque-t-elle pas d'engendrer des dérives ?

Du côté des citoyens que nous sommes, il existe évidemment des dérives possibles concernant les atteintes à la vie privée. Il est désormais très facile de prendre le contrôle d'un objet connecté de votre maison qui fonctionnerait avec une caméra et de filmer votre vie privée à votre insu. Le Big Data couplé à ces objets connectés pourra aussi faire l’objet de détournement d’informations vous concernant.

Du côté des terroristes, cela leur donne aussi des moyens de fabriquer des armes redoutables, en prenant par exemple le contrôle du moteur d'une voiture à distance et de l'accidenter volontairement, ou en déréglant son GPS par exemple. Dans le domaine de l’automobile, la géolocalisation, le contact des secours en cas d’accident, les échanges avec les dispositifs de circulation (radars, caméras…), etc. pourraient être à la source de bien des attaques. Ce genre de cyber-attaque a d'ailleurs déjà eu lieu à Londres par exemple, où un individu avait pris le contrôle de 60 caméras de surveillance et les a détournées de leur objectif principal. Il peut s’agir aussi de vol ou de captation de données qui pourraient faire l’objet de chantage sur la toile. De même, les passionnés de footing qui partagent régulièrement leurs performances et leurs parcours pourraient s’attendre à se faire suivre par des followers pas toujours recommandables.

Cette nouvelle génération d'équipements ménagers connectés arrivera-t-elle bientôt en France ?

Oui. La France a toujours une étape de retard sur les Etats-Unis, mais elle ne pourra pas endiguer avec la mondialisation l'arrivée sur le marché d'objets pucés.

Selon les dernières études, il se serait vendu en 2014 pour 150 millions d'euros d'objets connectés en France. Ce marché encore émergeant est porté par de nouveaux créneaux : les objets wearable (portables), les objets axés sur la santé et enfin les dispositifs de maison dite intelligente. Le développement de ces objets connectés se fera assez naturellement chez les citoyens comme les réseaux sociaux ont fait leur percée. Souvent, ce sera même sans que les consommateurs en aient connaissance.

En ettendant, le seul moyen d'action pour l'individu de ne pas être taggé sera d'instaurer une charte obligeant les fabricants à indiquer si l'objet ou une de ses composantes est pucé ou non, et de donner la possibilité au client de demander une désynchronisation de la puce par exemple. Mais nous en sommes encore loin en France .

Pensez-vous que, comme aux Etats-Unis, les services de renseignement français se serviront de cette nouvelle génération d'équipements ménagers connectés pour lutter contre le terrorisme ?

Les collaborations qui se mettent en place et celles existantes autour des évènements terroristes de l’an dernier nous obligent à avancer ensemble sur les mêmes solutions technologiques. Il ne peut plus y avoir de renseignement à deux vitesses.

Certes, les applications et leur développement jusqu’à ce jour ont été plus axés dans le domaine du marketing et de l’analyse du comportement des internautes, mais elles iront très vite dans le sens de l’analyse prédictive d’actes terroristes, qu’on le veuille ou non.

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