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Le Financial Times classe quatre écoles de commerce françaises parmi les dix meilleures d’Europe : radioscopie d’un succès tricolore
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Succès éducatif

Le Financial Times classe quatre écoles de commerce françaises parmi les dix meilleures d’Europe : radioscopie d’un succès tricolore

Établi tous les ans par le vénérable journal économique anglais, ce classement laisse la part belle aux écoles de commerce de l'hexagone.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico.fr : Quatre établissements français se hissent au top du classement des meilleures écoles de commerce européennes établi par le Financial Times. Qu'est ce qui fait le succès de ces enseignements à l'international ?

Edouard Husson : Pardonnez moi de préciser un terme. Elles ne se hissent pas. Elles y sont depuis des années ! Les écoles de commerce françaises sont parmi les meilleures d’Europe et respectées dans le monde entier. Regardez le Top 20 du classement: on y trouve l’Edhec et EM Lyon.  Et Grenoble Ecole de Management se trouve dans le Top 30. Ajoutez Kedge et Neoma dans les quarante meilleures, Audencia dans les 50 meilleures: 9 écoles françaises dans les 50 meilleures européennes.  A cela, cinq explications: 1. La qualité de notre système de sélection par les classes préparatoires, qui constitue encore le noyau des recrutements et fixe l’étalon de tous les autres recrutements. 2. La diversification des recrutements, avec l’appel aux meilleurs étudiants de l’université française et un recrutement international poussé. 3. Pas d’ingérence de l’Etat dans la gouvernance. Et même, ces dernières années, une autonomie croissante par rapport aux chambres de commerce. 4. Pas d’argent public et de moins en moins de soutien financier des chambres de commerce, dont les ressources ont diminué. 5. Une histoire déjà ancienne. La plus vieille « business school » du monde est française, elle a été créée en 1819 par Jean-Baptiste Say et Adolphe Blanqui, elle s’est longtemps appelée « Sup de Co Paris » et connaît aujourd’hui, sous le nom d’ESCP Business School une internationalisation remarquable, avec 55% d’étudiants étrangers, cinq autres campus en Europe, un bachelor international. 

Atlantico.fr : Au-delà du top 10, les établissements ont-ils un standard de qualité à souligner ?

Edouard Husson : Bien sûr. Vous n’imaginez pas comme la concurrence est rude entre les écoles de commerce européennes. Prises ensemble, elles soutiennent la comparaison sans difficulté avec leurs homologues américaines. Elles ont simplement moins de moyens pour se développer, en particulier parce que la culture des alumni - des anciens qui financent leur école et participent à sa gouvernance - y est moins développée. Mais prenez les écoles citées de 10 à 20 dans le classement: on y trouve les deux meilleures écoles espagnoles, l’Istituto de Empresa madrilène et Esade, école barcelonaise située dans l’université Ramon Lull; on y trouver aussi trois britanniques, une néerlandaise et une allemande. L’Europe est le continent des métropoles de taille intermédiaire avec une vieille tradition commerciale. Toutes ces écoles se connaissent et se respectent. Elles s’inspirent des meilleures pratiques des autres en permanence. Pour revenir à la France, c’est le seul secteur académique qui soit, à ma connaissance, aussi fier de participer à une saine concurrence internationale pour attirer les meilleurs étudiants. C’est aussi un secteur où il y a une vrai tradition de « faculté », de corps professoral capable de s’auto-réguler. Je ne veux pas idéaliser l’effet des classements et des labels de qualité sur la vie de nos écoles mais elles n’en font pas un absolu. C’est un utile point de repère.  

Atlantico.fr : Cette réussite est-elle uniquement française ou est-ce l'internationalisation des campus qui participe à cela ?

Edouard Husson : Nous avons affaire à une belle réussite internationale d’écoles françaises fières de leur histoire et de leur savoir-faire. Avec des modèles très différents d’internationalisation: l’INSEAD est une école qui s’est développée pleinement comme une école « globalisée », entre Fontainebleau et Singapour. HEC refuse au contraire d’ouvrir un campus ailleurs; cela ne l’empêche pas d’être un repère pour les étudiants internationaux et d’avoir des partenariats parmi les plus prestigieux. Mais ne nous limitons pas aux « parisiennes ». Kedge a un rayonnement méditerranéen incontestable; Rennes Business School a misé sur le « tout anglais » pendant plusieurs années, avec un réel succès. L’internationalisation de nos écoles de commerce est un atout qui leur permet de parler d’égale à égale avec des business schools américaines. Il est difficile de passer des partenariats avec des écoles américaines car elles ne connaissent pas le « master in management »: ce sont les écoles par excellence du MBA. En revanche, les échanges de professeurs sont nombreux, tout comme l’accueil d’étudiants américains. L’internationalisation n’est pas une fin en soi; elle est un moyen de former des cadres supérieurs de grandes entreprises mais aussi, de plus en plus aujourd’hui, de jeunes entrepreneurs. J’aime beaucoup la formule de Bernard Belletante, ancien directeur général d’EM Lyon, qui parlait de son école comme « la dernière frontière avant le monde ». 

Atlantico.fr : Qu'est ce qui fait encore défaut aux écoles de commerces françaises ?

Edouard Husson : Les écoles françaises doivent prendre garde car elles ne sont pas à l’abri de la crise générale de sens qui concernent toutes les écoles de management depuis la crise de 2008. Pendant les années 1990-2010, la finance et la formation au consulting étaient au centre des intérêts des étudiants. Et puis est venu le cataclysme que nous savons, l’effondrement de la « mondialisation heureuse ». Les étudiants se sont de plus en plus tournés vers l’entrepreneuriat mais aussi vers l’économie collaborative, circulaire, les questions environnementales etc...Ils sont de ce point de vue le plus souvent bien accompagnés vers leurs écoles. En revanche, je trouve qu’il y a un déficit en termes de formation à la troisième révolution industrielle. La France a inventé les écoles d’entrepreneurs au XIXè siècle. Les Etats-Unis ont fixé le standard des écoles de management au XXè siècle. Il reste à inventer la business school du XXIè siècle, celle qui formera pleinement à l’économie digitalisée, à l’intelligence artificielle et au nouvel entrepreneuriat. Les écoles françaises ont autant de chances que les autres de faire émerger ce modèle, vu leur dynamisme. Mais nous avons manqué, il y a dix ans, lors de la réforme des universités, leur insertion intelligente dans les champions universitaires que  nous faisions émerger, ce qui les privent de l’accès à la recherche de pointe dans les domaines de l’innovation scientifique et technologique. On pourrait pallier cela par un rapprochement avec nos écoles d’ingénieurs. Mais ce qui se fait déjà est assez timide vu les défis à relever. 

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