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Le confinement a-t-il multiplié les cas de claustrophobie ?
©JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Santé mentale

Le confinement a-t-il multiplié les cas de claustrophobie ?

Des médecins ont alerté sur une hausse des symptômes liés à la claustrophobie depuis le début du confinement. L'enfermement soudain de la population peut-il entraîner et provoquer des cas de claustrophobie ?

Christiane de Beaurepaire

Christiane de Beaurepaire

Christiane de Beaurepaire est Psychiatre. Après avoir exercé dans le service public auprès de malades adultes, puis comme chef de service en pédo-psychiatrie et enfin comme chef de service d'un secteur de psychiatrie en détention, elle travaille à l'insertion des personnes sortant de prison qui souffrent de troubles mentaux et de comportements "déviants". Elle a notamment publié "Non-Lieu. Un psychiatre en prison" chez Fayard en 2009.

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Atlantico.fr : Certains médecins ont signalé une hausse des symptômes liés à la claustrophobie depuis le début du confinement. Cet enfermement soudain de la population peut-il déclencher des cas de claustrophobie ?

Christiane de Beaurepaire : La claustrophobie est le symptôme d’une pathologie psychique, qu’on peut ranger soit dans la catégorie des troubles anxieux, soit dans celle des névroses selon la conception nosographique des troubles psychiques, psychanalytique ou comportementale.

Dans les 2 cas, c’est un trouble permanent, installé dans l’enfance et l’adolescence, relatif à des situations précises comme la voiture, l’avion, le bateau, l’ascenseur, le train, les télécabines etc…moins souvent, les caves et autres pièces sans fenêtre. 

Le caractère commun de ces lieux clos est d’exclure qu’on puisse en sortir surtout quand ils fonctionnent et sont en état de « marche ». 

Mais, depuis l’installation de leur trouble, pour ne pas avoir à souffrir d’état de panique, les personnes claustrophobes ont développé des modalités adaptatives particulières comme l’évitement des situations en question, par exemple, ne jamais prendre l’avion, monter à pied les 20 étages d’un immeuble plutôt que prendre l’ascenseur, etc… L’évitement de la situation phobogène est le corollaire comportemental de la phobie propre aux personnes claustrophobes.

La terreur des claustrophobes est celle de mourir du fait et dans l’une des situations évoquées. Cette terreur est irrationnelle mais elle se trouve fondée pour ceux qui l’éprouvent par l’expérience réelle ou imaginaire qu’ils ont pu faire de leur impuissance dans une situation identique ou partiellement analogue.

Dans la situation de notre « confinement » actuel, il n’est pas réellement question de « lieu clos », les appartements, même les plus petits, étant pourvus de fenêtres et de porte, et les sorties, sous conditions, restant possibles tous les jours. L’enfermement est ici celui que chacun consent à s’imposer.

D’autre part, la contrainte subie n’est pas du même ordre que l’impuissance, elle est principalement liée à la réduction des activités, physiques, sociales et professionnelles, et à la modification des objectifs et des rythmes quotidiens, ce qui nécessite une adaptation et débouche sur une re-création de l’environnement, selon les modalités d’une résilience. 

Par exemple, elle n’est pas de l’ordre d’une « punition » comme dans le cas de l’enfermement carcéral parfois évoqué par les personnes confinées, d’un  traitement « sous contrainte » comme dans un service fermé de psychiatrie, ou d’une hospitalisation prolongée, comme dans le cas où celle-ci est prescrite dans l’intérêt médical du confiné.

La claustrophobie est moins liée à un danger propre à un lieu qu’à ce qui est éprouvé du fait de ce lieu, et, sa détermination, qui relève plus de l’inconscient et de l’imaginaire, est plutôt « mise en scène » par la situation phobogène. 

Des symptômes comme l’anxiété, les troubles du sommeil, l’ennui, les difficultés relationnelles, la menace de la contamination, les actualités médiatiques anxiogènes etc…sont autant de sources ou d’effets de conflits affectifs, relationnels et de malaise psychologique, mais pas de claustrophobie au sens de sa définition.

Comment fait-on la différence entre un cas de claustrophobie et une crise d'angoisse liée au stress ?

Dans les 2 cas, les réactions anxieuses réalisent de véritables « attaques de panique » avec sensation de mort imminente, mais leurs déterminants sont différents.

Cliniquement on peut repérer des manifestations parfois différentes, par exemple 

- dans le cas de la claustrophobie, la panique inhibe ou plutôt annihile toute réaction comportementale, la personne est plus volontiers « fixée », « figée », « pétrifiée »

- dans celui du stress aigu, les manifestations peuvent être plus « expansives »

Les déterminants du stress sont multiples et complexes, et s’il survient une attaque de panique, il existe certainement un fond dépressif, la crise anxieuse représentant alors une forme d’impuissance face à l’envahissement et à l’effondrement psychiques.

Dans les cas de claustrophobie, l’anxiété est clairement localisée et focalisée, laissant libre le reste du champ psycho-comportemental.

Quelles formes de pathologies peuvent apparaître au cours de ce confinement ?

On peut difficilement attribuer au confinement un rôle déclencheur ou causal d’une pathologie psychiatrique donnée, comme des troubles de l’humeur et des troubles psychotiques.

Cependant ce confinement peut être source d’anxiété et d’autres troubles, comme dit plus haut, moins du fait des lieux que du fait de l’incertitude, de la menace, des craintes liées à l’emploi, aux examens, aux irritations relationnelles et affectives, bref à tout ce qui compte pour chacun et se trouve entravé par la situation vécue.

Le recours à l’alcool, au tabac, au cannabis et autres, sont autant de recours « auto-thérapeutiques » voire addictifs face à ces difficultés, comme le jeu et les occupations virtuelles.

Le confinement est certainement un dérangement des équilibres préexistants et une source de manques.

Pour certains, en difficulté psychique ou situationnelle préexistantes, les effets du confinement peuvent enfin engendrer ou accentuer un stress permanent.

On peut craindre dans ces cas vulnérables des « effets retards » éventuellement comparables aux troubles de stress post traumatique, mais seul l’avenir le dira.

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