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Intimités, de Laurie Colwin
Intimités, de Laurie Colwin
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Laurie Colwin : petits arrangements avec la vie à deux

C’est le secret des couples -heureux ou pas, mais toujours surpris dans leur intimité- qu’explore la romancière américaine Laurie Colwin (1944-1992) .Son apparente légèreté dissimule une cruauté très bienvenue, qui rappelle le mental d’acier des « grandes » : Dorothy Parker, Carson McCullers, Sagan. 

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est écrivain, critique littéraire et journaliste. 

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Traquer l’intime et se moquer de cette illusion comique qu’est souvent le lien amoureux, tel est le concept unissant ces concentrés de fictions que sont les nouvelles de Laurie Colwin ( publiées en 2008 en France dans une traduction épatante d’Anne Berton), et reprises demain en collection de poche chez Autrement ( parution le 7 avril prochain). « Intimités » prouve une fois de plus les talents acidulés voire caustiques de la romancière new-yorkaise trop tôt disparue (journaliste, elle travailla -entre autres- pour Vanity Fair, Playboy US et le New Yorker). L’intimité -ou plutôt les masques que portent dans l’intimité les maris, les femmes et les amants- tel est le sujet de prédilection de Laurie Colwin, qui a publié une dizaine de romans. Non seulement ne se démodent –ils pas maisleur charme opère au point que Ms Colwin est devenue un auteur- culte en Amérique et qu’elle commence à plaire beaucoup en France. Humour froid, science des dialogues, regard acéré sans une miette de mièvrerie, Colwin a l’art et la manière de

mettre en scène les rencontres loupées, les faux-semblants permettant à un couple de ne pas se séparer, le côté tragi-comique des amours fanées . Une certaine solitude en somme.Le tout avec un regard très critique sur les mœurs et coutumes en vogue dans la bonne société de la Côte Est, au sein de laquelle évoluait d’ailleurs Laurie Colwin. Très célèbre aux Etats Unis, l’auteure de « Rien que du bonheur (1974) « Une vie merveilleuse » (1975) « Une épouse presque parfaite » (1982), apporte dans un style sec et sans chichis de l’eau au moulin du désamour et des ratés du lien amoureux. Désenchantement et lucidité sont rarement à ce point les maîtres du jeu fictionnel. Chez cette romancière qui laisse au vestiaire le machisme et le côté pauvre petite« proie » des femmes face aux grands méchants hommes, le talent règne. En particulier dans « Intimités ». La dureté et la tendresse caractérisent les auteures qui sont dans la littérature et non pas à côté. Point de « Littérature féminine » (sic) donc, mais un vrai regard d’artiste.« Un sourire lumineux, une déclaration, un baiser dans la nuque pouvait toujours les ramener à leur état d’origine, quand ils pensaient qu’aucun autre couple ne possédait leur culture, leurs pouvoirs de séduction, l’intelligence avec laquelle ils s’adoraient. A présent, il semblait y avoir plus de disputes que d’enchantements. Cordy commençait à se montrer froid et amer. Jane, à son tour, devenait méthodique et brusque »Le fil rouge chez Colwin, en particulier dans « Intimités » c’est l’impossible défi que représentent les sentiments dans la durée. «Mais son désir pour William n’avait pas disparu, loin de là. Le passé était un tunnel ; un long tunnel sombre qu’on arpentait tout seul. »  Et aussi, toujours extrait d’« Intimités » : « Oui, aurait- elle pu dire, nous sommes amis à présent et rien de plus, et si tu ne peux l’accepter, il ne me reste qu’à partir ». « Je t’aime à ma façon lui dit-il, mais pas d’une façon qui débouchera sur quelque chose ». Et encore : « Tu penses que Roy a peur de l’intimité, ce qui a un certain cachet, mais la vérité c’est que Roy t’apprécie un peu trop et quand il se rend compte que c’est sans issue, il bat en retraite dans votre intérêt à tous les deux. » Et enfin : « Qu’il était donc étrange d’avoir un mari, cette personne qui faisait presque partie des meubles, comme un coussin ou une lampe(…) et dont la respiration la nuit était aussi rassurante qu’une pendule, à qui l’on pouvait dans une soirée, ne prêter aucune attention et qui pouvait en un instant, en un seul regard, se transformer en ce qu’était vraiment un mari : un partenaire sexuel » Comme le disait si bien Carson McCullers«  L'amour est solitaire. C'est cette découverte qui fait souffrir »(cf.La Ballade du café triste (1951).Laurie Colwin, a la passion du détail révélant le secret des êtres, leur vraie personnalité et leurs aspirations parfois désespérées à vivre une certaine réciprocité. Pas de mignardises ni d’agressivité déplacée, une tendresse pour le genre humain, les hommes en particulier, et un mental d’acier. A. G.

« Intimités » par Laurie Colwin/éditions Autrement/10 euros

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