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Christine Lagarde et Marine Le Pen sont les personnalités politiques féminines préférées des Français.
Christine Lagarde et Marine Le Pen sont les personnalités politiques féminines préférées des Français.
©Reuters

Politique au féminin

Lagarde et Le Pen femmes préférées des Français : les critères d’appréciation sont-ils les mêmes au féminin qu’au masculin ?

Un sondage Ifop s’est intéressé aux personnalités politiques féminines préférées des Français. En tête : Christine Lagarde et Marine Le Pen.

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut Français de Presse, à l'université Panthéon-Assas, Paris. Responsable de la Licence information communication de l'IFP et chercheur au CARISM, il est aussi président du site d'information The Conversation France.

Il est l'auteur de La communication politique (CNRS Editions, 2008) et Le journalisme(CNRS Editions, 2009), Médias et opinion publique (CNRS éditions, 2012).

Le journalisme, Arnaud Mercier

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Atlantico : Un sondage Ifop s’est intéressé aux personnalités politiques féminines préférées des Français. En tête, on retrouve Christine Lagarde et Marine Le Pen. Ces deux femmes sont-elles parvenues à s’imposer par-delà leur genre ? Comment l’expliquez-vous ?  

Arnaud Mercier : Pour Christine Lagarde,c'est une sorte de reconnaissance de son statut important, alors qu'on peut analyser ce sondage pour Marine Le Pen comme étant très lié à son engagement politique. Il y a deux choses pour Marine Le Pen : c'est une héritière, la question du genre ne se pose pas de la même manière. Sa notoriété est liée au fait que ce soit la "fille de". Si Marine le Pen s’appelait Marin le Pen, l'effet serait le même : que ce soit un homme ou une femme, cela ne change pas grand chose. Mais il y a aussi le fait que l'électorat du FN a toujours été beaucoup plus masculin que dans les autres forces politiques.  Marine Le Pen a permis une dédiabolisation du parti, et à pu ramener vers le FN un électorat plus féminin que celui de son père. Il y a donc un effet induit de genre dans le fait que ce soit une femme. La question du genre reste quelque part dans le jugement qu'on émet sur la réussite des personnes, parce que justement on intègre le facteur "genre" comme un handicap potentiel. On a tendance à penser qu'une femme est encore plus méritante qu'un homme d'avoir réussi, car on sait que la carrière des femmes est parfois ralentie par les hommes. 

De manière générale, les femmes politiques sont-elles jugées sur les mêmes critères que les hommes ? (crédibilité, autorité, expérience). Est-ce que les critères physiques entrent davantage en ligne de compte que pour les hommes ?

Cela dépend par qui. Il y le jugement de la classe politique en interne, et celui de l'opinion publique. Dans la classe politique en interne, quand on est une femme, on peut réussir, mais il faut souvent se montrer encore plus compétente que les hommes pour pouvoir bénéficier de cette reconnaissance de compétences. Dans le sérail politique, pour réussir et être bien jugée, les femmes ont plus de qualités à montrer que les hommes ( en terme de prises de décision, de rassemblement..). Le jugement de l'opinion publique n'est pas le même : il y a une dimension de séduction, de physique qui rentre en ligne de compte. C'est sans doute qu'il y a une attente, implicite, qu'elles ne se comportent pas comme les hommes politiques. C'est d'ailleurs un argument que très souvent mettent en scène les femmes politiques elles-mêmes. Du coup, cela fabrique aussi, dans l'opinion, des attentes. Beaucoup de Français ont une image négative de la classe politique et de son fonctionnement, et il y a aussi beaucoup de Français qui espèrent que les femmes ne fassent pas de la politique de la même manière. C'est l'idée qu'elles ne sont pas du même genre qui accrédite la thèse qu'elles ne font pas la même politique que les hommes.

Les critères physiques sont encore aujourd'hui un élément d'appréciation physique supplémentaire : on a beaucoup critiqué Merkel sur son physique et ses tenues, alors qu'on valorisait celui de Ségolène Royal.  Mais la société a quand même assez évolué pour ne pas juger que sur des critères physiques. D'autant plus qu'on retrouve maintenant les mêmes réflexions au sujet des hommes.

Rachida Dati ou Ségolène Royal terminent en queue de peloton. Comment expliquez-vous leur impopularité en dépit de leur visibilité médiatique ?  

Ce sont des personnalités qui assument pleinement d'être clivantes. Elles se sont rendues célèbres par des gestes, des attitudes ou des propos provocateurs. Du coup, ou bien elles sont adulées, ou bien on les déteste. Elles s'aliènent toute une partie de l'électorat.  Ce sont des personnalités qui osent être dans la rupture, et elles en payent le contrecoup dans leur côte de popularité. Elles ont également eu des conflits à l'intérieur de leur propre camp. On sait que ce sont des personnalités qui ont continué, par l'affirmation d'une ambition parfois un peu trop affichée ou par des coups de sang, à cristalliser les oppositions à l'intérieur de leur propre camp. 

La « bataille » de Paris devrait opposer plusieurs femmes politiques de premier plan : Nathalie Kosciusko-Morizet, Anne Hidalgo, Rachida Dati ou encore Cécile Duflot. Est-ce le signe d’une banalisation de la place des femmes en politique ?

C'est un symbole extrêmement fort. Cela parait tellement incroyable qu'on pourrait même se demander si les hommes politiques vont laisser faire, et ne pas réveiller une pulsion machiste. C'est un des premiers effets de la parité, notamment sur le plan local : Anne Hidalgo, par exemple, sans les lois sur la parité, elle ne se serait pas positionnée comme la dauphine naturelle de Delanoé. Certains d'ailleurs s'y opposent et réclament des primaires. Il est difficile de prévoir la réaction des hommes politiques, mais il serait étonnant que la situation en reste là.

 

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