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La syllogomanie, cette mystérieuse maladie qui vous empêche de jeter ce dont vous n'avez plus besoin
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Range ta chambre

La syllogomanie, cette mystérieuse maladie qui vous empêche de jeter ce dont vous n'avez plus besoin

Ne vous en prenez plus à vos proches qui n'arrivent pas à se débarrasser de vieilles babioles. Ils sont peut-être malades, souffrant d'accumulation compulsive, un trouble encore peu documentée mais qui occupe de plus en plus de chercheurs.

La fin des grandes-vacances approche à grands pas, et avec elle, l'envie de bien commencer la rentrée. Ranger la maison, l'appartement, faire le tri, dans les papiers, les journaux, et se débarrasser de ce qui n'est plus nécessaire. C'est là que le bât blesse pour beaucoup de monde. Qu'est-ce qui n'est plus nécessaire ? Depuis des années, vous stockez, entassez les babioles, les livres, les coupures de magazine, et beaucoup d'autres choses sans jamais n'avoir pu jeter la moindre chose, de la boule à neige offerte par votre belle-mère, au T-shirt I Love New York ramené par votre neveu.

Un article publié sur le site de la BBC justifie la manie des hommes à vouloir tout conserver par l'effet de dotation, parfois également appelé l'aversion à la dépossession. C'est en fait une hypothèse selon laquelle les personnes donnent plus de valeur à un bien ou un service lorsque celui-ci est leur propriété. Ainsi, vous apportez plus de valeur à un objet lorsqu'il vous appartient que lorsque ce n'est pas le cas.

Le lien avec l'habitude de tout stocker est donc plutôt évident. En effet, qui aime se débarrasser d'objets de "grande" valeur ?

Petit conseil, toujours garder en tête l'effet de dotation lorsque vous rangez votre chambre, et posez vous la question : "si je n'avais pas cet objet, est-ce que j'essaierai vraiment de l'obtenir ?" La plupart du temps, vous vous rendrez probablement compte que vous ne voudriez même pas d'une telle babiole !

Pour certains, se poser une telle question ne suffira pas à régler les problèmes d'accumulation. En effet, tout stocker et ne rien jeter peut, à un certain point, être considéré comme une maladie. Son nom : la syllogomanie, ou accumulation compulsive.

Une maladie bien mystérieuse, qui l'est devenue un peu moins au début du mois d'août.

Pendant des années, les chercheurs ont pensé que le fait d'accumuler de manière excessive des objets, sans les utiliser ou s'en débarrasser, était probablement le symptôme d'une autre affection, notamment celui d'un trouble obsessionnel compulsif (TOC).

Mais de nouvelles recherches montrent que ces hypothèses sont, justement, à jeter à la poubelle.

Une étude publiée il y a quelques jours dans le Journal of The American Medical Association montre en effet pour la première fois que l'activité du cerveau de patients souffrant de syllogomanie alors qu'ils prennent une décision est différente de celle de personnes atteintes de TOC.

Ne jugez donc plus ceux qui n'arrivent pas à ranger, trier, jeter. Ils ne sont ni paresseux, ni désorganisés. Leur maladie est en fait même associée avec une idée de perfectionnisme, liée à la peur de prendre la mauvaise décision. Leur cerveau ne fonctionne donc tout simplement pas de la même manière que le votre.

Pour s'en rendre compte, David Tolin et son équipe de l'Institute of Living à Hartford aux Etats-Unis se sont servis de l'imagerie cérébrale. Ils ont alors testé 107 personnes pour observer leur réaction lorsqu'il leur était demandé de conserver ou jeter un e-mail qui n'avait plus aucun intérêt. Dans certains cas, le message était adressé au participant, dans d'autres à un tiers. Sur toutes les personnes traitées, 31 souffraient de TOC, et 43 de syllogomanie.

Quand le mail portait le nom d'un participant atteint d'accumulation compulsive, certaines parties de son cerveau s'activaient, montrant une "activité anormale" dans les régions liées à la prise de décision, c'est-à-dire le cortex cingulaire antérieur et l'insula.

Mais quand les mails n'avaient rien à voir avec eux, ces parties du cerveau des participants affectés par la syllogomanie ne montraient plus aucun signe d'activité.

Le chercheur américain David Tolin explique que "pour prendre une bonne décision, il faut une certaine quantité d'activité dans ces régions du cerveau. Trop peu, et on ne prête plus attention à rien, on n'est pas assez stimulé. Mais trop, et c'est l'épuisement".

Et c'est bien ce qui arrive à ces personnes malades. Ils ne sont en effet pas assez stimulés lorsque confrontés à tout le "désordre" qui remplit leur domicile. Au contraire, quand ils doivent prendre une décision importante, les régions du cerveau citées précédemment s'agitent, les fatiguant à un tel point qu'ils ne peuvent plus faire le moindre choix.

L'étude publiée début août marque donc un nouveau pas pour des personnes qui bien généralement n'imaginent même pas qu'elles sont malades. La plupart des gens atteints d'accumulation compulsive ne se rendent en effet pas compte de la gravité de leur état, cette maladie n'étant pas toujours bien documentée.

Le trouble peut parfois aller plus loin. Lorsqu'il est associé à la conservation de déchets ou d'excréments et d'une hygiène défaillante, il s'appelle alors syndrome de Diogène.

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