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La solidité du vote agricole est-elle en train de s’effondrer ?
©François NASCIMBENI / AFP

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La solidité du vote agricole est-elle en train de s’effondrer ?

Au-delà des résultats qui ont confirmé les précédents, les récentes élections professionnelles aux chambres d’agriculture fournissent un enseignement majeur : la désaffection du vote agricole.

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est journaliste et auteur de « Tu m’as laissée en vie, suicide paysan veuve à 24 ans ».

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WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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66 % de participation en 2007, 55 % en 2013, 46 % en 2019... Les exploitants agricoles votent de moins en moins lors de leurs élections professionnelles. Pour autant, les résultats ne changent qu’à la marge, la FNSEA conserve 55 % des voix, tout comme les deux précédents scrutins, et reste donc l’incontestable syndicat majoritaire de l’agriculture française, et par voie de conséquence l’interlocuteur privilégié.

Comment analyser cette baisse des votes, alors que conjointement il est devenu plus facile de s’exprimer, avec le choix entre le vote traditionnel papier mais aussi par voie électronique ? Le manque d’intérêt pour les institutions d’une part (en l’occurrence les chambres d’agriculture) et l’absence d’envie de manifester son avis par le vote d’autre part, sont-il en train de gagner un segment de population pourtant à la base traditionnaliste, répondant vraisemblablement bien plus que la moyenne nationale à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un devoir civique ?

Il semble que oui.

Commençons par les institutions. La Cour des comptes avait épinglé les chambres d’agriculture il y a deux ans, permettant à chacun de savoir que, pendant que la population agricole baissait de 50 à 60 % en 20 ans, celle des salariés des chambres augmentait de 30 %. Et cela, à la charge des agriculteurs. Cette information a été plutôt bien diffusée, mais même ceux qui n’en ont pas eu connaissance l’ont au minimum ressentie, en particulier avec les crises incessantes dont souffre le secteur ces dernières années : les conseils et les accompagnements aussi ont été remis en cause (à tort ou à raison, je ne prends pas parti ici, je me contente d’analyser), et leurs coûts ont bien sûr augmenté drastiquement, compte tenu des charges grandissantes des institutions consulaires. Par ailleurs, d’une manière générale, les chambres ont, pour la plupart, semblé réagir avec retard devant l’urgence des situations individuelles, ou parfois être débordées. Les fermes en redressement judiciaire ont suivi une courbe exponentielle en l’espace de quatre ou cinq ans à peine. Pour certains, ce fut une planche de salut, pour d’autres il était déjà trop tard. Il n’est donc pas illogique les chambres aient cherché à augmenter leurs moyens devant l’afflux des appels au secours, mais en même temps elles ont contribué à creuser encore davantage les trésoreries des exploitants qui les financent.

Aller jusqu’à avancer que l’utilité des chambres d’agriculture doit être remise en cause est excessif. En revanche, une réforme de ces entités consulaires pour les concentrer sur les besoins actuels des agriculteurs semble inéluctable...

L’autre point est le désintérêt pour le vote en lui-même. Les agriculteurs sont considérés comme traditionnalistes, donc respectueux des devoirs civiques. Sur l’échiquier politique, ils ont longtemps voté (globalement) à droite / centre-droite, constituant un socle solide pour les partis qui se sont succédés dans cette tendance. Et puis les précédentes élections européennes, puis les régionales, ont montré un virage, en direction du FN (RN aujourd’hui) : le début de l’expression d’une contestation (dans un passé récent, seul le deuxième tour de la dernière élection présidentielle montre un frein à cette tendance).

Aujourd’hui, qu’en est-il ? Les agriculteurs ont probablement été moins présents qu’on aurait pu le pronostiquer au sein du mouvement des Gilets jaunes, même s’ils ne s’en sont pas exclus non plus. Ils ne sont donc pas dans la révolte, en tout cas pour la majorité d’entre eux. Mais ils baissent les bras, ne revendiquent plus, prennent les coups économiques bien sûr, mais aussi sociétaux (mis en cause régulièrement par différents mouvements écologistes, ou vegans, ou autres)... Mais ne répondent plus, sauf quelques-un, sporadiquement, et pas forcément avec les bons arguments. En d’autres termes, ils s’abstiennent, et cela se ressent aussi sur le vote...

Fut un temps où ils étaient courtisés le temps des campagnes électorales pour être souvent oubliés ensuite. Va-t-on vers une époque où leur vote ne représentant plus grand-chose, on ne les courtisera même plus le temps d’un salon de l’agriculture ?

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