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En ce jeudi 21 août commence la tournée officielle de François Hollande dans les départements français de l'Océan Indien, Mayotte et l'île de la Réunion
En ce jeudi 21 août commence la tournée officielle de François Hollande dans les départements français de l'Océan Indien, Mayotte et l'île de la Réunion
©Reuters/Charles Platiau

DOM-mage

La Réunion et Mayotte : des DOM sous perfusions toxiques de la métropole

En ce jeudi 21 août commence la tournée officielle de François Hollande dans les départements français de l'Océan Indien, Mayotte et l'île de la Réunion. Au programme, la situation économique désastreuse de ces territoires, où le chômage est roi, entretenu par une trop forte dépendance vis-à-vis de la métropole.

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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Atlantico : Le président entame ce jeudi 21 août un voyage qui l'amènera sur l'île de la Réunion et à Mayotte. Parmi les dossiers brûlants qui l'attendent, un taux de chômage endémique à 29% (et 50% pour les moins de 25 ans et les plus de 50 ans), et un pouvoir d'achat en stagnation pour la première fois depuis 25 ans. Pourtant, avec la loi Pons, les DOM jouissent de conditions fiscales et de subventions en faveur de l'investissement particulièrement favorables. A quel(s) niveau(x) la responsabilité de cette situation se situe-t-elle ?

Nicolas Bouzou : La responsabilité concernant la mauvaise situation économique des territoires d’outre-mer est bien évidemment collective, autant dans l’Océan Indien que dans les Antilles. On y retrouve d’ailleurs des caractéristiques économiques similaires, à savoir une croissance économique principalement portée par le secteur public et très peu par le secteur privé, ainsi qu’un taux de chômage record, notamment chez les jeunes.

Et cette situation risque de s’aggraver. Jusqu’à présent, la croissance était en effet alimentée de trois manières différentes : par la somme importante des investissements publics, par le nombre important de fonctionnaires surpayés (et ce, bien plus qu’en métropole) ainsi que par des dépenses sociales considérables.

On connaît aujourd’hui la situation financière de l’Etat et l’incapacité du secteur public à alimenter la croissance. Il faut donc totalement changer les politiques économiques instaurées dans ces départements, c’est-à-dire encourager les entreprises et arrêter, ou du moins réduire, les subventions de la fonction publique et de l’inactivité. Le secteur privé doit prendre le relai, tandis que ceux qui étaitent des territoires sociaux doivent devenir des territoires productifs.

Et ce n’est pas impossible ! La Réunion par exemple se trouve sur un axe intéressant, à savoir l’axe Afrique du Sud-Mozambique-Inde où l’on trouve une croissance forte et donc des opportunités d’exportation, notamment dans le secteur agro-alimentaire.

Le sentiment de culpabilisation de la métropole envers les territoires d'Outre-mer aurait-il pu pousser la métropole à trop "couver" ses territoires et départements d'Outre-mer ? 

Pendant très longtemps, la métropole a effectivement pu ressentir de la culpabilité, notamment vis-à-vis des Antilles où cohabitent des descendants d’esclaves et des colons – ces fameux béquets qui détiennent la plupart des plantations, notamment de banane et de canne à sucre. Mais ce sentiment est très mal placé dans la mesure où il se retourne contre les habitants de ces territoires, sous forme de chômage. S’il faut vraiment se sentir coupable, c’est de les avoir assistés.

Etant donné que le gouvernement est dans une mouvance de pacte, il devrait donc en faire un avec l’outre-mer. Ce pacte pourrait par exemple inclure la stagnation des dépenses sociales, la diminution de la rémunération des fonctionnaires – cette fameuse "surprime"  – et la suppression d’un ensemble de dispositifs fiscaux inutiles. En échange, les aides seraient alors réorientées vers les entreprises, l’innovation, le tourisme…

Alors que la France s'est passionné des débats sur le découpage territorial de la métropole et l'intérêt pour une plus grande décentralisation, qu'en est-il du côté des territoires d'Outre-mer ? La responsabilisation économique de ces zones ne pourrait-elle pas également permettre une relance économique, notamment par une meilleure adaptation des politiques locales pour les entreprises ? 

Là encore, donner davantage d’autonomie à ces départements est une excellente idée – tout comme pour le reste des départements français. D’autant plus qu’économiquement, ces territoires sont bien trop tournés vers la métropole. L’espace géographique naturel des Antilles par exemple doit être l’Amérique et non la métropole. Pareil pour La Réunion, elle doit s’épanouir entre l’Afrique du Sud, l’Océan indien et l’Inde.

Leur fiscalité doit également être réformée. Celle de ces territoires est très particulière. Il y a notamment une taxe protectionniste – sur les importations – qui s’appelle l’octroi de mer et qui devrait à tout prix être supprimée pour être remplacée par une taxe sur l’immobilier ou le chiffre d’affaires. Cette taxe est effectivement catastrophique pour ces départements et contribue à faire monter les prix. Car le grand paradoxe de ces territoires, c’est que la croissance est faible, il y a beaucoup de chômage tandis que les prix sont extrêmement élevés.

Dans quels domaines pourrait-on estimer que la métropole est suffisamment oppressante pour qu'elle nuise aux DOM ?

"Oppressante", le terme est peut-être un peu fort. La métropole a en effet couvé ces territoires et ils représentent aujourd’hui les qualités et les défauts de la France de manière accentuée. Quoi qu’il en soit, il y a beaucoup à faire et on y trouve un réel esprit d’entreprise. Mais le réservoir productif économique est trop petit comparé à la taille de la population.

Comment pourrait-on rendre les territoires d'Outre-Mer plus autonomes ?

Ils le deviendront par la force des choses. L’économie y a été portée par la dépense publique. Or, cette dépense s’amenuise. Ces territoires vont donc être obligés de "fabriquer" eux-mêmes leur croissance économique ou alors ils s’appauvriront. Il faut absolument qu’ils passent de l’économie résidentielle qui est la leur à une économie productive, en commençant par le tourisme, notamment dans les Antilles où le parc hôtelier n’est pas à niveau.

Le rapport de la Cour des comptes de 2014 (voir ici) indique que le tourisme, qui a en bonne partie contribué à la croissance des économies insulaires dans les années 1990, serait aujourd'hui en crise. Sur quels secteurs devront-elles s'appuyer pour s'assurer un avenir plus serein ?

Le secteur de l’agroalimentaire peut être très porteur. On y trouve en effet du sucre, de la banane, une capacité à fabriquer des produits transformés qui n’est pas assez exploitée, etc. Une fois que deux ou trois secteurs se sont suffisamment développés, cela attire inévitablement l’emploi, la construction, etc. Et on entre alors dans un cercle vertueux.

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