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Sony a annoncé le lancement de sa SmartWatch 2 pour fin septembre en France.
Sony a annoncé le lancement de sa SmartWatch 2 pour fin septembre en France.
©Reuters

Vous avez l'heure ?

La puce au poignet : après les smartphones, préparez-vous à l’assaut des "smart montres"

Elles vous indiquent l'heure, votre rythme cardiaque, vos appels et vos SMS : 2013 devrait être l'année des montres intelligentes, selon les prévision des spécialistes.

Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin est directeur au sein du cabinet Nextmodernity et blogeur. Il est un des spécialistes français de l’évolution conjointe des modes de travail et des technologies.

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Atlantico : Sony a annoncé le lancement de sa SmartWatch 2 pour fin septembre en France. Depuis les premières rumeurs, tous les mastodontes de la technologie portable réfléchissent à la conception d'une montre intelligente : Apple, BlackBerry, LG, Google, Microsoft, Samsung. Certains analystes pensent que 2013 sera l'année de la "smart montre". Après le "tous au smartphone", allons-nous tous porter des montres intelligentes ?

Bertrand Duperrin : Je ne sais pas si nous allons tous en porter mais une chose est certaine : dans les deux années qui viennent la pression risque d’être forte.D’abord parce que cela correspond à une logique inéluctable : rendre plus intelligents tous les objets de notre quotidien à partir du moment où ils sont connectés. Ça a commencé avec le téléphone, et la montre en est la suite logique : tout le monde en a une, à force elle fait quasiment partie de nous. On ne se rend plus compte qu’on la porte et on la consulte instinctivement. A la limite, la montre est davantage la suite logique que les lunettes qui restent un "ajout" visible sur l’individu. On apprécie ou pas d’en porter, on ne les garde pas 24h/24 et leur visibilité nécessite l’acceptabilité "sociale" des nouveaux usages qu’elles permettent.

Une guerre des montres semblable à la guerre ayant opposé Apple et Samsung sur les smartphones est-elle envisageable ? Apple a-t-il déjà une longueur d'avance grâce à l'Iphone ?

De la même manière qu’on a eu une guerre des smartphones, on risque fort d’avoir une guerre des montres intelligentes. Le marché est éduqué et plus large que celui du smartphone : qui n’a pas de montre ? La question ne sera pas "montre ou pas montre" mais montre traditionnelle ou montre intelligente. On peut également penser que la barrière à l’entrée sera moins importante pour la montre que pour le téléphone ou les lunettes qui demandent, elles, un savoir-faire nouveau en interface "homme-machine".

Apple a certainement une longueur d’avance avec son expérience sur ses "iDevices" mais pas seulement. En matière de montres, on peut penser que la maîtrise du couple software/hardware sera encore plus critique que pour le téléphone car les contraintes d’ergonomie et de tailles seront infiniment plus fortes. Il y a également la question du design : contrairement au téléphone pour lequel on peut à un moment donné privilégier la dimension utilitaire, la montre est également un article de mode.

N’oublions pas Google qui a montré son savoir-faire avec les Google glass, la montre étant à mi-chemin entre téléphone et lunettes. Si Google now est un très bon exemple de système connecté permettant l’affichage ciblé d’information en contexte (c’est d’ailleurs ce dispositif qui fait la richesse des lunettes), l’écueil pour eux sera au niveau du périphérique, leurs partenaires traditionnels n’ayant peut être pas le background nécessaire pour dessiner un objet de mode qui ne peut sacrifier l’esthétique à l’utilité.

Ensuite, il y a les fabricants de montres traditionnelles, qui ont un savoir-faire légitime à revendiquer. Mais comme on l’a vu avec le téléphone ça n’est pas parce qu’on maîtrise un marché qu’on est les mieux placés pour appréhender sa version "intelligente et connectée". Regardez les leaders de la téléphonie de 2005 et ce qu’ils sont devenus. Par contre, pourquoi pas en franchise avec Google justement ?

Quels sont les différentes utilités de ces montres?

La première question à se poser est de savoir si la montre sera autonome ou s’utilisera comme un prolongement du téléphone. Pour les lunettes et pour des raisons d’encombrement la réponse a été claire. Ça le sera moins pour la montre à condition, on y revient, de bénéficier d’un savoir faire avancé en matière d’intégration et de design.

Ensuite que va-t-on trouver sur la montre ? Par sa taille la montre sera davantage un outil où l’on poussera l’information qu’un outil où on interagira. Complémentaire au téléphone donc, élément d’affichage déporté ou utilisable seul dans certain contexte où l’on doit savoir mais pas nécessairement agir où l’acceptabilité sociale des usages demande un peu de discrétion. Il est plus simple de jeter un œil sur sa montre que sortir son téléphone dans certains événements de la vie en société ou de la vie professionnelle. J’en reviens à un système à la Google Now qui me séduit beaucoup : pousser des "cartes" en fonction du lieu, de l’agenda, du contexte. La géolocalisation et la connexion aux systèmes "externes" sera surement critique pour la montre : on ne manque d’information à pousser, ce qui compte est donc la pertinence ou l’urgence d’une information dans un contexte. 

Enfin, la montre présente une caractéristique nouvelle : elle est au contact direct du corps de son utilisateur quasiment 24h/24. En tant que capteur son usage sur des dispositifs ayant trait à la santé sont évidents. Qu’on parle de bien-être au travers de dispositifs de "quantified self" ou de choses plus critiques avec la captation de signaux vitaux critiques. Dans le premier cas, la concurrence existe déjà et peut s’inquiéter : on peut penser à Nike ou Jawborne. Dans le second c’est la consumérisation d’un marché médical qui était jusqu’alors un marché de niche très spécialisé.

Ces montres peuvent-elles être mises en concurrence avec les montres traditionnelles ? Pourquoi ?

On a déjà partiellement évoqué ce point précédemment. La montre intelligente peut remplacer une partie des montres traditionnelles pour des raisons purement utilitaires. On passe du "ça me donne l’heure" à "ça m’assiste au fil de ma journée". Quant à savoir si cela touchera uniquement les geeks ou monsieur Tout-le-monde, tout dépendra de l’esthétique et de la taille des objets. Pour le téléphone, dans les premiers temps, on a pu sacrifier la taille et l’esthétisme pour davantage de fonctionnalités et services mais ça ne fonctionnera pas pour quelque chose qu’on porte toute la journée de manière relativement visible – en contexte professionnel y compris. Personne ne se promènera avec une énorme verrue au poignet pour faire branché ou parce que c’est utile : n’oublions pas que le téléphone sera de toute manière à portée de main.

Ensuite il y a l’héritage traditionnel de la montre. L’horlogerie est un secteur multi-centenaire qui a une certaine noblesse. On aime les belles montres, les belles mécaniques. D’ailleurs l’affichage digital ne s’est pas imposé comme standard aux dépends de l’analogique, ce sont juste deux offres différentes. Certains restent attachés aux systèmes mécaniques. Et à la différence du téléphone, ceux qui ont le plus de moyens seront certainement ceux qui seront les plus conservateurs car la montre comporte une dimension artistique, affective, voire artisanale qu’ils apprécient et pour laquelle ils sont prêts à payer. Jamais ceux-là ne troqueront leur montre contre une montre intelligente. Cela vaut pour tout le marché du haut de gamme voire le moyen de gamme supérieur. C’est peut-être le plus gros frein que rencontreront les acteurs de ce marché : leur clientèle habituelle "à forte contribution" peut dans une large mesure rester attachée à une horlogerie plus traditionnelle par passion et par le côté statutaire qu’elle véhicule. Si certains fabricants de téléphone ont payé au prix fort le virage raté vers les appareils intelligents je ne pense pas que Rolex, Breitling, Patek Phillipe et Consorts aient beaucoup à s’inquiéter.

Raison de plus pour proposer dès le début un outil et un service apte à satisfaire des exigences supérieures à des conditions qui conviendront à la clientèle milieu de gamme là où le téléphone attaquait par le haut et redescendait au fil du temps.

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