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Maltraiter le personnel semble être une mauvaise habitude des riches familles du Golfe.
Maltraiter le personnel semble être une mauvaise habitude des riches familles du Golfe.
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Mauvaises habitudes

La princesse, l'artisan tabassé et la longue liste des "victimes" de la famille royale saoudienne

L'affaire du décorateur parisien qui assure avoir été battu, ligoté, et forcé à embrasser les pieds d'une princesse saoudienne, illustre le lamentable palmarès des familles royales arabes qui maltraitent leur personnel.

Tom Sykes

Tom Sykes

Tom Sykes est écrivain et journaliste, auteur du blog "The Royalist" pour The Daily Beast. Il a collaboré à de nombreuses publications, et a fait un passage au New York Post comme reporter nighlife et éditorialiste people. Il a écrit plusieurs livres, et a récemment aidé John Taylor de Duran Duran à écrire son autobiographie chez Dutton. Tom vit à Londres et en Irlande.

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Copyright The Daily beast - Tom Sykes

Travailler pour les patriarches et matriarches des familles royales du Moyen-Orient et leur progéniture n'a jamais été considéré comme une opportunité d'emploi sans risques ou sans revers de la médaille.

Sachant que vous pouvez être assassiné, violé, ou emprisonné, le décorateur parisien chargé de peindre l'appartement de la princesse saoudienne Hassa, qui dit avoir été ligoté, battu et obligé de baiser les pieds de la princesse avant d'être expulsé de l’appartement sans avoir été payé (selon les informations du Daily Mail), devrait s’estimer chanceux.

Il avait contrarié la princesse, selon Le Point en prenant quelques photos d’une chambre de l'appartement situé sur l'avenue Foch, où il devait effectuer des travaux de décoration.

Il a expliqué que prendre des photos était pratique courante, et que les clichés servaient simplement à savoir où remettre les meubles qu'il devait déplacer, mais la princesse l'a accusé de comploter pour vendre les photos à la presse. Elle aurait dit à un de ses gardes du corps armé : "Vous devez tuer ce chien, il ne mérite pas de vivre" raconte Le Point. Au cours de ce qui s’est transformé en un cauchemar pendant plus de quatre heures, le garde du corps "l’a frappé à la tête avant d'attacher ses mains", après quoi l'artisan s’est vu ordonner de se mettre à genoux et de baiser les pieds de la princesse.

Maltraiter le personnel semble être une mauvaise habitude des riches familles du Golfe qui s’installent dans les capitales européennes pendant les mois d'été. Des organisations de défense de travailleurs immigrés soulignent régulièrement le traitement épouvantable réservé au personnel. Les possibilités d'interventions demeurent très limités du fait du statut de nombreux employés (travailleurs étrangers avec des visas limités) et de l'imunité diplomatique dont bénéficient beaucoup de membres de ces familles royales.

L'année dernière, Majed Abulaziz al-Saud, un prince saoudien âgé de 29 ans, a agressé sexuellement cinq femmes dans une imposante résidence de Beverly Hills, à Los Angeles.

Il a été arrêté après que des voisins eurent repéré un femme nue et ensanglantée essayant désespérément d'escalader la clôture haute de 2,5 mètres entourant cette propriété d’Al Saoud. Les voisins ont aidé la femme à fuir et appelé la police.

Quelques jours plus tard Al-Saud – qui s’est révélé être un fils de feu le roi Abdallah d'Arabie Saoudite - était libéré moyennant une caution de 300 000 dollars. 

Il aurait dit à ses victimes: ''Je suis un prince et je fais ce que je veux. Vous n’êtes personne !'

Sheikh Rashid, le fils aîné de l'émir de Dubaï, le Cheikh Mohammed, est tombé en disgrâce et son père l’a dépouillé de tout droit à sa succession en 2008, parce qu'il avait, semble-t-il, assassiné un employé du bureau de son père. L'homicide présumé a été révélé dans une note confidentielle envoyée à Washington par le consul américain à Dubaï, et ensuite publiée par Wikileaks.

Le consul général David Williams avait écrit : ''Il se dit que Rashid a tué un assistant dans le bureau du souverain, perdant ainsi sa chance d'être héritier."

Cette étonnante affirmation n'a jamais été confirmée.

Certains domestiques étrangers qui travaillent loin de leur terre natale pour les princes étrangers ont subi d’incroyables d'abus.

Un ambassadeur des Emirats Arabes Unis en Irlande a été condamné à payer à trois travailleuses philippines un total de 240 000 euros en réparation de leurs droits d'employés. L’ambassadeur Khalid Nasser Rashed Lootah et sa femme Mehra Metad Alghubaisi avaient payé ces femmes  moins de 2 dollars par heure pour effectuer des travaux ménagers et d'autres tâches pendant 15 heures par jour, sept jours par semaine, a estimé le tribunal. Le personnel était toujours en service, leurs passeports avaient été confisqués et elles n’ont jamais eu un jour de congé.

Une de ces femmes, Jennifer Villaranda, a dit à un site irlandais thejournal.ie qu'elle et ses collègues ont été traitées "comme des esclaves."

Des violences racistes auraient également été subiés par certains employés. Un homme noir travaillant dans le foyer britannique d'un cheikh du Golfe a dit qu'il était appelé "l’esclave noir" par d’autres membres du personnel.

Buniah al-Saud, une princesse saoudienne, a été arrêtée et emprisonnée à Orlando, en Floride, après avoir été accusée d’avoir frappé sa femme de chambre indonésienne et de l'avoir poussée dans les escaliers de sa maison. La princesse, qui a nié les accusations, s’était présentée comme une nièce du roi Fahd.

En 2013, une princesse saoudienne nommée Meshael Alayban a été arrêtée à Irvine, en Californie, accusée d’avoir enfermé et maltraité un de ses employés kenyan. Cependant, les accusations ont finalement été retirées.

Le cas le plus choquant et le plus connu de violence familiale date de 2010, quand le prince saoudien Saud bin Abdulaziz bin Nasir Al-Saud a été emprisonné à vie au Royaume-Uni après avoir matraqué son serviteur Bandar Abdulaziz jusqu’à la mort, à Londres.

Pendant le procès de Nasir Al-Saud, il est apparu que l'homme qu'il avait assassiné était aussi son partenaire sexuel. La BBC a dit à l'époque que le prince, âgé de 34 ans, a passé son temps au tribunal à essayer de faire valoir qu'il n'était pas gay, et qu'il n’était pas le meurtrier.

Tout ceci fait que l'épreuve subie par le décorateur parisien semble une affaire plutôt "insignifiante".

 

Comme un homme d'affaires britannique, qui connaît la vie quotidienne de l'Arabie et du Golfe le dit au Daily Beast à propos de cet incident "Ce n’est pas particulièrement un délit royal. Cela relève d'une même philosophie que l'Etat islamique, Saddam Hussein, Kadhafi ou encore Assad quand il rase Alep. Donc, ce pauvre décorateur qui a du embrasser les pieds d'une princesse s’en est très bien sorti ".

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