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La Polynésie française, un territoire colonisé : pourquoi Oscar Temaru est hors-sujet
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A l'ouest

La Polynésie française, un territoire colonisé : pourquoi Oscar Temaru est hors-sujet

Le président de la Polynésie française a déposé une demande le 28 février à l'ONU pour que l'île soit listée parmi les "territoires à décoloniser". La France a-t-elle encore des colonies ?

Michel  Renard

Michel Renard

Michel Renard est  professeur d’histoire. Il est co-auteur, avec Daniel Lefeuvre, de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? et animateur du site Études Coloniales.

 

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La France ne se réduit pas à l’hexagone. Elle possède, en toute souveraineté, des territoires ultra-marins. Quel est leur statut ? Si l’on s’en tient à une définition sommaire telle que, la colonie est un : «Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l'administre et le maintient dans un état de dépendance», on pourrait dire, au terme d’une lecture simpliste, que notre pays dispose encore de colonies. C’est la thèse du mouvement dit des "Indigènes de la République", né en 2005, qui mobilise les catégories du passé colonial de la France en affirmant que les «discriminations qui affectent différentes couches de la population sont la redondance de l'injustice et des inégalités coloniales : «La France reste un État colonial», disent-ils.

Mais la réalité d’une colonie n’est pas réductible à son éloignement géographique d’une métropole. C’est un ensemble de traits qui la définissent : histoire d’une conquête plus ou moins violente, diversité des implantations de populations européennes (quasi nulle pour l’Afrique) infériorité de statut politique et civil de ses habitants «indigènes» excluant la citoyenneté de plein droit qui règne en métropole, exploitation unilatérale des ressources de ces pays, stigmatisation culturelle – et encore celle-ci ne fut que marginale : les peuples colonisés ont conservé leur leurs langues et leurs religions… !
 
Sans compter ce que la colonisation a apporté de bénéfique telle la construction d’infrastructures qui n’étaient pas seulement liées aux intérêts économiques des colonisateurs, la mise en place d’organisme sanitaires et scolaires qui n’ont, certes, pas profité à tous, mais à un bon nombre «d’indigènes» sans contrepartie.
 
Quant aux effets politiques, il faut compter avec les dénouements contradictoires : «La colonisation a été ambivalente dans ses effets. D'un côté, elle a détruit le vieux monde, au détriment de l'équilibre social et culturel et de la dignité des populations. D'un autre coté, elle a été à l'origine des acquis qui ont créé la modernité algérienne. (...) On peut même dire, sans risque de se tromper, que la colonisation a été le cadre d'une initiation à ce qui est une société civile, même si cet apprentissage s'est fait malgré elle et s'est heurté à une culture coloniale, d'essence raciste», note l’historien algérien Mohammed Harbi.
 
Quant aux bénéfices économiques, le bilan a été établi par des historiens tels que Jacques Marseille (Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, 1984) ou Daniel Lefeuvre (Chère Algérie, 1930-1962, éd.1999). Et il ne penche pas en faveur d’un pillage unilatéral, au contraire.

Personne aujourd’hui, dans les territoires français d’outre-mer ne correspond aux statut déprécié qui était celui des sujets de l’empire colonial français avant 1962 et même avant 1946 (départementalisation).
 
Les possessions ultra-marines de la France sont quatre DROM, soit départements et régions d’outre-mer : Guadeloupe, Martinique conquises toutes deux au XVIIe siècle et où la traite fut abolie en 1831 puis l’esclavage en 1848), Guyane (XVIIe siècle, échec de la colonisation foncière ; aujourd’hui devenue stratégique avec la base de lancement de Kourou), la Réunion (XVIIe siècle, cultures commerciales puis monoculture de la canne à sucre). Mayotte est devenu le 31 mars 2011 officiellement le cent-unième département de France et son cinquième département d’Outre-mer.
 
Ses habitants sont des citoyens français de plein droit. Ils participent à toutes les élections françaises à égalité de droit. Quant il y des troubles à l’ordre public, ils sont réprimés selon la loi, comme en métropole. La majorité de leurs habitants souhaitent rester Français. Qu’on me cite des «colonisés» désirant déserter leur statut de colonisés… Il y en a certes mais qui sont ultra minoritaires. On dira que les autres privilégient les intérêts matériels de l’appartenance à la France. Et alors ? Qui ne désire vivre mieux que ceux qui les ont précédés ? Tout en conservant la dignité de citoyen que leur offre la république française.
 
L’intérêt économique n’est pas négligeable, avec les 11 millions de ZEE (zone économique exclusive, maritime), avec le tourisme, et avec les flux de marchandises en provenance de la France. Mais il n’y a pas d’extorsion de richesses comme dans l’image, parfois simpliste, qu’on se fait d’une colonie.
 
Seule la Nouvelle-Calédonie dispose de ressources minières qui la place comme troisième producteur mondial de nickel.
 
Tous ces territoires, auxquels il faudrait ajouter Saint-Pierre-et Miquelon, Wallis et Futuna, Mayotte, la Terre Adélie, les Iles Australes et Clipperton (propriété de l’État), sont administrés par des institutions qui sont, selon les cas, des conseils régions, des conseils départementaux. La Nouvelle-Calédonie est une «collectivité spécifique» au statut provisoire devant former un «pays d’outre-mer» après un référendum en 2014.
Mais l’ensemble de ces ex-colonies ne sont pas des néo-colonies. La Constitution (article 73) prévoit que le régime de l’identité législative s’y applique de plein droit. Quant à l’article 74, il précise les statuts particuliers pouvant affecter tel ou tel territoire.
 
On aurait pu évoquer les relations de la France avec ses anciennes colonies devenues indépendantes, notamment en Afrique, et critiquer les turpitudes de la «Françafrique». Il ne s’agit pourtant pas d’un rapport colonial. Ces États, pour la plupart, ont raté leur «développement» mais la responsabilité première en incombe aux élites prédatrices et corrompues en place. 

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