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Le soleil se lève alors qu'un agriculteur pulvérise l'herbicide au glyphosate "Roundup 720", dans le nord-ouest de la France, dans un champ de maïs, près d'un parc éolien, le 23 avril 2021.
Le soleil se lève alors qu'un agriculteur pulvérise l'herbicide au glyphosate "Roundup 720", dans le nord-ouest de la France, dans un champ de maïs, près d'un parc éolien, le 23 avril 2021.
©JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Objectif "zéro glyphosate"

La politisation de l’INRAE

L'INRAE (Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) a décidé de mettre un terme à l’emploi du glyphosate dans ses dispositifs expérimentaux et a précisé que l'objectif "zéro glyphosate" a été atteint en 2021. L’INRAE a-t-il démontré autre chose qu’un suivisme politique de plus en plus marqué ?

Gérard Kafadaroff

Gérard Kafadaroff

Gérard Kafadaroff est ingénieur agronome, auteur de plusieurs livres sur les OGM dont OGM : la peur française de l'innovation (préface du professeur M.Tubiana ; éditions Baudelaire). Il est également le fondateur de l’Association française des biotechnologies végétales et a longtemps travaillé dans le secteur de l’agrofourniture.  

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Dans un communiqué récent, l’INRAE a décidé de mettre un terme à l’emploi du désherbant glyphosate dans ses dispositifs expérimentaux et annonce que l’objectif « zéro glyphosate » a été atteint en 2021. Une annonce en phase avec les objectifs environnementaux mais qui masque l’absence de véritables alternatives au glyphosate pour les agriculteurs. Le « zéro glyphosate » signifiant un retour en arrière avec davantage de travail, un désherbage moins efficace, une consommation accrue de carburant (GES) et de nombreuses impasses techniques pour les agriculteurs. L’INRAE a-t-il démontré autre chose qu’un suivisme politique de plus en plus marqué ?

L’INRA (Institut national de la recherche agronomique) est devenu INRAE (Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) depuis le 1er janvier 2020 suite à sa fusion avec l’IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et techniques pour l’environnement et l’agriculture) marquant ainsi son engagement écologique.

Fort de ses 12000 collaborateurs dont près de 2000 chercheurs et d’un budget de plus d’1milliard d’euros, l’INRAE propose « par la recherche, l’innovation et l’appui aux politiques publiques de nouvelles orientations pour accompagner l’émergence de systèmes agricoles et alimentaires durables ».

En 2018, sous « impulsion institutionnelle forte » (faut-il comprendre ministérielles ?), l’INRAE a décidé de mettre un terme à l’emploi du désherbant glyphosate dans ses dispositifs expérimentaux (soit 0,01% de la consommation nationale) et annonce que l’objectif « zéro glyphosate » a été atteint en 2021. Un exercice de figure imposée sans lien avec la réalité agricole.

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Des choix strictement politiques sur le glyphosate

Le glyphosate a été utilisé avec succès depuis 46 ans dans le monde. Son utilisation raisonnée a été reconnue sans risque sanitaire et environnemental par toutes les agences sanitaires française, européennes et internationales. Seul le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a classé le glyphosate « cancérogène probable » en 2015 (tout comme la viande rouge), classement contesté par toutes les agences, y compris par l’OMS, maison-mère du CIRC. De plus, ce qui a été révélé sur le fonctionnement du CIRC (liens idéologiques et financiers) discrédite son avis.

Pour donner suite à la décision du Président Macron en novembre 2017 d’interdire le glyphosate en France « dès que des alternatives auront été trouvées et au plus tard dans 3 ans », l’INRAE a été sollicité pour évaluer les alternatives au glyphosate. Quatre ans après, aucune alternative aussi performante que le glyphosate n’a été trouvée et l’INRAE n’a pas d’autre choix que de revenir aux pratiques anciennes, essentiellement le travail du sol gourmand en main d’œuvre et en carburant avec l’éventuel appui de la robotique et l’agriculture de précision. Pour entretenir ses champs d’expérimentation elle fait aussi appel au désherbage thermique.

Un retour en arrière qui va à l’encontre de l’objectif partagé de réduction des émissions de C02.

L’INRAE reconnaît les « difficultés » du travail mécanique dans de nombreuses situations (vignes, vergers, terrains pentus, lutte contre les mauvaises herbes vivaces, …) et celles liées au développement souhaitable des techniques de conservation des sols (semis direct sans labour et couvert végétal en interculture) nécessitant une faible dose de glyphosate. Une technique largement utilisée dans de nombreux pays, illustrant au mieux l’agroécologie, mais jamais développée par l’INRAE.

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L’INRAE et la Bio

L’INRAE s’investit dans l’agriculture biologique et « publie le plus d’articles scientifiques au mondedans le domaine du bio» (un préfixe trop galvaudé par un usage abusif !)

Parviendra-t-il à surmonter les faiblesses de ce mode de production : baisse des rendements, prix élevé pour le consommateur, sensibilité aux contaminants biologiques et risques accrus face à l’émergence de nouvelles maladies ou invasions d’insectes ?

L’agriculture biologique, dans son cahier des charges, exclut l’utilisation des produits chimiques de synthèse (avec quelques dérogations notables comme le cuivre) ainsi que les OGM.

Suffirait-il qu’un produit soit synthétisé pour qu’il devienne suspect ? Est-ce bien une démarche scientifique ? Ou une focalisation sur de faux-problèmes ? Ou une soumission aux injonctions des ministères de tutelle ?

L’INRAE et les biotechnologies

Les biotechnologies ont montré aujourd’hui tout leur intérêt avec les vaccins à ARN messager contre le Covid-19.

Largement louées dans le domaine de la santé, elles sont diabolisées pour ses applications agricoles en France et en Europe avec les OGM.

N’était-ce pas le rôle de l’INRAE que de démontrer l’intérêt des plantes transgéniques ? Il s’agit d’un domaine où il joua un rôle important, avant d’abandonner toute recherche appliquée dès le début de la « querelle des OGM ». Qu’il s’agisse de plantes résistantes aux insectes, maladies, virus, de plantes tolérantes à la sécheresse ou de plantes dotées de nouvelles qualités utiles pour la santé, la nutrition, l’environnement et offrant aux agriculteurs valeur ajoutée et nouveaux marchés.

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Un retour d’expérience exceptionnel de 25 ans de très large utilisation des OGM dans les grands pays agricoles du monde n’a pas bousculé les certitudes de l’INRAE. Y aurait-il une science différente en France qu’en Asie ou dans les Amériques ? Ou un comportement différent face à l’innovation technologique ? Les mêmes OGM seraient-ils plus dangereux en Europe que dans les autres continents ?

Le retard de la France sur les nouvelles biotechnologies

Face aux nouvelles biotechnologies qui ont valu le prix Nobel de chimie 2020 à la française Emmanuelle Charpentier et à l’américaine Jennifer Doudna pour la découverte des ciseaux génétiques CRISPR/Cas9, le retard de la France et de l’Europe dans le domaine de ces nouvelles biotechnologies est documenté.

Peut-on espérer cette fois que l’INRAE saura utiliser ces outils prometteurs de techniques génétiques pour des applications concrètes ? Et pas simplement pour des exercices de style, comme pour le «sans glyphosate» ?

Quel positionnement de la recherche face à des choix politiques absurdes ?

L’INRAE est bien sûr dépendant des choix politiques du gouvernement. Faut-il pour autant perdre sa crédibilité et son expertise scientifique ? Faudra-t-il attendre l’arrivée de responsables politiques plus ouverts à l’innovation technologique pour un changement de cap ? Ou l’INRAE saura-t-il, dès à présent, porter fermement ce flambeau auprès des politiques en France comme à Bruxelles ?

Il est urgent et souhaitable que l’INRAE, grand institut scientifique public, retrouve son indépendance, la rigueur de sa démarche scientifique, son appétence pour l’innovation et son ouverture à l’international pour le bénéfice de l’agriculture française qui en a grand besoin et pour le rayonnement de la science française.

Gérard Kafadaroff
Ingénieur agronome
Co-fondateur et membre du Collectif STA (Science-Technologies-Actions)
Auteur de plusieurs ouvrages sur les OGM

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