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La pandémie a joué sur notre sommeil.
La pandémie a joué sur notre sommeil.
©Pixabay

Au lit !

La pandémie a changé nos habitudes de sommeil et voilà pourquoi c’est probablement une très bonne chose

La pandémie pourrait paradoxalement nous aider à trouver un meilleur rythme de sommeil.

Marc Rey

Marc Rey

Le docteur Marc Rey est médecin au Centre du Sommeil de Marseille.

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Atlantico : Avons-nous globalement observé des modifications sur notre sommeil, liées à la crise du Covid ? Est-il la cause d'un facteur de stress supplémentaire ?

Marc Rey : Tout à fait, nous avons eu des études internationales et françaises d'autre part, qui ont clairement démontré que lors du premier confinement, il y a eu des modifications très importantes du sommeil, qui s'est décalé. Les gens se sont couchés beaucoup plus tard, et certains n'ont pas eu de modifications de leur durée de sommeil, d'autres ont eu un sommeil réduit en se levant toujours à la même heure. Les gens se sont plaints d'une moindre qualité de leur sommeil, avec des éveils plus nombreux et plus durables au cours de l'année. Tout cela nous a été rapporté par des études françaises de Santé Publique France, par l'enquête Coconel, mais également des enquêtes chinoises, indiennes, portugaises ou italiennes.

Donc l'impact du Covid sur le sommeil a été tout à fait considérable à la fois en terme de rythme (les gens qui se trouvaient confinés ont décalé leur rythme de veille/sommeil), et en terme de qualité à cause du stress occasionné, qui prolonge les veilles et affectera la qualité de votre sommeil. Le Covid et les mesures sociales associées (confinement, télétravail) sont donc très certainement l'origine d'un nouveau facteur générateur de stress.

Avant la pandémie, le temps moyen de sommeil d'un Français était inférieur à 7 h, c'est ce qui avait été démontré à l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance, mais aussi dans le bulletin épidémiologique de Santé Publique France. En 2020, nous étions à 6 h 41 de temps de sommeil en semaine dans une population adulte entre 18 et 65 ans. Depuis la pandémie, nous avons eu une petite augmentation, il y a eu moins de jet-lags social (le fait de récupérer une heure de sommeil le week-end par rapport à la semaine), on l'a observé assez généralement.

Une enquête nous démontre qu'un quart des Français avaient cherché à améliorer leur sommeil. Ce qui me semble important, c'est la prise de conscience autour de nos rythmes biologiques de façon à éviter la souffrance.

Le télétravail, qui permet de ne pas avoir à se déplacer jusqu'à son lieu de travail, pourrait faire gagner de précieuses minutes de sommeil, avons-nous des preuves ? Qu'en est-il de notre rythme biologique ?

En partie. On a eu une réduction considérable du temps de transport avec le télétravail, mais l'aspect négatif de celui-ci, c'est le changement de nos rythmes de sommeil, beaucoup plus irréguliers. Ce bénéfice est donc un peu occulté par des heures de coucher bien plus tardives. C'est ce que l'on observe surtout pour le premier confinement, pour le deuxième confinement en novembre, les gens ont cherché des techniques d'amélioration.

Donc le télétravail a des effets positifs (gains de temps), mais on perd l'effet synchroniseur de l'activité quotidienne, du fait d'aller au travail, de fréquenter d'autres gens, et d'avoir des interactions sociales sera aussi un facteur régulateur de votre horloge biologique. En étant seul chez nous, on définit nous-même notre horloge biologique, ce qui finit souvent mal, nous sommes désynchronisés.

Le rythme biologique, sous l'effet du rythme endogène (qui nous est personnel), est mis à jour grâce aux activités sociales entre individus, qui établissent un lever et coucher, d'où l'importance de nos interactions sociales et le danger du télétravail.

Quels sont les effets d'un temps prolongé devant les écrans à cause du télétravail ?

Deux éléments ; d'abord, un élément de position. Au travail, nous avons un mobilier et une position adaptée. Le problème étant que les gens ont tendance à travailler depuis leur lit, ou leur canapé, donnant des douleurs musculo-squelettiques parce que vous n'êtes pas dans une bonne position pour être avec un écran, un clavier et une souris. En suite, lorsque vous êtes sur site, vous allez vous lever assez régulièrement, soit pour faire une pause, ou parler à un collègue. En revanche, chez nous, nous aurons tendance à être bien plus sédentaires et à moins bouger. Maintenant, on a demandé aux gens à passer leurs appels en marchant pour favoriser une activité physique, et compenser la réduction de cette dernière depuis le télétravail.

Qu'en est-il du rythme des enfants ? Sont-ils plus en accord avec leur rythme biologique ?

C'est en effet un point positif pour les enfants, qui vont avoir une nuit plus longue pour mieux récupérer. Le problème, c'est la réduction de l'activité physique. L'enfant a besoin de se dépenser, et s'il ne le fait pas, il aura non seulement des problèmes physiques, mais aussi des modifications cognitives, avec une baisse des performances.

Les enfants sur un écran ne vont pas inférer comme nous sa troisième dimension. Les enfants perdent une information cruciale en restant sur un écran en deux dimensions, ce qui entraîne des perturbations sur le plan de son comportement visio-moteur, et donc des problèmes cognitifs qui en découleront. On le sait depuis une récente étude de Clermont-Ferrand qui vient de sortir.

On a aussi connaissance des enfants qui absorbent le stress des parents à la maison, affectant la qualité de leur sommeil.

Y a-t-il des bonnes habitudes à garder depuis la pandémie que nous pouvons utiliser dans un monde post-Covid ?

Marc Rey : Ce qui est très important, c'est que les gens se rendent compte de l'importance du sommeil et du rythme veille/sommeil. Beaucoup de gens qui étaient en privation de sommeil, tout le temps dans l'action, ont pu avoir un coup d'arrêt, et d'un autre côté, les pouvoirs publics se sont rendus compte de l'importance de l'étude des facteurs de stress, ce qui engendre une prise de conscience collective. Tout cela est très positif, et nous allons garder en mémoire l'importance de nos rythmes biologiques dans l'efficacité au travail.

En suite, on a pu développer le télétravail, ce qui peut-être une solution profitable lorsque c'est à temps partiel, on associe les avantages du télétravail à ceux d'une présence quelques jours par semaine au bureau. Aussi, les gens se sont équipés en terme d'outils et de matériel.

Autre point positif, on a pu tester la robustesse de nos réseaux de télécommunications, qui ont pu tenir avec des débits énormes.

On sait aussi que l'on perd en créativité quand on est en télétravail, la créativité est stimulée par des relations sociales. Dans votre entreprise, lorsque vous échangez, vous pourrez gagner en savoir-faire, alors qu'en télétravail, nous sommes nos propres juges, les erreurs ne sont pas analysées de la même manière.

Avec ça, la réduction d'un certain nombre de réunions présentielles qui étaient un peu inutiles, et qui engendraient parfois des gros coûts de déplacement. C'est un autre point positif, nous serons en présentiel que lorsque ce sera vraiment utile.

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