La pâle embellie de la conjoncture réveille déjà le démon de la dépense publique | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Un homme vêtu d'un costume de démon lors d'un défilé à Schladming en Autriche.
Un homme vêtu d'un costume de démon lors d'un défilé à Schladming en Autriche.
©Reuters

Editorial

La pâle embellie de la conjoncture réveille déjà le démon de la dépense publique

L’idée que le rebond de l’économie française donnerait naissance à une sorte de magot qu’on pourrait utiliser avant même qu’il ne soit réellement concrétisé circule déjà dans les travées du Parlement.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

Voir la bio »

Il a suffi d’une petite éclaircie dans le ciel bouché de la conjoncture pour faire resurgir le démon de la dépense publique. En prévoyant pour cette année une modeste croissance du produit intérieur brut de 0,3 % au lieu d’une légère récession, les experts internationaux ont ravivé dans les esprits du monde politique la célèbre image de la cagnotte qui avait fait rêver à l’époque de Lionel Jospin. Déjà, l’idée qu’un rebond de l’économie donnerait naissance à une sorte de magot qu’on pourrait utiliser avant même qu’il ne soit réellement concrétisé circule dans les travées du Parlement. A quoi bon, dès lors, imposer au pays des efforts supplémentaires, songent certains députés, et pourquoi ne pas relancer la consommation par une augmentation du pouvoir d’achat, d’autant que la France va entrer dans une longue période d’élections, avec des candidats qui ont une seule préoccupation : leur réélection ?

Pourtant, il serait dangereux de céder à une euphorie qui conduirait à la facilité. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, vient d’ailleurs de doucher les esprits en soulignant les risques qui pèsent toujours sur une reprise, dont il voit seulement les « tous premiers bourgeons » sans être assuré de la suite. Au demeurant, l’amélioration constatée pour notre pays est seulement le fruit d’un changement de comportement technique des entreprises : elles avaient réduit leurs stocks l’an dernier en raison de la récession ; elles les reconstituent un peu cette année à la faveur de l’amélioration du climat qu’elles constatent surtout chez nos grands partenaires, mais pour l’instant, cela ne va pas au-delà. Ainsi, on ne constate aucun dégel de l’investissement qui marque le pas.

Le climat  général ne s’y prête pas. Les chefs d’entreprise ont été assommés par le choc fiscal qui a conduit à la création de plus de 80 impôts en l’espace de deux ans. Ils ne croient pas plus que l’opinion à la pause fiscale annoncée par le chef de l’Etat. Au demeurant, le langage officiel est toujours emprunt de vices cachés, à l’image de ces annonces publicitaires qui vous allèchent par des incitations spectaculaires mais qui recèlent des conditions d’application qui en réduisent la portée. Ainsi, François Hollande fait-il savoir qu’il veut réduire l’impôt sur les sociétés, mais on apprend qu’il envisage de créer une autre taxe pour dégager des recettes nouvelles, de sorte qu’aux yeux des patrons, il pourrait s’agir d’un tour de passe-passe qui n’allègerait pas leurs charges.

Par ailleurs, le gouvernement se félicite du calme social apparent du pays, malgré la montée persistante du chômage, qui atteint désormais 10,5% de la population. Cet état est le fruit de la dose de chloroforme distillée par le pouvoir pour que rien ne bouge, en évitant d’engager les réformes que tous nos voisins ont accomplies. Mais cette absence de décisions a déjà des conséquences que reflètent les classements internationaux. La France perd chaque année quelques places dans la hiérarchie mondiale, ce qui rend sa voix de moins en moins audible. Les jeunes, plus sensibles que les autres générations aux battements du monde, finiront par ne plus accepter une situation particulièrement injuste à leur égard et qui divise le pays en deux : ceux qui sont protégés par leur statut et les autres, voués aux emplois précaires, de plus en plus nombreux. Attention à la révolte qui pourrait bien gronder un jour !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !