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La moitié des éoliennes pas raccordées ou pas construites ? Petite explication d’un retard français
©Reuters

Dure, dure, l’énergie durable

La moitié des éoliennes pas raccordées ou pas construites ? Petite explication d’un retard français

Si le Canard Enchaîné assure que la moitié du parc éolien en France est aujourd'hui inactif, la réalité est un peu plus complexe que cela. Il n'en reste pas moins que la France accuse un retard certain dans ce domaine par rapport à ses voisins.

Paul Neau

Paul Neau

Paul Neau est un professionnel des énergies renouvelables, fondateur notamment d'Abies (bureau d’études en énergies renouvelables et environnement).

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Atlantico : Selon une information du Canard Enchaîné, "une éolienne sur deux ne sert strictement à rien". Et le journal précise : "Il y a, en France, plus d'éoliennes inactives, avec une puissance potentielle de 10748 mégawatts, que d'éoliennes raccordées (10312 mégawatts)". Est-ce exact ? 

Paul Neau :Il y a aujourd’hui effectivement en fonctionnement un peu plus de 10 000 mégawatts éoliens en France (6 000 éoliennes environ). Et il y a une puissance d’un peu plus de 10 000 mégawatts qui a été réservée pour être raccordée ultérieurement ; c’est une liste d’attente électrique pour de futurs projets, ce ne sont pas des éoliennes inactives. Il y a une grosse erreur de la part du Canard Enchaîné en la matière.

En effet, une société de développement d’un projet éolien, en parallèle de ses demandes d’autorisation administrative, va se renseigner sur les possibilités de se raccorder à un poste-source puis réserver auprès de RTE, le Réseau de Transport d’Electricité, une puissance électrique. C’est l’addition de toutes ses demandes qui aboutit aux 10 748 MW cités par le Canard Enchaîné.

Quelles sont les différentes étapes nécessaires à la mise en fonction d'éoliennes en France ? Quel temps faut-il pour passer du stade du projet à celui du raccordement au réseau ? Pourquoi est-ce si long ?

Entre les premiers contacts sur un site donné et les premiers kWh produits, il faut compter 8 ans en moyenne. C’est le temps requis pour les expertises techniques, les expertises environnementales, la concertation, les demandes d’autorisation administrative, la délivrance des autorisations, le temps des recours juridiques puis la construction du parc éolien. C’est le double de la plupart des pays européens. Et ces délais ne vont pas en se réduisant.

Le retard français évoqué par le Canard Enchaîné, par rapport à l'Allemagne notamment, est-il quant à lui avéré ? A quoi est-il dû ? Dans quelle mesure l'Etat en est-il responsable ? Comment le rattraper ?

Il y a en Allemagne 4,5 fois plus de MW éoliens qu’en France, et il s’y est installé en 2015 également 4,5 fois plus qu’en France. Il y a une seule véritable explication à cette différence : la frilosité de nos gouvernants. Il y a de (très) beaux discours, mais peu est fait pour développer concrètement les énergies renouvelables ; on parle de simplification administrative d’un côté mais d’un autre côté on rajoute des demandes diverses et variées. Les projets éoliens existent, nous avons également une très bonne ressource éolienne, mais il n’y a pas de vraie volonté.

Pour donner un exemple, l’Etat s’est engagé à délivrer (ou non) les autorisations administratives en un an maximum ; mais, nos administrations régionales trouvent toujours à redire dans les dossiers qui leur sont soumis, augmentant de plusieurs mois voire de plus d’une année la longueur des procédures. La liste est longue de ces demandes de compléments : on a vu des demandes de simulations visuelles depuis tous les monuments historiques présents dans un rayon de vingt kilomètres, on voit des demandes de simulations visuelles à plusieurs saisons, on voit des demandes de simulations visuelles nocturnes.

Pour qu’un projet éolien soit autorisé il faut également l’accord, pour des raisons de risque de perturbation des radars, de l’Armée de l’Air, de l’Aviation Civile et de Météo-France ; alors que ce devrait le rôle de Monsieur le Préfet de département de peser le pour et le contre et, en s’appuyant sur les avis de ces trois organismes, de délivrer ou non l’autorisation de construire et de fonctionner un parc éolien. Aujourd'hui nous avons de facto besoin de quatre autorisations.

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