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Une personne âgée dans un Ehpad. Une nouvelle étude publiée par la BBC évoque des pistes prometteuses pour mieux appréhender la maladie d'Alzheimer
Une personne âgée dans un Ehpad. Une nouvelle étude publiée par la BBC évoque des pistes prometteuses pour mieux appréhender la maladie d'Alzheimer
©MIGUEL MEDINA / AFP

Avancées prometteuses

La maladie d’Alzheimer, co-produit d’une infection virale ? Les nouvelles pistes radicalement différentes de la recherche

Une étude dévoilée sur le site de la BBC met en avant un traitement antiviral afin de réduire les risques d’Alzheimer. Ces travaux peuvent-ils représenter un espoir pour les patients atteints par la maladie ?

Luc Buée

Luc Buée

Luc Buée est un scientifique français, directeur de recherche au CNRS. Il est directeur de l’équipe « Alzheimer & Tauopathies »

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Atlantico : Une étude publiée sur le site de la BBC met en avant un traitement antiviral pour réduire les risques d’Alzheimer. Cela présente-il un espoir pour les patients atteints par la maladie ?

Professeur Luc Buée : La maladie d'Alzheimer est due à une accumulation de la protéine bêta-amyloïde dans le cerveau conduisant à une mort des cellules nerveuses. 
Pourquoi le cerveau produit-il une protéine bêta-amyloïde qui s’agrège ? Cela reste une question majeure. La maladie d’Alzheimer a des facteurs de risque  environnementaux  et génétiques. Les facteurs de prédisposition génétique sont importants. Le plus connu est celui du gène de l’apoliprotéine E allèle epsilon4 qui augmente de 3 à 15 fois le risque de développer la maladie d’Alzheimer.
Cependant, l’environnement est également important. Ainsi, une des hypothèses pour expliquer la production de peptide amyloïde serait liée au virus de l’herpès. Il serait un facteur de risque important dans le développement de la maladie d’Alzheimer.
Le lien entre la maladie d’Alzheimer et cette infection virale s’expliquerait par un mécanisme ancestral de défense anti-microbienne. Le peptide amyloïde bêta en formant des fibres pourrait être une réponse anti-microbienne.

Quelle est l’origine de ces travaux qui mettent cette infection en lien avec la maladie ?

L’équipe du neurologue américain Robert Moir s’est intéressée au peptide amyloïde. Il est déjà retrouvé chez un poisson, le cœlacanthe, qui existait il y a des millions d’années. Ce poisson utiliserait la formation de fibres amyloïdes comme un système de défense anti-microbien. 

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Dans cette hypothèse, les personnes infectées par le virus de l’herpès produiraient des fibres amyloïdes pour défendre le cerveau. On pourrait alors utiliser des médicaments anti-viraux pour protéger le cerveau contre l’infection du virus de l’herpes et donc limiter la production de peptide amyloïde.
De façon surprenante, ce sont les patients présentant une prédisposition génétique pour la maladie d’Alzheimer (polymorphisme du gène de l’apoliprotéine E allèle epsilon4, présent dans environ 15% de la population) qui montrent la meilleure association avec le virus de l’herpès. L’infection par le virus de l’herpès augmente encore plus leur risque de  développer la maladie d’Alzheimer.  Or, des études récentes, en particulier à Taiwan, semble indiquer qu’un antiviral contre l’herpès pourrait être bénéfique chez certains patients Alzheimer porteurs de cet allèle epsilon4 infectés par le virus de l’herpès.  

D’après l’OMS, en 2016, 67 % de la population mondiale âgée de moins de 50 ans était touchée par l’herpès. C’est 3,7 milliards d’individus.  Les porteurs de l’allèle epsilon4 représentent environ 15% de la population générale. Ces 555 millions de personnes ayant un risque accru de développer la maladie d'Alzheimer pourraient-elles bénéficier d’un traitement antiviral ?

Nous n’avons actuellement pas de traitement très en amont et sans effets secondaires qui puisse contrer la maladie d’Alzheimer.
Si vous êtes porteur de l’allèle E4 et concerné par l’herpès, l’antiviral pourrait vous protéger à long terme de la maladie d’Alzheimer.
Selon les dires de la revue de la littérature relayée par le site de la BBC, l’antiviral anti-herpès semblerait mieux protéger les personnes atteintes par Alzheimer et porteurs de l’allèle epsilon4. Il faut cependant attendre d’autres études  pour confirmer le fait qu’un traitement anti-viral dans les populations à risque pour la maladie d’Alzheimer (allèle epsilon4)  soit protecteur. Ces études sont en cours et portent un grand espoir pour les patients à risque pour la maladie d'Alzheimer.

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