La Grèce, maillon faible de l'OTAN : derrière le discours d'Obama sur les valeurs éternelles de la démocratie, la nécessité beaucoup plus prosaïque d'arrimer Athènes à l'Alliance atlantique | Atlantico.fr
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Ce déplacement de Barack Obama vise également à marquer l'influence des Etats-Unis dans le sud des Balkans alors que le gouvernement d'Alexis Tsipras, qui est marqué à l'extrême gauche, est confronté à une impopularité croissante.
Ce déplacement de Barack Obama vise également à  marquer l'influence des Etats-Unis dans le sud des Balkans alors que le gouvernement d'Alexis Tsipras, qui est marqué à l'extrême gauche, est confronté à une impopularité croissante.
©SIMELA PANTZARTZI / POOL / AFP

Orthodoxes contre Turcs

La Grèce, maillon faible de l'OTAN : derrière le discours d'Obama sur les valeurs éternelles de la démocratie, la nécessité beaucoup plus prosaïque d'arrimer Athènes à l'Alliance atlantique

Alors que les déclarations de Donald Trump sur le désengagement américain des problèmes grecs et européens ont soulevé de nombreuses inquiétudes, Barack Obama, qui est un soutien du gouvernement de Tsipras face à ses créanciers allemands, insistera au cours de son dernier voyage officiel en Europe sur la nécessité d'annuler une partie de la dette grecque.

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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Atlantico : Barack Obama est arrivé ce mardi à Athènes, où il passera deux jours avant de se rendre à Berlin, son dernier voyage officiel en Europe en tant que président des Etats-Unis. Au-delà de l'aspect symbolique, quelles sont les motivations plus pragmatiques de ce déplacement du président américain en Grèce ?

Guillaume Lagane :  La première motivation de Barack Obama est de consolider l'Union européenne dans un contexte où l'ordre issu de la Guerre froide semble ébranlé par les déclarations et la victoire de Donald Trump. 

Durant ses deux mandats successifs, Barack Obama a insisté sur le soutien nécessaire à la Grèce. Ce voyage, qui est le quatrième voyage d'un président américain en Grèce - après ceux de Dwight D. Eisenhower, George Bush et Bill Clinton - est très symbolique à cet égard puisque la Grèce est de nouveau confrontée à ses créanciers : le message du président américain sera celui d'une annulation d'une partie de la dette grecque, qu'il justifie par le fait que celle-ci, qui représente 180% du PIB, est à un niveau très élevé et que les Grecs, dont le PIB a été réduit de 25% depuis 2008, ne peuvent de toute façon pas la rembourser. Son passage en Grèce se terminera par une visite à Angela Merkel, l'Allemagne étant le principal créancier de la Grèce. Reste à savoir si cette ultime voyage d'un "lame duck", un président en fin de mandat, aura un véritable poids...

Ce déplacement de Barack Obama vise également à  marquer l'influence des Etats-Unis dans le sud des Balkans alors que le gouvernement d'Alexis Tsipras, qui est marqué à l'extrême gauche, est confronté à une impopularité croissante car il a mis en œuvre un certain nombre des réformes qui étaient demandées par les Européens. L'attentat opéré par un groupe d'extrême gauche contre l'ambassade de France ce mardi matin à Athènes montre bien ce contexte de tensions et d'impopularité. 

Barack Obama souhaite plus largement envoyer un message de stabilité, en appui à la résolution des autres crises régionales dans lesquelles la Grèce est partie prenante. Je pense par exemple aux négociations qui ont actuellement lieu en Suisse sur Chypre entre la partie turque et la partie grecque, et qui pourraient, 12 ans après l'échec du référendum de 2004, permettre la réunification de l'île. Athènes peut jouer un rôle positif en la matière. 

Toujours d'un point de vue régional, cette visite permet également d'envoyer un message à la Turquie, dont la relation avec les Etats-Unis est très tendue depuis l'échec du coup d'Etat contre Erdogan : le soutien à la Grèce peut permettre à Washington de marquer sa présence et de rappeler à Ankara son influence dans la région. C'est aussi un rappel utile pour la Bulgarie, qui vient d'élire un président pro-russe...

Quelle a été la nature des relations gréco-américaines au cours des deux mandats de Barack Obama ? Dans quelle mesure, après l'arrivée d'Alexis Tsipras à la tête de l'Etat grec, le pays a-t-il opéré un rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine ? 

Les Etats-Unis et la Grèce sont deux pays étroitement alliés depuis le début de la Guerre froide. Les Etats-Unis avaient soutenu l'Etat grec lors de la guerre civile de 1946-1949 et en 1952, la Grèce est rentrée dans l'Alliance atlantique, ce qui a entraîné la création de bases américaines, notamment en Crète. Barack Obama a poursuivi cette relation. Le début de son mandat a correspondu à la crise de 2008 et à la crise des finances publiques et comme je l'ai dit précédemment, alors que l'anti-américanisme est assez fort dans une partie de la gauche grecque, les Etats-Unis ont plutôt été un soutien du gouvernement grec face à ses créanciers allemands et européens. Paradoxalement, il y a eu une forme d'alliance entre Barack Obama et Alexis Tsipras, pourtant leader d'un parti d'extrême gauche, Syriza.

Cela n'a pas empêché Alexis Tsipras de tenter un rapprochement – davantage tactique que stratégique - avec la Russie, rapprochement qui était destiné à convaincre les Européens de la nécessité de le soutenir, faute de quoi il pencherait vers Moscou, qui avait proposé son aide financière. 

Cette position du "deux fers au feu "est une ligne traditionnelle de la diplomatie grecque : les Grecs et les Russes ont une alliance historique fondée sur l'opposition à l'empire ottoman et la proximité religieuse avec l'orthodoxie. Rappelons que pendant la période de la Guerre froide, la Grèce était le seul pays de l'Otan à continuer à acheter du matériel russe. Mais, sur le fond, les Grecs n'ont aucune appétence pour le "modèle russe " et restent très attachés à l'euro...

Quelle forme pourrait prendre la relation entre la Grèce et les Etats-Unis avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ? Comment  son discours de campagne a-t-il été perçu par les dirigeants grecs ?

Les déclarations de Donald Trump concernant la Grèce sont assez inquiétantes pour Athènes. 

Donald Trump a considéré que la crise grecque devait être assumée par les Européens et que les Etats-Unis n'avaient pas à s'impliquer dans la résolution des problèmes financiers de l'Union européenne. Il a même indiqué s'en remettre à l'Allemagne pour régler le problème grec, ce qui renvoie à une conception de politique étrangère selon laquelle les grands Etats devraient avoir une sphère d'influence. Pas vraiment la conception des Grecs !

Enfin, contrairement à Obama, Trump a eu des déclarations hostiles à l'euro : il a considéré que l'eurozone était une forme de concurrence pour les Etats-Unis, qu'elle résultait de la volonté des Européens de concurrencer le dollar et que Washington n'avait pas à soutenir la monnaie commune . 

Les dirigeants grecs ont donc tout lieu de s'inquiéter de la politique de Donald Trump. Mais je crois que ce sont largement des propos de campagne et que Donald Trump aura, une fois arrivé à la Maison Blanche, une politique plus classique. Il ne pourra d'ailleurs pas reprocher aux Grecs de vivre aux crédits de Washington pour leur défense : ils sont un des rares États européens à consacrer 2% de leur PIB à l'armée ! 

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