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Joe Biden le 4 février 2021 lors de son discours au département d'Etat.
Joe Biden le 4 février 2021 lors de son discours au département d'Etat.
©SAUL LOEB / AFP

Nouveau cap

La fin du tropisme de Washington pour les pétro-monarchies arabes du golfe persique

Un changement radical semble s’opérer sur la politique étrangère moyen-orientale de l’administration de Joe Biden : le retour au multilatéralisme et à la diplomatie institutionnelle telle qu’appliquée par l’Amérique d’avant Donald Trump.

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Un vent nouveau souffle sur Foggy Bottom, le métonyme utilisé pour qualifier le Département d’Etat à Washington. En effet, deux initiatives sont à signaler pour illustrer ce changement radical qui semble s’opérer sur la politique étrangère moyen-orientale de l’administration de Joe Biden. Ce jeudi 4 février, le Président américain s’est rendu au Département d’Etat pour prononcer son premier discours sur la politique étrangère des Etats-Unis. Il s’agissait là d’un geste hautement symbolique par rapport à l’administration précédente qui n’a eu de cesse de fustiger ce département en le qualifiant d’Etat profond entre autres adjectifs déplaisants et noms d’oiseaux. 

Ce discours a marqué le retour au multilatéralisme et à la diplomatie institutionnelle telle qu’appliquée par l’Amérique d’avant Trump. Autre changement majeur, la seule décision concrète annoncée par Biden lors de ce discours était l’arrêt du soutien logistique des Etats-Unis à la coalition saoudienne et émiratie engagée dans le conflit contre les Houthis. Parallèlement à cette annonce éminemment symbolique, le Département d’Etat a également entrepris de revoir sa politique à l’égard des Houthis, notamment en ouvrant la voie au retrait de leur inscription comme mouvement terroriste; inscription effectuée dans les dernières heures de l’administration Trump.

En outre, l’attitude ouvertement méprisante du  nouveau secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, qui s’est abstenu d’appeler ses homologues au sein des pétromonarchies arabes du golfe persique, à l’exception des Emirats, leur signifiait le mécontentement américain quant à leur financement des mercenaires russes dans le conflit libyen! Cette façon de faire tranche avec celle de Donald Trump qui, en rupture avec une tradition centenaire qui voulait que le premier déplacement d’un Président nouvellement élu soit vers les capitales des pays voisins, soit Ottawa ou alors Mexico City, s’était rendu en Arabie Saoudite. Ainsi les premiers entretiens du secrétaire d’Etat américain ont eu lieu avec ses homologies canadiens et mexicains, le ministre saoudien des affaires étrangères ou encore le Maréchal Sissi, le « dictateur favori » de Trump, attendent toujours son appel. 

L’Amérique est donc de retour et avec elle, peut être, l’espoir de mettre un terme au conflit yéménite. Un conflit qui a causé la mort de cent mille civils du fait des bombardements aériens saoudiens qui prenaient pour cible de manière indiscriminée aussi bien les infrastructures déjà mis à mal du Yémen que des écoles ou des cérémonies de mariages. Le choix comme Ambassadeur au Yémen de Tim Lenderking, farouchement opposé à cette guerre, est un autre symbole de ce changement. En effet, en voulant systématiquement présenter les Houthis comme terroristes et en soutenant, Abdrabbo Mansour Hadi, le Président d’un gouvernement fantoche soutenu par les islamistes sunnites d’Aden qui n’a été élu par personne et qui n’a de surcroit jamais mis les pieds au Yémen, Donald Trump n’avait fait que prolonger le conflit et la détresse humaine de la population yéménite.

Les Houthis contrôlent, en effet, un territoire important et à peu près 90% de toute la population yéménite. Ces derniers se revendiquent du régime qui a dirigé la partie nord du Yémen sous le nom de royaume mutawakkilite du Yémen et qui a existé en tant qu’Etat indépendant jusqu’en 1970 avec un siège à l’Onu. Les saoudiens qui n’ont jamais accepté ce royaume chiite Zaydite dont la création précédait la création de leur propre pays ont toujours tenté de le déstabiliser et ce jusqu’à ce que les Houthis qui portent le nom de leur chef, un député assassiné, prennent le pouvoir à Sana’a. La guerre menée, depuis cinq ans, par la coalition saoudienne contre les Houthis, ou plus précisément, le peuple chiite du Yémen, a créé une crise humanitaire sans pareille. Malgré le choléra et la famine qui ravagent le pays et en dépit des bombardements des populations civiles, les  saoudiens n’ont pu prendre ne serait ce qu’un mètre carré du territoire Houthis; Renaud Girard qualifiera d’ailleurs l’armée saoudienne « de l’armée la plus nulle du monde ».

Il est permis de penser que ce vent nouveau qui souffle sur Washington mettra un terme à cette crise humanitaire qui n’a que trop duré.

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