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Valérie Pécresse prononce un discours après l'annonce des résultats prévisionnels du premier tour de l'élection présidentielle française
Valérie Pécresse prononce un discours après l'annonce des résultats prévisionnels du premier tour de l'élection présidentielle française
©ALAIN JOCARD / AFP

Constat d'échec

La droite est-elle aussi morte qu'elle en a l'air ?

Valérie Pécresse, candidate des Républicains, a recueilli 4,8% des suffrages exprimés, contre 20,01% pour François Fillon en 2017. Le parti pourra-t-il se relever d'un tel échec ?

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Les Républicains, menée par Valérie Pécresse, ont recueilli moins de 5 % des suffrages exprimés. C’est un échec majeur, était-il prévisible ?

Christophe Boutin : Effectivement, l'échec politique des Républicains ce 10 avril 2022 est un échec majeur. Qu’on en juge : les suffrages recueillis par le candidat du parti à la présidentielle ont été divisées par quatre entre 2017 et 2022 ; quand François Fillon était le troisième homme de 2017, malgré les affaires, Valérie Pécresse tourne elle en cinquième position ; et, passant sous la barre des 5% de suffrages exprimés, il ne touchera qu'une petite partie des remboursements de ses frais de campagne.

Un échec prévisible ? On évoquera la difficile campagne d’une Valérie Pécresse qui a peiné à imposer son style, mais pouvait-il en être autrement quand on est en permanence forcé de ménager la chèvre et le chou ? À preuve, le parti aborde le second tour de l'élection présidentielle de manière dispersée, puisque Valérie Pécresse annonce qu'elle va voter pour Emmanuel Macron, sans pour autant donner de consignes de vote à ses électeurs, quand de son côté Éric Ciotti, sans donner plus de consignes, annonce que lui ne votera pas pour le Président. La division idéologique du parti entre progressistes et conservateurs est donc plus que jamais d'actualité, et elle n’a pas peu fait pour déséquilibrer la campagne, désorienter les électeurs, et leur faire préférer les « vote utile » macronien ou l’aventure zemmourienne.

Les Républicains peuvent-ils se relever d’un tel échec ? Est-ce la mort de ce parti ?

Il faut se garder d'enterrer trop vite les Républicains, comme l'a rappelé Valérie Pécresse en prenant la parole hier soir. Qu'a-t-elle dit ? Que le combat qui attendait son parti était maintenant celui des législatives, et qu’il était sans doute mieux armé pour cela que pour la présidentielle. Et en effet, au scrutin majoritaire uninominal à deux tours que nous connaissons, chaque élection dans une circonscription est indépendante des autres, et dépend certes des investitures partisanes mais aussi de la personnalité des candidats. Or, les républicains disposent toujours d'un important réseau d'élus, nationaux et locaux, bien répartis sur l'ensemble du territoire, contrôlant actuellement un nombre important de collectivités territoriales, un réseau qui va travailler au profit des candidats LR aux législatives.

De plus, il s’agit de candidats qui seront, pour une part d'entre eux, des candidats sortants. Certes, la fameuse « prime au sortant » n’a guère joué en 2017, quand, profitant de l'élan de l'élection d’Emmanuel Macron, des candidats surgis de nulle part, mais ayant l'étiquette En Marche, ont renvoyé dans leurs foyers des élus, dont un certain nombre issus des Républicains. Mais il y avait ici, à la fois, la volonté de donner au nouveau Président, pour qu'il mène sa politique en toute liberté, une majorité à la Chambre, et celle d’ouvrir toutes les portes au nouveau mouvement, dans une perspective qui était parfois pas éloignée d'un certain « dégagisme ».

Cela ne jouera pas, ou moins, en 2022. Parce que l'effet de nouveauté du mouvement s'est estompé. Parce qu’Emmanuel Macron a maintenant un bilan, comme en ont un aussi les parlementaires de LREM, et que ce bilan peut-être contesté. Parce qu’au vu de sa politique durant le quinquennat, certains pourraient souhaiter qu’Emmanuel Macron ait moins de pouvoirs, et qu’à la Chambre une vraie opposition puisse se faire entendre. Enfin, parce que dans une période troublée comme celle que nous connaissons, entre crise sanitaire, crise internationale et crise économique, les électeurs aiment à se raccrocher à des hommes avec qui ils ont établi une relation de confiance. 

Valérie Pécresse a donc raison de dire qu'on ne peut résumer l'état des Républicains au score qu'elle a obtenu au premier tour des cette élection présidentielle. Tout va dépendre des résultats aux législatives.

Quels choix pour les Républicains durant le nouveau quinquennat ?

Vu le niveau atteint, deux hypothèses se font jour pour le parti, deux hypothèses qui vont tenir compte, en partie au moins, des résultats qu'il obtiendra aux législatives de juin. 

Son premier objectif est bien sûr de tenir, c'est-à-dire ici d'avoir un nombre d’élus à l'Assemblée nationale suffisant pour constituer un groupe le plus important possible. Au-delà, le parti devra tenter de conserver la majorité au Sénat, pour continuer disposer d’un contrepoids de niveau national à opposer à la toute-puissance d’Emmanuel Macron. Enfin, il lui faudra préserver son réseau d'élus locaux et le contrôle des collectivités territoriales qui en découle. C'est l'hypothèse des Républicains comme « contre-pouvoir » face au macronisme, jamais systématique – ils voteront certains textes -, mais facilement critique, et en tout cas indépendant, hypothèse qui permettrait d'éviter l'implosion du parti.

Mais il est une autre hypothèse, à laquelle visiblement Emmanuel Macron, si l'on prend en compte ce qu'il a déclaré dans son discours dimanche soir, pourrait prêter une oreille attentive, qui verrait les Républicains intégrés dans une vaste coalition progressiste au motif de gouvernement d’union nationale face à la crise. De manière assez amusante, un Jean-François Copé, dont on avait oublié jusqu'à l'existence, s'est ainsi proposé hier soir pour constituer, avec les Républicains, un pôle de droite allié à Emmanuel Macron, pour que celui-ci ne gouverne plus seul. Certes, la place est déjà plus ou moins prise par le parti Horizon d'Édouard Philippe, mais si toute la frange progressiste des Républicains se décidait à cette alliance, LR pèserait nécessairement d'un poids plus important. L'avantage se traduira certainement en termes de places, dans le gouvernement ou certaines institutions, le risque étant par contre celui de l'implosion du parti, sa frange conservatrice se refusant à une telle alliance.

Des choix de redéfinition de « la droite », finalement ?

Sans doute, car il faudra un jour se poser la question de savoir si ce qu'on appelle en France en 2022 « la droite » se limite à celle qui aime à s'appeler « droite de gouvernement » parce que, obéissant à la Doxa de la gauche, elle a refusé de briser le trop fameux « cordon sanitaire » qui la sépare de ce que l'on continue d'appeler, presque par habitude, l'extrême droite, et lui a interdit de facto l’accès à tout gouvernement. La question est peut-être maintenant de repenser « la droite », de laisser l'extrême droite où elle est, c'est-à-dire dans quelques groupuscules, et de se demander autour de quoi pourraient travailler ensemble les trois droites qui existent de nos jours, la droite progressiste, la droite conservatrice et la droite populiste. Vaste débat…

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