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Des plus en plus de jeunes de 20 ans se déclarent malheureux.
Des plus en plus de jeunes de 20 ans se déclarent malheureux.
©Reuters

Comment quitter le nid

La crise de la vingtaine, perdue et vide ? Pourquoi c’est probablement la faute de vos parents poules

De nos jours, nombreux sont les jeunes adultes se rendant chez des thérapeutes à qui ils déclarent ne manquer de rien mais ne pas être heureux pour autant. Voici comment préparer son enfant à être indépendant.

Gisèle George

Gisèle George

Gisèle George est pédopsychiatre. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages comme La confiance en soi de votre enfant (2007, Odile Jacob) ou encore Ces enfants malades du stress (2002, Anne carrière) 

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Atlantico : De plus en plus de jeunes adultes avouent être malheureux alors que leur vie (job, famille, amis..) est en apparence équilibrée. Qu'est-ce qui peut expliquer ce sentiment de vide intense chez quelqu'un qui paraît ne manquer de rien ? 

Gisèle George : Socialement la vie paraît équilibrée et jusqu’à 20 ou 30 ans les enfants sont élevés dans l’idée d’acquérir leur autonomie d’adulte. Ceci sous-entend d’avoir un job, un certain confort financier et d’entamer une vie de famille. A 20 ou 30 ans, les jeunes ont donc obtenu ce qu’il souhaitaient et ont l’impression d’être parvenus au bout de leur vie d’enfant et d’entamer leur parcours d’adultes.

A 30 ans comme à 18, 40 ou 50 ans ils vont être obligés de se poser et de remettre leur curseur et leurs valeurs de vie sur “qui je voudrais être à 30 ou 40 ans ?” L’impression de malheur est seulement le fait d’avoir un projet qui a abouti et de ressentir le besoin d’en démarrer un nouveau. Il y a là un moment un peu triste, on ne sait plus forcément à quoi s’accrocher pour les dix prochaines années de sa vie. C’est plutôt un signe d’intelligence et de bonne évolution de la personnalité. 
 
On a souvent expliqué le mal-être de certains jeunes adultes (20 à 30 ans) par la manière dont ils ont été élevés. En quoi la façon dont les parents s'occupent de leur enfant peut-elle être déterminante de sa motivation et de son bien-être lorsqu'il grandit et devient jeune adulte ?
 

Il est clair que les jeunes sont élevés par les parents, mais je refuse que l’on puisse avoir cette idée que les parents “font toujours mal”. Les enfants sont élevés par les parents, mais aux alentours de 20 ou 30 ans, il faut que les jeunes trouvent leurs ressources personnelles pour aller de l’avant.

Jusque là les parents leur avaient donné des lignes de conduite et de devenir. A partir de 20 ans il doivent commencer à conduire leur route de vie par eux-même. Ils arrivent parfois qu’ils aient des moments de tristesse, de peur puisqu’ils ne sont plus soutenus comme avant.

S'il y a donc erreur, c’est peut-être parce que l’on met un peu trop actuellement les enfants dans des rails de scolarité et de devenir. On oublie un point important dans les apprentissages : la confiance en soi. L’école comme les parents ne travaillent pas assez sur la confiance en soi. Un jeune adulte doté de confiance en lui-même pourra rebondir après un échec à l’opposé d’un jeune qui en manque. 

Comment expliquer ce sentiment "d'être dépassé" qui semble se généraliser chez les jeunes adultes? 

Le sentiment d’être dépassé, est un sentiment qui a toujours existé. Après le bac et les premières années où l’on doit se positionner au sein de la société - se créer son autonomie, sa nouvelle famille et ses propres valeurs - on peut se sentir un peu perdu. Les jeunes peuvent avoir l’impression d’aller dans une piscine à grand bain sans bouée protectrice.

Mais, ce sentiment d’être dépassé n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que les valeurs sociales et spirituelles de la société sont aujourd’hui remises en question. Il est donc plus difficile pour les jeunes adultes de trouver leurs propres repères, leurs propres valeurs et des croyances en l’avenir.

D’autre part, il est nécessaire que les jeunes adultes prennent régulièrement le temps de remettre à jour leurs valeurs. Elles ne doivent pas être les mêmes à 20 ou à 30 ans, elles évoluent. Ils vont abandonner certaines valeurs sociales au fur et à mesure. Par exemple, ils vont découvrir que posséder un pantalon de marque n’est pas important. Ainsi, ce qui pour un enfant est capital ne l’est plus forcément pour un adulte, ses valeurs changeront.

Des pauses de réflexion semblent également cruciales dans la vie d’un jeunes adulte. Il doit réfléchir à ce qu’il souhaite faire et diminuer certaines valeurs au profit d’autres, par exemple celles de famille et de spiritualité.

La manière d'élever ses enfants a évolué. Pourquoi est-ce qu'être trop attentif à eux, les protéger contre toutes les situations douloureuses (quelles qu'elles soient) semble avoir l'effet inverse, c'est-à-dire prédisposer l'enfant à une vie de jeune adulte difficile ? 

La manière d’élever les enfants a évolué et plutôt dans le bon sens. L’attention portée par les parents est fondamentale et reste fondamentale dans l’éducation des enfants. Toutefois, tout est une question de dosage, être trop attentif, aller trop en avant dans les besoins de ses enfants peut les amener à utiliser des solutions toutes faites apportées par leur entourage et par des parents soucieux de leur bien-être. Il faut laisser à l’enfant la possibilité de mentaliser ses besoins par lui-même et de mettre en place les outils pour solutionner ces besoins.

Pour que les enfants développent leur "confiance en soi", il est important que les parents les laissent évoquer leurs besoins et les aident à trouver, par eux-mêmes, des stratégies afin de régler ces problèmes.

Cet espace de temps psychique, peut s’accompagner de trac - celui de ne pas pouvoir trouver les moyens d’acquérir ces besoins mais donne aussi lieu au soulagement amené par la réussite de ce projet. 

Ainsi, doit-on accorder plus d'indépendance à l'enfant ? Lui apprendre à faire ses propres erreurs, à affronter se échec et à se relever seul par la suite ? Ceci le préparera-t-il mieux aux aléas de la vie d'adulte ? 

Apprendre à combler ses besoins soi-même est un travail nécessaire en vue d’acquérir une confiance en soi. C’est comme laisser à l’enfant la possibilité d’apprendre à faire du vélo par lui-même, de se dépatouiller, de tomber puis de se relever. Tomber est quelque part le prix émotionnel à payer, pour comprendre ses erreurs et mettre en place des stratégies de réussite.

Cette réflexion autour du “comment je peux faire, ai-je les compétences pour faire et saurai-je surmonter ma peur” sont des stratégie très utiles à enseigner à l’enfant. Elles lui permettent de développer une certaine confiance en lui-même, véritable antidote au quotidien.

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