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Le marché des métaux dépend en très grande partie de la santé économique de l’Empire du Milieu.
Le marché des métaux dépend en très grande partie de la santé économique de l’Empire du Milieu.
©Reuters

Decod'Eco

La Chine vient-elle de relancer les marchés des métaux ?

La Chine vient d'acheter une quantité record de nickel. Alors que la croissance ralentit dans l'Empire du Milieu, à quoi va servir tout ce métal ? La réponse est inquiétante...

Cécile  Chevré

Cécile Chevré

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’Institut national des techniques de documentation (INTD). Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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La nouvelle a pu un instant donner le sourire aux amateurs de commodities : la Chine vient d’acheter du nickel. Et pas qu’un peu. Le pays aurait, via son Bureau des réserves d’Etat, acquis entre 30 000 et 60 000 tonnes de ce métal, soit un sixième des stocks du LME, la Bourse des métaux de Londres.

De quoi faire espérer une tant attendue reprise du cours des métaux ?

Le marché des métaux dépend en très grande partie de la santé économique de l’Empire du Milieu, grand consommateur de minerais en tout genre. L’annonce d’un grand programme de construction après le krach de 2008 avait mis le feu aux poudres des métaux, d’autant plus que la Chine avait profité de la chute antérieure des cours pour se constituer d’importants stocks.

Les métaux indicateurs de l’économie chinoise

Mais depuis l’année dernière, les doutes s’accentuent sur la croissance chinoise, qui marque le pas. Et les métaux s’en ressentent. Le cours du cuivre, aussi appelé “Dr. Copper” (Docteur Cuivre) pour son rôle d’indicateur de la santé économique mondiale, est en chute de plus de 8% depuis le début de l’année.

Preuve de l’influence des nouvelles économiques en provenance de Chine sur le métal rouge, son cours dévissait de 2,9% sur le LME, le 23 mai dernier, après l’annonce d’une contraction de l’activité manufacturière chinoise (indice PMI d’HSBC), et ce pour la première fois depuis sept mois.

Au premier trimestre, le PIB chinois a atteint 7,7% en rythme annualisé. Sur le papier, ce n’est pas si mal, mais cela a suffi à déclencher un mini-vent de panique alors que le consensus attendait 8%.

La Chine change de régime "métallique"

La demande chinoise en matières premières est en pleine évolution, tout comme son économie. Si ces dernières années, en complément d’un PIB à deux chiffres, le pays était avide de métaux industriels lourds, aujourd’hui, les métaux qui entrent dans la fabrication de biens de consommation, d’électronique ou de l’industrie spécialisée constituent le cœur des besoins chinois.

Dans L'Edito Matières Premières, Florent Detroy revenait sur l’exemple du palladium. Dans ses efforts de lutte contre la pollution (problème endémique dans l’Empire du Milieu), Pékin a décidé d’encourager les voitures vertes. “Depuis le 1er mars, la Chine a introduit la norme National V, basée sur la norme Euro V. Cette norme limite les émissions de soufre notamment. Cette mesure va automatiquement renchérir le coût des automobiles (surcoût estimé à 2 000 yuans, soit 245 euros) “.

“Est-ce que les Chinois vont revenir vers le vélo ? C’est peu probable. La réponse des constructeurs a été simple, ils ont commencé à proposer des modèles plus propres. Alors que les ventes de voitures électriques stagnent encore dans les profondeurs, BMW va lancer en 2014 un modèle haut de gamme écologique. Le boulevard est ainsi grand ouvert aux constructeurs étrangers, puisque seulement 27% des voitures respectant les normes National V sont chinoises“.

Or qui dit voiture plus propre, dit pot catalytique et donc palladium puisque ce métal est aujourd’hui indispensable à leur fabrication.

Du nickel pour une armée d’acier

A quoi vont servir ces milliers de tonnes de nickel achetées par le Bureau des réserves d’Etat ? La réponse tient dans la qualité du nickel acheté. Comme l’explique Claire Fages de RFI, Pékin a acheté du nickel raffiné, employé pour la fabrication d’acier fortement allié. Ces nuances servent non pas à la construction ou l’usinage, mais aux secteurs de la chimie et à l’industrie de l’armement.

Derrière cet achat massif donc, l’armement. Car la Chine ne désarme pas, bien au contraire. Ces derniers mois, les tensions militaires sont montées d’un cran en Asie. La Chine et le Japon sont en conflit de moins en moins froid avec pour point d’achoppement principal les îles Senkaku /Diaoyu. Un conflit qui n’est que l’exemple le plus médiatique de toute une série de controverses entre la Chine et ses voisins pour la possession d’îles et d’eaux territoriales.

Autre source de tensions en Asie, les relations conflictuelles entre les deux puissances que sont la Chine et l’Inde. En début d’année, un litige territorial en Himalaya non réglé depuis les années 1960 a été l’occasion pour les deux pays de montrer les dents et de faire quelques rodomontades militaires des deux côtés de la frontière. Bref, la Chine n’a aucune intention de se laisser marcher sur les pieds, bien au contraire.

Enfin, si la Chine s’arme, c’est aussi pour protéger ses voies maritimes, et en particulier les plus stratégiques d’entre elles, celles qui permettent l’acheminement du pétrole. Le mouvement est d’ailleurs général en Asie. L’année dernière, pour la première fois de l’histoire, les dépenses militaires de la région ont dépassé celles de l’Europe.

Dans les faits, cela signifie que les dépenses militaires chinoises sont attendues en hausse de plus de 10% cette année pour atteindre 119 milliards de dollars. Pékin a entamé un grand effort de modernisation de son armée. "Aujourd’hui, si les effectifs de l’armée de terre ont été apparemment réduits (le dernier Livre blanc sur la défense de la Chine évoque 1,5 million de soldats environ contre 2,3 millions en 2005), l’effort de modernisation passe avant tout par un renforcement des capacités navales et de surveillance maritime", expliquait le 23 mai dernier Jacques Hubert-Rodier dans Les Echos.

Dans les années qui viennent, la Chine mise donc sur un armement plus sophistiqué : nouveaux porte-avions, toute une batterie de missiles, avions furtifs, armes anti-spatiales et enfin arsenal nucléaire. Et pour tout cela, il faut de l’acier de haute qualité… et donc du nickel.

La récente razzia de Pékin sur le nickel est une preuve de plus de la mutation économique – et politique – que connaît actuellement la Chine. “Dans l’esprit du nouveau président chinois, Xi Jinping, la prospérité économique va de pair avec l’affirmation d’une puissance militaire décomplexée“, résume Jacques Hubert-Rodier.

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