La Chine veut revoir l’éducation de ses garçons pour les rendre plus « masculins » | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
soldats Chine international féminisation des adolescents masculinité Pékin Xi Jinping
soldats Chine international féminisation des adolescents masculinité Pékin Xi Jinping
©Noel Celis / AFP

Obsession du contrôle

La Chine veut revoir l’éducation de ses garçons pour les rendre plus « masculins »

Le ministère chinois de l'Education a publié un avis "visant à empêcher la féminisation des adolescents de sexe masculin". Les écoles sont appelées à réformer leurs offres d'éducation physique. L’injonction à avoir des adolescents virils cache-t-elle une dynamique guerrière ?

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron est géographe et spécialiste de la Chine contemporaine. Il a enseigné la géographie et la géopolitique de la Chine à l’INALCO de 2014 à 2018. Il est enseignant-chercheur associé à l'Ecole navale.

Voir la bio »

Atlantico.fr : Le Ministère chinois de l'éducation a publié un avis intitulé "Proposition visant à prévenir la féminisation des adolescents de sexe masculin" afin de "cultiver la masculinité" parmi les étudiants de sexe masculin. Que cherche concrètement à faire le pouvoir chinois ? 

Emmanuel Véron : Dans la continuité de l'obsession du contrôle, en particulier de l'image, le régime par l'intermédiaire du Ministère de l'Education, a publié un avis assez explicite concernant la "masculinité" dans les écoles. Le message est double, comme dans bien des cas. D'une part, le régime souhaite contrôler l'image de la jeunesse chinoise et d'autre part, le message est délivré au reste du monde.
 
Dans un contexte de mondialisation et malgré la fermeture de la Chine, la circulation des images, des références, des modèles et des genres demeurent une réalité et le Parti cherche par tous les moyens de contrôler ces porosités. En ce sens, le régime vise à promouvoir une certaine masculinité qui serait un marqueur d'une société distinct de l'occident, mais avant tout des formes de modernités asiatiques, notamment japonaise ou taiwanaise.
 
La cible prioritaire pour le Parti réside dans les jeunes générations et la volonté forte de cadrer l'apparence et l'image globale de la jeunesse chinoise. L'objet est bien de véhiculer et d'encourager une image globale et homogène de la jeunesse du pays.

Les normes traditionnelles de masculinité et de virilité sont-elles en train d’évoluer en Chine ? Notamment chez la jeune génération ?  

Les jeunes générations sont probablement celles qui sont le plus sensibles aux influences extérieures à la Chine, notamment venant du Japon, de Corée du Sud, de Taiwan ou dans une certaine mesure d'Asie du Sud-Est et bien sûr d'occident. Pour le régime, c'est un véritable défi de contrôle et de promotion de son propre modèle, si modèle il y a. 
 
Ainsi le régime revisite des critères ou des canons de virilités empruntés à l'histoire ancienne, à travers les histoires de héros. L'image valorisée serait celle de jeunes gens pratiquant plusieurs sports (collectifs ou arts martiaux) avec un culte certain pour le corps et l'apparence physique. 
 
Le régime est très travaillé par diverses modes et apparences physiques chez une partie de la jeunesse, qui lui échappent quelque peu. Aussi, les questions de genre et de sexualité sont encore un tabou important pour le régime et la société chinoise dans une large mesure.

Quels sont historiquement les rapports des Chinois à la masculinité, la féminité et la virilité ? 

Les rapports sont différents d'une période de l'histoire à l'autre, voire d'une région à l'autre. Si l'on pense à Guan Yin, le bodhisattva associé à la compassion, nombreuses sont les représentations floues entre les genres... Si l'on observe la période de 1949 aux début des années 1980, les 30 première années du régime de la Chine populaire, la féminité était associée à quelques formes suggérées par cette période du pouvoir entre les mains de Mao : tresses, pantalons, voire figure paysanne "moderne" ou combattante... Puis avec l'ouverture économique du pays, sous l'ère Deng Xiaoping, les représentations et les rapports à la masculinité et à la féminité vont progressivement se remoderniser. Le pays s'urbanise, s'ouvre à l'international et les tenues comme l'apparence va chercher de nouveaux modèles en occident. A chaque fois, il y a une forme d'adaptation au contexte local chinois.. Les habitudes vestimentaires, coiffures et expressions ne sont jamais tout à fait les mêmes.

Plus largement, il y a des différences majeures entre les mondes urbains chinois et les mondes ruraux. Si la ville rend libre, pour paraphraser Weber, les mondes urbains de Chine populaire reste des territoires compartimentés et sous surveillance. C'est bien là que le régime a deployé les moyens les plus importants de la surveillance de masse. Les questions de masculinité et de féminité, souhaitées par le régime sont aussi un sujet important dans le cadre de la surveillance et de la répression.

L’injonction à avoir des adolescents virils est-elle liée à une dynamique guerrière et une visée militaire ?  

Incontestablement, l'image d'une jeunesse virile aux apparences physiques marquées rappelle la relation entre les régimes autoritaires ou totalitaires avec le peuple. Là aussi, la place de la jeunsses est toute particulière. Ainsi pour ce qui est de la République populaire de Chine, la martialisation de la jeunesse est une réalité bien concrète. Celle-ci est liée à la nature du regime mais aussi dans sa définition de la puissance vis-à-vis de ses riverains-rivaux asiatiques (Corée, Japon, Taïwan, Inde etc). Cultiver et encourager l'image d'une jeunesse solide, déterminée et physiquement endurante, voire impressionante participe de ces tendances politiques et sociologiques. 

Aussi, une autre réalité doit être convoquée. Plus le régime spécule sur ces canons et représentations de la virilité, plus cela rappelle combien une large partie de la jeunesse chinoise comme d'autre d'ailleurs rencontrent des problèmes de santé physique et psychique... (taux de suicide, obésité, diabète ou encore syndromes de dépression ou d'instabilité mentale...). Enfin, les troubles visuels sont importants (myopie par exemple). 

Le sport et la militarisation des corps seraient-ils des remèdes...? L' équilibre entre le physique et le mental est sans aucun doute un peu dans cela mais pas complètement...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !