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La Chine oublie-t-elle de produire une électricité non polluante avant de vouloir en finir avec les véhicules à essence ?
©Reuters

Transition

La Chine oublie-t-elle de produire une électricité non polluante avant de vouloir en finir avec les véhicules à essence ?

Le mécontentement en terme de pollution atmosphérique pousse le gouvernement chinois à réagir en investissant dans l'électrique. Mais la transition pourrait ne pas amener les résultats attendus.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Atlantico : Le gouvernement chinois a indiqué vouloir placer une date limite pour la vente des véhicules à essence sur son territoire. Xi Guobin, vice-ministre de l'industrie, travaille également à une régulation permettant d'en finir avec la production et la vente de tels véhicules, au profit de véhicules électriques. Cependant, est-on aujourd’hui capable de produire de l'électricité non polluante ? 

Stephan Silvestre : Oui, le Premier ministre chinois a demandé une étude sur cette hypothèse. Mais la question n’est pas encore tranchée : le gouvernement souhaite mesurer toutes les implications, positives comme négatives, avant d’en arriver là. Pour le moment, même si le marché chinois des véhicules électriques est très dynamique et largement dopé par les pouvoirs publics, il est trop tôt pour envisager une substitution totale : en 2016, les ventes ont représenté 2% du marché, soit un peu plus de 500 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables. Pour atteindre 100% du marché en 2040, le rythme de croissance devrait de 20% par an, ce qui est irréaliste. Selon une étude de Bloomberg, le taux de pénétration des véhicules électriques devrait être de l’ordre de 35% à l’horizon 2040. Si toutefois cet objectif était atteint, encore faudrait-il que la production d’électricité suive. Or, après une croissance très soutenue au début des années 2000 (+10%/an), le taux de croissance a fléchi pour revenir autour de +3,5%/an. On voit que ce rythme est insuffisant pour faire face au défi que représenterait le remplacement intégral du parc automobile (près de 200 millions de véhicules). Enfin, pour que cette substitution ait un véritable effet bénéfique, il faudrait que cette électricité soit produite de façon non polluante. Actuellement, 65% de l’électricité chinoise est d’origine fossile (essentiellement du charbon) et on sait que la combustion de charbon est le principal problème sanitaire et environnemental de la Chine.

Puisque cette mesure vise à répondre aux problèmes de pollution qui touchent le pays, en forçant l'implantation de véhicules électriques, dans quelle mesure une telle mesure peut-elle permettre d'être efficace ? Ne s'agit-il pas, au moins à court moyen terme, d'un simple "déplacement" de la pollution de la ville vers les zones de production d'électricité ? 

Oui, la principale préoccupation du gouvernement est d’éviter une contestation sociale fondée sur la piètre qualité de l’air dans les grandes villes. Pour lui, la priorité est donc d’assainir l’air des villes. C’est ainsi que le Premier ministre chinois Li Keqiang, a déclaré au Parlement chinois, le 5 mars 2017 : « Nous fermerons sans hésitation selon la loi les entreprises non conformes. (…) Le bleu azur se verra davantage chaque année. », ce qui en dit long sur la fermeté du gouvernement sur cet objectif. L’électrification du parc automobile, incitée ou contrainte, ira certes dans ce sens, mais ne résoudra pas le problème des émissions globales chinoises. Pour cela, la priorité devrait être la substitution du charbon par des ressources non fossiles dans la production d’électricité. 

À plus long terme, quels sont les moyens envisagés par le gouvernement chinois pour inverser ces problèmes de pollution, notamment sur la question du charbon ? Quelles sont les alternatives envisagées ? 

Le gouvernement chinois est déjà très préoccupé par cette question et s’efforce de faire feu de tout bois : toutes les ressources énergétiques sont poussées aussi loin que possible. La Chine dispose ainsi du 5e parc nucléaire mondial, mais devrait monter à la troisième place dans les prochaines années, lorsque les vingt réacteurs en cours de construction seront raccordés au réseau ; elle dispose aussi du premier parc hydraulique, du premier parc solaire et du premier parc éolien. Par ailleurs, elle cherche à développer ses ressources gazières, même si elle utilise encore très peu cette ressource dans la production d’électricité. La Chine consacre donc tous les moyens possibles au développement de nouvelles ressources. Mais l’effet de substitution ne se fera vraiment ressentir que lorsque la demande interne ralentira et qu’elle pourra enfin se passer du charbon. 

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