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Au sein de la zone euro, l'inflation est actuellement au plus bas depuis février 2010.
Au sein de la zone euro, l'inflation est actuellement au plus bas depuis février 2010.
©Copinescreas.blogspot.fr

Youpi (ou pas)

La BCE se réjouit de voir l'inflation à 1,1% en zone euro... comme si c'était une bonne nouvelle

Sur un an, les prix à la consommation dans la zone euro ont augmenté de 1,1% en septembre, contre 1,3% en août et 1,6% en juin et juillet. L'inflation est au plus bas depuis février 2010.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : La baisse de l’inflation est-elle une bonne nouvelle ?

Nicolas Groetzmann : Le mois d’août 2013 a été le témoin d’une baisse du taux d’inflation au sein de la zone euro. Ce chiffre se tasse en effet de 1.3% à 1.1% , au plus bas depuis le mois de février 2010. Mais est-ce pour autant une bonne nouvelle? Ordinairement, une telle annonce provoque le bonheur des consommateurs, heureux de ne pas voir leur pouvoir d’achat ponctionné par cet impôt silencieux qu’est l’inflation.

 Source:  Eurostat, Eric Verhaeghe (cliquez sur le graphique pour agrandir)

Et pourtant, la baisse de l’inflation n’est rien d’autre que la confirmation de la faiblesse économique européenne. En effet, les chiffres de l’inflation traduisent la tendance des prix, qui est elle même la conséquence de la croissance économique. Plus la croissance est forte, traduisant une demande soutenue, plus les prix auront tendance à augmenter. Ceci simplement sur la base du jeu de l’offre et de la demande. A contrario, une faible demande des consommateurs aura pour conséquence de ralentir la course des prix, comme nous le constatons aujourd’hui.

Cette subtilité statistique peut se comprendre aisément en la rapportant à un niveau plus réduit, c’est à dire simplement à un salaire. Pour l’exemple, admettons qu’une salariée bénéficie d’une augmentation de 5%, il est peu probable que le salarié, ou même son employeur, s’amuse à décomposer les chiffres afin d’obtenir celui qui correspond à la “croissance réelle” de son revenu. Le salarié ne va pas calculer son panier d’achat moyen afin de le soustraire à son augmentation et parvenir ainsi à évaluer son gain de productivité. Le monde réel est nominal, c’est à dire qu’il tient compte de l’inflation.

A contrario, ce calcul va être effectué à l’échelle d’une économie dans son ensemble. A partir de la croissance nominale (l’augmentation de salaire), et en y soustrayant l’évolution du panier de la ménagère, nous obtenons la croissance réelle de l’économie. L’effet principal de cette décomposition va être d’entraîner une confusion auprès du public sur les notions d’inflation et de croissance. la croissance est bonne, l’inflation est mauvaise.

Et pourtant, les deux variables ne sont que les deux faces de la même pièce: la croissance nominale. Sans croissance, pas d’inflation, et sans inflation pas de croissance, c’est à dire pas de création d’emplois.

Peut-on obtenir de la croissance sans inflation ?

Non. L’inflation n’est qu’une composante de cette notion générale qu’est la croissance nominale, et qui ne correspond à rien d’autre qu’à la valeur en euros de la somme des échanges au sein de notre économie. Plus les échanges seront soutenus, plus la croissance nominale sera forte. Mais lorsque l’on dépense, personne ne sait si cette dépense provoque de l’inflation ou de la croissance.

Cette défiance vis à vis de l’inflation découle de sa limite fondamentale : le plein emploi. Dès lors qu’une économie se retrouve en situation de plein emploi, et que les échanges s’accélèrent, les employeurs n’auront d’autre possibilité que de rehausser les salaires, entraînant davantage de hausse des prix...et plus de croissance du tout. Inversement, une économie en situation de chômage élevé ne risque pas de telles conséquences. Si les échanges s’accélèrent, les employeurs pourront embaucher les personnes disponibles sur le marché du travail, pour répondre à la demande.

Il devient alors insupportable de constater que la Banque Centrale Européenne, forte de constater un taux d’inflation de 1.1%, n’apporte pas plus de soutien au marché de l’emploi. Le taux de chômage européen affiche aujourd’hui un record à 12.1% qui se rapproche assez peu de la notion de plein emploi.

Pourquoi? Simplement parce que selon son président, Mario Draghi, le plein emploi ne relève pas du mandat de la BCE. Pourtant, il s’agit bien du rôle d’une banque centrale, notamment celle des États-Unis.

En attendant, nous pouvons nous féliciter d’un taux d’inflation à 1,1%, qui en plus d’être une mauvaise nouvelle économique, ne fait que traduire l’immobilisme coupable de la BCE face au chômage.

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