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Des CRS évacuent un camp de migrants.
Des CRS évacuent un camp de migrants.
©LUCAS BARIOULET / AFP

Projet de loi asile et immigration

L’immigration incontrôlée, cette « fatalité » qui n’en était pas une

Le gouvernement a présenté mardi les principales pistes de son texte dans le cadre du projet de loi asile et immigration. Est-il possible de faire lever les verrous juridiques, intellectuels et politiques, qui nous ont menés à cette situation sur le plan migratoire ?

Malika Sorel

Malika Sorel est Ancien membre du Haut Conseil à l’intégration. Auteur de "Les Dindons de la Farce" (Albin Michel, février 2022) et "Décomposition française" (Fayard, 2015) qui a reçu le prix « Honneur et Patrie » de la Société des Membres de la Légion d’Honneur.

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Atlantico : Dans une interview au Parisien ce dimanche, Emmanuel Macron a déclaré “La France a toujours été une terre d’immigration. Cela fait partie de notre ADN, c’est la force de notre pays, et on en a toujours eu besoin pour notre économie.” Il semble ici reprendre la rhétorique selon laquelle l’immigration massive est une fatalité et une chance pour le pays. Dans quelle mesure cette rhétorique est-elle réductrice, voire erronée ?

Malika Sorel : Emmanuel Macron se trompe et confond avec l’histoire des États-Unis d’Amérique qui, eux, se sont constitués avec l’immigration. États-Unis dont il est par ailleurs Young Leader, promotion 2012.

Si l’on analyse l’histoire de France dans sa totalité et non d’une manière tronquée qui consiste à la réduire à l’époque contemporaine, on en tire la conclusion que la France n’a jamais été une terre d’immigration et que cela ne fait pas « partie de son ADN », pour reprendre son expression. Dans mes livres, je rappelle l’analyse de l’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard, selon laquelle « à la fin de l’époque moderne, la France est un monde plein dont la population a augmenté sur place. » Elle attribue à l’arrivée des Italiens en 1860-1970 le tout-début de l’immigration sur le sol français, rappelant que le nombre d’étrangers de la longue période médiévale et moderne demeurait quant à lui limité.

Quant au discours des politiques – largement relayé par une multitude de médias – selon lequel l’immigration est une fatalité et qu’elle est une chance pour l’économie française, il n’est là que pour tenter de cacher l’impuissance. Le roi est nu et, avec le temps, les gens du peuple sont de plus en plus nombreux à le voir tel qu’il est.

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Comment nous sommes-nous laissés enfermer, historiquement, dans cette rhétorique ?

Je distinguerai pour ma part le peuple de ses élites politiques et de la Haute administration, économiques, médiatiques, intellectuelles et artistiques qui trouvent, pour une raison ou une autre, un intérêt à soutenir cette propagande. En effet, les enquêtes d’opinion mettent depuis longtemps en lumière le fait que les Français sont, dans une très large majorité, opposés à l’accueil de nouveaux migrants, qu’ils considèrent qu’il y a trop d’étrangers en France, et jugent négatifs les effets de l'immigration. En dépit de cela, une bonne part de ces élites n’ont eu de cesse de vouloir accueillir la Terre entière, créant continuellement, par leurs décisions et prises de position, de redoutables appels d’air.

À quel point cela nous empêche-t-il de prendre des décisions rationnelles sur le sujet ? Faut-il craindre que ce soit de nouveau cas alors que le débat sur la loi immigration a commencé ce mardi à l’assemblée ?

Le « nous » n’est pas approprié. Ce sont les élites qui décident puis c’est le peuple qui subit, car les élites, elles, ont la faculté de se soustraire aux conséquences de leurs actes et décisions.

Le mythe de la réussite de l’assimilation des vagues migratoires de culture occidentale persiste. Or il n’en a rien été. Cette prise de conscience aurait pu permettre de réaliser qu’il était impossible pour des flux migratoires extra-occidentaux de faire mieux et qu’il fallait en tirer toutes les conséquences, ce qui n’a pas été fait. Tout au contraire !

Comme je le rappelle dans mes livres, les historiens Daniel Lefeuvre et Pierre Milza avaient mis en évidence le fait que seul un Italien sur trois du flux transalpin de 1870-1940 avait fait souche en France, et que 42 % des Polonais du flux 1920-1939 étaient repartis. Certes, leur intégration culturelle a posé bien moins de problèmes, mais l’assimilation est une tout autre affaire. Ces migrants européens possédaient pourtant en commun avec les Français une identité qui plonge ses racines dans le même patrimoine culturel, à savoir les civilisations grecque et romaine, le christianisme, la Renaissance, les Lumières.

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Nous en sommes à plus de vingt lois. La France n’a nullement besoin de loi sur l’immigration, mais d’un moratoire sur l’immigration, car elle a le plus grand besoin que ses élites de commandement respectent et fassent enfin respecter les intérêts vitaux, fondamentaux, de la nation, au premier rang desquels l’intégrité de son territoire et de sa population. Or sur ces deux points, force est de constater que l’État a lamentablement failli. Quelques jours seulement avant l’accueil de l’Ocean Viking, le gouvernement de Madame Borne bombait le torse, soutenant qu’il ferait exécuter 100 % des Obligations de Quitter le Territoire Français ! En affirmant que « nous ne pouvons ne pas voir que la moitié au moins des délinquants, des faits de délinquance qu'on observe, viennent de personnes qui sont des étrangers, soit en situation irrégulière, soit en attente de titres [...] », le Président de la République établit un lien avec l’immigration. Or lui et son gouvernement persistent dans l’immigration sans disposer de méthode fiable qui leur permettrait d’écarter les risques. De ce fait, ils se placent en situation de mises en danger de la vie d’autrui.  

Certains pays autant, voire plus attractifs que la France, sont bien moins touchés par ces questions migratoires. Comment peut-on l’expliquer et y a-t-il un moyen pour nous rapprocher de ces modèles migratoires étrangers ?

L'amateurisme génère de l'incompétence. Les autres pays obtiennent en effet de meilleurs résultats pour ce qui est du renvoi des clandestins. Ils sont plus fermes et se font davantage respecter par les pays sources de l'immigration. La France est vue comme le maillon faible.

C’est probablement en France que les élites, au travers de la repentance coloniale, ont le plus versé dans le dénigrement de leur propre pays. Le summum a été atteint avec un Emmanuel Macron allant, à Alger, jusqu’à accuser son propre pays de crime contre l’humanité. J’ai toujours alerté sur le fait que le dénigrement de la France par ceux qui en avaient pourtant hérité, participait largement à exacerber les tensions en instillant le poison de la haine dans le cœur d’une part des enfants de l’immigration. Dans la mesure où ils sont éduqués dans une culture familiale où l’honneur n’est pas un concept vide de sens comme il l’est devenu en Occident, les représailles iraient crescendo. Le redressement de la France sera long et difficile.

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Il était pourtant aisé de constater que d’autres pays occidentaux, bien que dénués de passé colonial, rencontraient eux aussi de grandes difficultés. L’Australie a fini par faire appel à sa marine nationale pour ramener les embarcations de migrants à leur point de départ. La Belgique n’a pas colonisé le Maghreb et pourtant, elle aussi est cible de haine comme l’ont récemment montré les extrêmes violences consécutives à un match de football contre le Maroc bien que ce dernier ait gagné. Souvenons-nous des centaines d'agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en Allemagne. Le Danemark, pays très généreux, n’a pour autant récolté en retour ni témoignages de reconnaissance, ni respect de ses us et coutumes. Sa classe politique prend aujourd’hui les mesures qui s’imposent. La Suède se trouve dans une situation plus que difficile avec des quartiers qui s’embrasent régulièrement. L’Italie est grignotée par le fondamentalisme islamique. Quant au Canada, dont nos politiques rêvent d’importer l’immigration choisie, c’est un échec total. Là-bas, on peut voter en burqa et des campagnes publicitaires pour le voilement des femmes s’affichent sur les bus. Je pourrais énumérer tous les pays occidentaux. Aucun n’échappe aux conséquences du déficit d’intégration culturelle.

Nous pourrions nous inspirer des mesures mises en œuvre par le Danemark : pas d’aide sociale pendant 5 ans, aucune naturalisation possible si un délit a été commis. Il faut également cesser de piller les élites du Sud et revenir sur les autorisations d’installation données aux étudiants étrangers après leurs études en France. Bien sûr, il convient de refuser catégoriquement la prime à l’illégalité qui consiste à accorder, comme l’envisage le gouvernement, des permis de travail aux patrons qui se sont mis hors la loi en recrutant des clandestins, cela dans un pays qui connait déjà un chômage très important des jeunes issus de l’immigration...

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Comme je l’ai exposé lors de mon audition par la mission parlementaire sur le code de la nationalité, il est impératif de supprimer le droit du sol ainsi que l’acquisition automatique de la nationalité par mariage. Quant au regroupement familial, aucun texte ne stipule qu’il doit nécessairement s’accomplir de ce côté-ci de la Méditerranée. En accordant la nationalité française à des personnes non assimilées, l’État s’est rendu responsable du chaos actuel car la possession de la carte d’identité alimente le sentiment d’impunité. Il y a bien d’autres mesures à prendre, par exemple sanctionner les parents dont les enfants contestent la loi sur les signes religieux à l’école. Ces contestations, de plus en plus fréquentes, mettent en exergue l’incapacité croissante de l’école à relever le défi de l’intégration culturelle.

Ce projet de loi sur l’immigration ne m'apparaît pas comme sérieux. Il n’est que poudre de perlimpinpin !

Comment faire pour lever les verrous, notamment juridiques mais aussi intellectuels et politiques qui nous ont menés à cette situation et sortir de la “fatalité” ?

Au vu de la situation critique dans laquelle la France se trouve avec ses 10 millions de pauvres ; une cohésion sociale désormais en péril, comme l’avait prédit le Premier ministre Michel Rocard en 1990 ; une dette qui a explosé ; un pays dont tant de signaux attestent qu’il s’enfonce dans un sous-développement sans précédent, situation à laquelle nombre d’élites semblent indifférentes, ne subsiste qu’une seule solution : que ces élites subissent les conséquences de leurs actions et prises de positions. Le peuple doit donc exiger que ceux qui sont immigrationnistes parmi les politiques, la haute administration, les patrons, les intellectuels, les journalistes, les artistes, etc. s’installent dans les quartiers pudiquement qualifiés de « sensibles », et que leurs enfants ou petits-enfants s’assoient sur les bancs de toutes ces écoles où, selon l’IFOP, 50 % des enseignants s’autocensurent pour ne pas créer de problèmes avec les élèves. Oui, c’est désormais le seul moyen qui conduira ces « élites » à tourner le dos à ce que Romain Gary dénonçait comme « une musique de chambre égoïste et intimiste qui ignore la rue pour se réfugier dans les salons. » Elles cesseront alors de jouer avec le destin de la France.

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