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L’identité nationale enfin embrassée par la gauche, seul bénéfice concret de la polémique sur la déchéance de nationalité
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Volte-face

L’identité nationale enfin embrassée par la gauche, seul bénéfice concret de la polémique sur la déchéance de nationalité

Alors que le débat sur la déchéance de nationalité s’impose actuellement à toute la classe politique française, la gauche est particulièrement animée par des questions qu’elle n’a pas toujours maîtrisées. Identité nationale, patriotisme, nation… Autant de concepts davantage liés à la droite ces dernières années, mais que la gauche semble se réapproprier aujourd’hui. Et c’est une bonne nouvelle.

Michel   Lacroix

Michel Lacroix

Michel Lacroix est philosophe et écrivain, il a publié de très nombreux livres notamment le dernier Eloge du patriotisme, 2011, Robert Laffont.

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Atlantico : La gauche a souvent crié au loup quand on parlait d’identité nationale, de nationalité ou de crise identitaire. Le débat actuel sur la déchéance de nationalité est-il le signe d’un changement de paradigme à gauche, comme en 1983 sur le plan économique ?

Michel Lacroix : On constate évidemment une inflexion du corpus idéologique de la gauche, mais qui est en fait un retour aux sources. Traditionnellement, sous la Révolution française, puis au 19e siècle, notamment pendant la IIIe République, la gauche a incarné le patriotisme et l’idée nationale. Vous avez des gens comme Léon Gambetta et Jules Ferry qui étaient des hommes de gauche et de grands patriotes. Ce souci de l’identité nationale et de la nation, c’est pour la gauche un retour à son héritage culturel, c’est en quelque sorte son code génétique qu’elle retrouve. Elle retrouve son logiciel profond après la grande parenthèse de l’internationalisme et parfois même de l’antipatriotisme. On ne peut que se réjouir de voir la gauche revenir dans le giron de l’identité nationale et ne plus considérer la patrie comme un objet suspect.

Pensez-vous que la gauche a vraiment pris la mesure de la crise identitaire que vit la France en ce moment, avec la question des migrants, de la place de l’islam dans la société française, etc. ?

Tout dépend de quelle gauche nous parlons. Je pense qu’il y a une prise de conscience différente selon les courants. Nous avons une gauche qui est en train d’ouvrir les yeux sur la réalité, et une autre qui a encore des œillères et qui voit la réalité comme elle aimerait qu’elle soit et non comme elle est vraiment. On ne peut pas répondre de façon univoque. Il y a des hommes de gauche qui sont, à mon avis, très conscient du danger que nous traversons et de la situation critique dans laquelle nous nous trouvons. De l’autre côté, il y a une gauche qui est plus irénique et qui est encore dans l’utopie du multiculturalisme.

Plusieurs personnalités de gauche semblent se convertir depuis peu à la question identitaire. Jean-Vincent Placé souhaite étendre la déchéance de nationalité à tous les Français, et pas seulement les binationaux. Idem pour Bruno Le Roux et Jean-Christophe Cambadélis, qui était pourtant contre au début et qui a fait volte-face ce lundi. Ségolène Royal soutient aussi la mesure proposée par François Hollande. Selon vous, ces nouveaux positionnements politiques sont-ils sincères, ou seulement animés par des calculs politiciens ?

Il y a tout d’abord la prise de conscience que l’opinion française est résolument favorable à la déchéance de nationalité, et le propre d’un gouvernement est de tenir compte de l’opinion. En second lieu, je pense qu’il y a pour beaucoup d’entre eux un acte sincère, un acte authentique. Ils sont en train de retrouver leur vocation traditionnelle d’être une gauche patriotique. Encore une fois, c’est la gauche qui a apporté le patriotisme sur les fonts baptismaux sous la Révolution Française et au 19e siècle. Et la gauche actuelle est en train de renouer avec cela. Moi je crois à l’authenticité et à la sincérité de cette position. Ce n’est pas une posture hypocrite, je crois vraiment que c’est authentique.

Politiquement, la gauche peut-elle être crédible sur ces questions, alors que la droite a monopolisé ce genre de débats depuis de nombreuses années ?

En tout cas, elle n’est pas mal placée. Ce que fait la gauche en faveur de l’identité nationale, de l’idée nationale et du patriotisme, passe mieux parce que c’est la gauche. Si c’était la droite, beaucoup de prises de positions et de discours apparaîtraient suspects. C’est le grand paradoxe de notre nation. On dirait alors que la droite fait le lit de l’extrême-droite, que c’est le tropisme du fascisme, etc. On aurait vite fait de stigmatiser la droite si elle adoptait les mêmes positions que la gauche. C’est quand même un énorme paradoxe de notre vie collective. Pour revenir à votre question, je pense que la gauche ne sera crédible que si c’est suivi de façon persévérante, cohérente et sur la durée par des actes effectifs dans le domaine de l’éducation, des symboles patriotiques, des discours politiques. Est-ce que les actes suivront ? Est-ce qu’il y aura une cohérence ? S’il n’y a pas cette cohérence, cela signifiera que nous avons été dupés. Mais je pense que les actes suivront. Quelque chose d’irréversible vient de se produire. Désormais les choses ne pourront plus être comme avant, car nous sommes à un tournant. J’ai écrit un livre sur le patriotisme il y a cinq ou six ans, dans un contexte où le mot "patriotisme" apparaissait comme un marqueur suspect de l’extrême-droite. Assister à ce regain de patriotisme m’enchante personnellement, tout comme la réhabilitation des valeurs nationales.

Si tout le paysage politique se met à faire de l’identitaire, comment parvenir à faire la différence ?

Je dirais plutôt qu’il faut applaudir et se réjouir de voir que la gauche et la droite peuvent se retrouver autour de valeurs communes. Cette unanimité est quelque chose qu’on pouvait souhaiter depuis longtemps. Ne pourrait-on pas imaginer un jour des gouvernements d’union nationale ? Est-ce tellement contraire à la vie politique française de se retrouver gauche et droite autour d’un programme commun ? Dans notre tradition politique, beaucoup de choses vont dans le sens de l’antagonisme et du fossé irréductible entre la gauche et la droite. Mais justement, je me demande si cela n’est pas en train de changer. Cela change déjà progressivement du point de vue de la politique économique, parce qu’il n’y a maintenant plus qu’une feuille de papier à cigarettes entre le programme économique de la gauche et celui de la droite. Tout le monde est acquis à l’idée du libéralisme, de l’économie de marché, de l’économie d’entreprise, de la nécessité de changer le code du travail, etc. Du point de vue de l’identité nationale, les sensibilités de gauche et de droite sont également en train de se rapprocher dans une commune suspicion par rapport à tout ce que peut produire le multiculturalisme. Ce sont des signes encourageants. J’appelle de mes vœux le moment où des hommes de gauche et de droite de bonne volonté et animés de convictions nationales se retrouveront pour améliorer le sort de la France. Les Allemands, les Anglais et les Espagnols sont capables de le faire, pourquoi pas la France ?

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