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L’Inde demeure l’un des pays les plus protectionnistes du monde.
L’Inde demeure l’un des pays les plus protectionnistes du monde.
©Reuters

Libre comme l'air

L'Europe doit-elle craindre les conséquences d'un accord de libre échange Chine-Inde ?

"La Chine souhaite que davantage de produits indiens puissent avoir accès au marché chinois", a déclaré le Premier ministre chinois. Une décision non sans conséquence pour les économies occidentales.

Michel Fouquin

Michel Fouquin

Michel Fouquin est conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) et professeur d'économie du développement à la faculté de sciences sociales et économiques (FASSE).

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Atlantico : Li Keqiang, le Premier ministre chinois, a déclaré que "la Chine souhaite que davantage de produits indiens puissent avoir accès au marché chinois". Que laisse présager cette volonté politique de coopération économique ? Les deux puissances émergentes asiatiques sont-elles sur la voie d'un accord de libre échange ?

Michel Fouquin : Pendant trois semaines des soldats chinois ont campé sur une zone contestée de la frontière entre l’Inde et la Chine, au mépris des accords implicites qui supposaient que, dans l’attente d’un règlement, cette zone devait rester neutre. Quelques jours avant la visite de Li, le campement a été levé, sans quoi la visite de ce haut personnage en Inde n’aurait pu avoir lieu.

La Chine manie ainsi une diplomatie commerciale extrêmement active en Asie, où le symbolique l’emporte souvent sur le contenu réel des accords, avec des revendications territoriales extrêmement vigoureuses (voir Japon). Par ailleurs le déficit commercial bilatéral au détriment de l’Inde est énorme (40 milliards de dollars) et l’Inde se trouve dans la situation d’un exportateur de matières premières (minerais de fer et métaux non ferreux pour l’essentiel) contre des produits high-tech type télécommunication (9 milliards d’exportations en 2011).

Enfin l’Inde demeure l’un des pays les plus protectionnistes du monde. Au total un véritable accord de libre-échange est très loin d’être possible, en revanche faire miroiter un accès accru des produits indiens sur le marché chinois c’est un moyen de neutraliser les réactions indiennes et éviter un rapprochement trop net avec les Etats-Unis.

Quelles seraient les conséquences pour l'Europe d'un tel accord de libre échange ou d'une telle coopération entre les deux pays ?

Le centre du monde bascule sur l’Océan Indien et la mer de Chine, et non pas vers le Pacifique comme le prévoyaient des futurologues un peu myopes, en ce sens un accord de coopération (oublions le libre-échange), notamment sur les investissements chinois en Inde, serait de nature à élever le niveau de l’industrie indienne et à accélérer le processus d’intégration de la zone dans son ensemble, c’est-à-dire y compris toute l’Asie du Sud-Est, tout en réduisant la pression concurrentielle directe sur l’Europe.

Si l’on pense que le jeu du commerce international n’est pas un jeu à somme nulle, cela veut dire en fait de nouvelles opportunités pour les Européens. A la condition toutefois que l’Europe soit capable de produire des biens de haute technologie, de qualité supérieure et ayant une forte identité comme les biens de luxe, le tout à un prix raisonnable, ce qui au final renforcerait aussi les liens Inde Europe. En effet, l’Inde est plus proche de l’Europe que de la Chine sur le plan culturel, notamment linguistique, c’est un allié naturel de l’Europe alors que la Chine est un adversaire et un compétiteur direct de l’Inde.

Les puissances émergentes vont-elles être amenées à l'avenir à favoriser de telles coopérations économiques entre elles ? Quelles conséquences pour les économies occidentales ?

De plus en plus d’entreprises des pays émergents atteignent une dimension mondiale ce qui ne veut pas dire qu’elles soient d’un niveau égal à celles de leurs homologues occidentales. En particulier, leur intérêt est de vendre des produits de moindre qualité aux pays qui sont moins regardants que les pays développés. Un exemple : la Chine est le premier producteur mondial d’automobiles (camions inclus), mais elle n’en exporte encore que peu et le consommateur chinois préfère les produits occidentaux (GM ou les voitures haut de gamme allemandes), du coup les producteurs purement chinois s’intéressent aux pays en développement notamment aux Africains peu regardants sur les crash-tests. Par ailleurs les pays émergents ont d’énormes besoins en matières premières, en infrastructures, en énergie etc. en échange de quoi ils cherchent à exporter leurs produits par équilibrer leur balance, et au-delà si possible, et c’est dans ces pays en développement qu’ils trouvent tout cela.

Leurs besoins sont tels qu’ils sont aussi amenés à investir directement dans ces pays pour aider à développer la ressource. Le fameux espoir des tiers-mondistes de voir les échanges Sud Sud s’intensifier au détriment de leurs relations avec les anciennes puissances coloniales se réalise enfin. Dés lors quoi de plus naturel que de vouloir sécuriser ces relations en les institutionnalisant sous la forme d’accords commerciaux élargis aux investissements. En cette matière ils ne font que combler un peu leur retard sur la Communauté européenne championne du monde toute catégorie en la matière. Enfin l’échec du cycle de Doha encourage le régionalisme qui est plus souple et où chacun apporte son manger, comme dans les auberges espagnoles dit-on.

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