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L’école prépare-t-elle mieux ou moins bien les jeunes Français aux emplois qui les attendent à la sortie qu’il y a quarante ans ?
©REUTERS/Stephane Mahe

Formation

L’école prépare-t-elle mieux ou moins bien les jeunes Français aux emplois qui les attendent à la sortie qu’il y a quarante ans ?

Les perspectives d’offres d’emploi ont été plutôt bonnes lors du premier semestre 2019. Néanmoins, alors que la rentrée scolaire a eu lieu, se pose la question de l’adéquation entre les offres de premier emploi et les formations.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico.fr : Comment a évolué la structure des emplois offerts à ceux qui sont à la fin du système scolaire ?

Michel Ruimy : Alors que les projecteurs se braquent sur l’amélioration de la situation du chômage, il convient de considérer qu’il y a environ 250 000 emplois non pourvus en France. Ce manque de compétences et l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emplois pénalisent fortement le marché du travail d’autant que cette situation pourrait s’aggraver.

Les plus grandes pénuries de compétences se trouvent notamment dans l’enseignement et la formation, l’informatique et l’électronique, l’ingénierie et le domaine des technologies, mais aussi dans des domaines de compétences plus transversales comme les aptitudes à l’oral, la résolution de problèmes complexes et le management.

Cette situation soulève de nombreuses questions. Le chômage des jeunes, souvent plus qualifiés que leurs aînés, traduit-il une inefficacité du système éducatif ? Remet-il en question la valeur des diplômes sur le marché de l’emploi ? La massification de l’enseignement supérieur ne concourt-elle pas à dévaloriser les diplômes ? La sous-exploitation de ressources humaines découlant d’un déclassement est-elle imputable à un déséquilibre général sur le marché de l’emploi ou résulte-t-elle de politiques éducatives ayant trop encouragé la poursuite d’études ? 

La question de l’adéquation de l’offre et de la demande de formation renvoie également à celle de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Les jeunes, sortis tôt du système scolaire - ayant donc a priori un bas niveau de qualification -, n’ayant pas d’expérience professionnelle, sont pénalisés. Ceci vaut aussi pour les diplômés d’un cursus de formation long. L’insertion professionnelle des jeunes s’avère donc souvent délicate et ce, pour plusieurs raisons : ils sont surreprésentés parmi les demandeurs d’emploi ; ils ne peuvent se prévaloir que d’une faible ancienneté dans l’emploi et ils occupent massivement des emplois à durée limitée. 

De manière plus fine, tous les jeunes ne sont pas égaux sur le marché de l’emploi : les diplômés apparaissent relativement protégés des aléas conjoncturels tandis que les « peu ou pas » qualifiés y sont surexposés. Ce phénomène est dû à deux effets : d’une part, les diplômés accèdent plus facilement à des emplois qualifiés moins sensibles à l’évolution conjoncturelleet d’autre part, l’effet d’un déclassement conjoncturel c’est-à-dire qu’en période de pénurie d’emplois, les employeurs choisissent les demandeurs les plus qualifiés. Ceux-ci acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés afin d’accéder à l’emploi. Par effet domino, les moins diplômés sont évincés des postes correspondant à leurs compétences. 

C’est pourquoi, l’insertion professionnelle constitue un enjeu stratégique, en particulier dans l’enseignement tertiaire, avec une attente forte parmi les étudiants et parmi les futurs employeurs à la recherche de collaborateurs dotés de formations de haut niveau. Le savoir ne constitue plus à lui seul la clé de la réussite, respectivement d’une insertion et d’un recrutement. Les établissements d’enseignement supérieur sont désormais confrontés au défi d’intégrer, dans la formation des étudiants, les différentes dimensions de la compétence que sont le savoir-faire, le savoir-être et les capacités cognitives. Partant de cela, la nature des diplômes a changé, validant désormais autant des connaissances que des compétences, ce qui explique sans doute l’émergence d’une problématique liée à la professionnalisation des études supérieures. Les établissements d’enseignement supérieur deviennent un logo, une marque permettant aux entreprises de limiter leurs coûts de recrutement.

Par ailleurs, l’intensification des échanges internationaux et l’accélération du progrès technique entraînent une dépréciation du capital humain et une polarisation des emplois. D’une part, il y a des emplois qui requièrent un capital humain qualifié, capable de mettre en œuvre des compétences cognitives non routinières (gestion, conception, création, développement, coordination, organisation). D’autre part, il y a des emplois peu qualifiés qui ne sont pas affectés par les technologies de l’information et de la communication, tels que le service à la personne ou le nettoyage. Cette polarisation se développe au détriment des emplois moyennement qualifiés, tels que la plupart de ceux de la production du secteur industriel. Ce sont ces emplois moyennement qualifiés qui sont le plus susceptibles d’être « victimes » de l’évolution technologique. Dès lors, il convient de s’interroger sur les caractéristiques du système éducatif à même de répondre aux évolutions du marché du travail.

On parle souvent d’inadéquations de compétences pour expliquer l’existence de secteurs où beaucoup d’offres restent non pourvues. En termes de tendance, c’est la surqualification demandée des offres d’emploi pour les jeunes ou la sous-qualification qui vous semble l’emporter ?

Michel Ruimy : Un des principaux problèmes du système éducatif français est que si le niveau d’études s’approche de la moyenne des pays développés, les tests d’évaluation des compétences signalent que la part des jeunes adultes ayant un faible niveau de compétences élémentaires y est plus élevée que dans la plupart des autres pays de l’OCDE. De plus, les jeunes sont nombreux à occuper des emplois temporaires, qui leur offrent peu de perspectives d’emploi à long terme et de possibilités de formation. Enfin, l’examen du niveau des compétences de la population adulte est aussi alarmant. Selon les chiffres de l’évaluation de compétences des adultes (PIAAC), la France se classe parmi ceux où les performances à l’écrit et en mathématiques sont les plus faibles et ce, essentiellement pour la tranche d’âge des 45-65 ans. Ce faible niveau s’explique par la détérioration des compétences, lié au vieillissement et par le fait que le niveau de formation des seniors est plus faible.

Il faut voir que l’évolution des marchés de l’emploi ces dernières années s’est répercutée sur les politiques éducatives et sur le fonctionnement des systèmes de formation. Deux tendances peuvent être observées : une baisse considérable des personnes non qualifiées et une augmentation de la proportion de diplômés de l’enseignement secondaire accédant à l’enseignement supérieur. Il en résulte, à la fois, une offre de capital humain plus qualifiée mais aussi un risque aggravé d’exclusion du marché de l’emploi pour les personnes faiblement ou non qualifiées. 

Mais si les jeunes générations sont globalement plus formées que leurs aînés, cette augmentation du niveau de formation s’est accompagnée d’un phénomène de surqualification dans certains domaines, entraînant une sous-utilisation des compétences sur le marché de l’emploi. En effet, en France, la mise en adéquation de l’offre et de la demande de compétences sur le marché du travail est problématique. Selon une étude de l’OCDE, 35% des salariés français font un métier pour lesquels ils n’ont pas de qualification adéquate. Un peu moins de 25% des salariés exercent un métier pour lequel un niveau de qualification plus élevé est normalement exigé - autrement dit, ils sont sous-qualifiés pour ce métier -. Et enfin, un peu plus de 10% d’entre eux exercent un métier qui requiert un niveau de qualification inférieur - en d’autres termes, ils sont surqualifiés -.

Ce déclassement conduit à reconsidérer la « rentabilité » de la formation dans la mesure où un niveau supérieur d’éducation ne protège plus du risque de chômage et ne garantit plus un « retour sur investissement ». Dès lors, de nouvelles questions surgissent : comment évoluera, ces prochaines années, la répartition entre le travail qualifié et le travail non qualifié ? Existe-t-il un risque de « sur-éducation » à court terme si les structures économiques ne sont pas encore adaptées à l’élévation de la qualité de la main-d’œuvre ? Quels types de diplômes produire ?

Faut-il alors repenser le contenu des formations en les rendant plus techniques afin de répondre au plus près aux besoins de compétences spécifiques des entreprises ou, au contraire, proposer des formations plus générales pour élargir les perspectives d’insertion professionnelle ? Faut-il favoriser l’alternance formation-emploi en cours d’études ? Et, de manière plus générale, faut-il piloter les systèmes de formation en fonction essentiellement des résultats enregistrés sur le marché de l’emploi ?

Dans quelle mesure est-il possible d’améliorer cette « adéquation » des offres et des demandes d’emploi à la sortie du système scolaire français ?

Michel Ruimy : L’adéquation se concrétise lorsqu’un emploi est occupé par le meilleur candidat détenant les compétences adéquates pour un poste donné. Elle peut être qualifiée de « quantitative » ou de « qualitative ». La première suppose des formations qui permettent d’acquérir les compétences appropriées pour occuper un poste donné, éventuellement transférables à d’autres postes, ce qui étend et renouvelle le domaine d’adéquation de la formation. La seconde forme d’adéquation découle de la première et concerne l’équilibre entre l’offre et la demande de compétences. Elle peut être mesurée, par exemple, à partir d’études de l’impact des dispositifs pédagogiques universitaires sur le début de la carrière.

La question qui se pose est de savoir si la professionnalisation des formations dans l’enseignement supérieur constitue-t-elle un moyen de faciliter la transition des jeunes vers le marché du travail et, en conséquence, accroît-elle l’efficacité externe du système éducatif ?Au plan historique, la professionnalisation des filières de formation a suivi l’évolution du marché du travail, en passant d’une fonction de « préprofessionnalisation » dans le régime fordiste à une fonction de « garant » de l’employabilité dans le régime financiarisé où la logique de l’actionnaire vise, en premier lieu, la rentabilité financière, et où le salarié doit faire preuve de flexibilité pour s’adapter à cette nouvelle situation. 

Dans un tel contexte, le rôle du diplôme a changé. L’individu tend à acquérir le diplôme qui signale le mieux son aptitude à s’adapter afin de décrocher un emploi de qualité. En outre, la professionnalisation de filières de formation dans l’enseignement supérieur aboutit à un transfert de coûts privés de sélection et de primo formation des entreprises vers la collectivité, sans que l’on soit certain que l’équité d’accès à la formation soit assurée. Au contraire, la professionnalisation, loin de réduire les discriminations sur le marché de l’emploi, pourrait les déplacer en amont dans le système d’enseignement supérieur.

In fine, il conviendrait que la France améliore l’égalité d’accès à un enseignement et une formation de qualité. Il faudrait qu’elle aille plus loin sur l’enseignement professionnel, notamment en l’élargissant aux secteurs émergents comme par exemple l’intelligence artificielle, et qu’elle renforce l’apprentissage afin d’adapter le contenu des programmes d’enseignement professionnel afin qu’il soit davantage en adéquation avec les besoins des employeurs. Mais, ceci nécessite que les enseignants suivent en permanence l’évolution des pratiques en entreprise. En outre, concernant les services d’orientation des établissements scolaires, l’information relative à l’orientation professionnelle reste souvent éparpillée et sans lien avec les besoins du marché du travail répertoriés. Il faudrait remédier à ce dysfonctionnement. 

De manière générale, notre système éducatif est totalement obsolète et ne prépare pas nos jeunes au monde qui s’annonce voire qui est déjà là. Notre éducation relève de « l’ère industrielle » où l’emphase est mise sur la mémorisation maximale de connaissances alors que, dans ce domaine, il est impossible de concurrencer la puissance des ordinateurs. Déjà, Elon Musk avec son projet Neuralink envisage un interfaçage de nos cerveaux avec ces mêmes ordinateurs ! Il conviendrait de développer la réflexion et la sagesse de notre future jeunesse.

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