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L'Asie à l'assaut de la mainmise américaine sur Internet
©Reuters

Bonnes feuilles

L'Asie à l'assaut de la mainmise américaine sur Internet

David Fayon décrypte les notions et les enjeux de la "gouvernance d'Internet", connaissance indispensable au regard de l'importance économique et sociale du Web aujourd'hui. Extrait de "Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ?" (1/2).

David Fayon

David Fayon

David Fayon est responsable de projets innovation au sein d'un grand Groupe, consultant et mentor pour des possibles licornes en fécondation, membre de plusieurs think tank comme La Fabrique du Futur, Renaissance Numérique, conseiller numérique d'Objectif France. Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il a publié avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

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Nous vivons depuis le début de l’ère informatique sous l’empire de la suprématie américaine, qui n’a cessé de se renforcer. Elle se situe plus particulièrement sur la Côte Ouest avec l’État de Californie, la Silicon Valley ayant un rôle moteur dans le développement du numérique. Néanmoins, on assiste à une montée de la Chine et à la percée d’acteurs asiatiques notamment dans le domaine du matériel alors que les États-Unis restent leader en matière d’applications Web même si des nations comme la Chine et à un degré moindre la Russie s’émancipent en développant leurs propres outils qui sont souvent des clones d’applications américaines (le graphisme des sites chinois s’inspire des sites occidentaux : Renren imite Facebook, Baidu rappelle Google et Youku est calqué sur YouTube ; Vkontakte est le clone Russe de Facebook).

Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud souhaitent en effet une gouvernance d’Internet plus neutre et située moins sous l’emprise des États-Unis. L’Europe se situe sur la même longueur d’onde.

Lors du sommet de Davos en janvier 2011, l’Asie a plaidé pour une gouvernance mondiale polycentrique partant du principe qu’il ne peut exister de gouvernance mondiale efficace sans organisations régionales fortes.

Le président de l’ASEAN a estimé que des partenariats entre régions du monde et pays constituent la voie de l’avenir et que, par ailleurs, les alliances sont nouées contre des ennemis et ne constituent pas des instruments de coopération. Ceci est une réplique aux tentatives de former un G2 entre les États-Unis et la Chine. L’avenir dira quelle option prévaudra : poursuite de la suprématie des États-Unis, alliance entre la Chine et les États-Unis, gouvernance polycentrique avec les États-Unis, l’Asie et peut-être l’Europe, etc. L’atonie de la croissance économique en Europe et la fragilité des États-Unis, qui sont pourtant les deux régions les plus riches du monde, ouvrent la voie à la montée de l’Asie et plus globalement aux pays émergents sur la scène numérique. Il est légitime de s’interroger sur la gouvernance du numérique à venir. Allons-nous enfin assister à un monde numérique multipolaire ? Notons que les États-Unis utilisent le terme multipolaire alors que le Japon et quelques autres puissantes émergentes telles les BRIC emploient plutôt le terme polycentrique.

La Chine a intégré la notion de rapport de force et développe ses propres infrastructures pour équilibrer ce rapport vis-à-vis des États-Unis. Ella a émis le souhait de disposer de sa propre racine DNS (du moins un niveau entre la racine et les TLD, qui pour deux pays A et B seraient de type www.google.com.A et www.google.com.B). Outre l’affranchissement de la mainmise américaine et de l’ICANN, cela permettrait à l’empire du milieu de mieux contrôler le contenu de l’Internet chinois et les opinions émises. Aussi le projet chinois baptisé IPv9 prévoit 4 fois plus d'adresses qu'IPv6. Le principe est de remplacer le système d'écriture des adresses avec des caractères latins par un système décimal entièrement numérique. Ces adresses peuvent ensuite être redirigées par le gouvernement chinois vers leurs propres serveurs DNS racine, en s'affranchissant du système de l'ICANN. L'objectif reste de contrôler les connexions des internautes chinois et de pouvoir être isolé pour sa gouvernance interne tout en ayant une compatibilité avec le reste du monde pour des raisons de croissance économique.

Chine et Russie souhaitent s’émanciper des serveurs racines américains et privilégient un rôle accru des institutions internationales existantes (Nations Unies et en particulier l’UIT). Le risque est toutefois d’avoir un droit applicable au cyberspace qui serait a minima compte tenu des régimes autoritaires. Par ailleurs, si le jus in bello était applicable sur Internet, l’Iran aurait pu demander des sanctions internationales à l’encontre des États-Unis relativement à l’attaque qu’il a subie par le virus Stuxnet. Le graphe qui suit résume le positionnement d’une sélection d’acteurs qui influent sur la géopolitique d’Internet avec en abscisse, l’importance croissante de chacun relativement à Internet selon trois critères, chiffre d’affaires et budget géré, nombre d’occurrences dans Google, nombre de membres ou de salariés. En haut du graphe sont représentés les acteurs de régulation du moins au plus contraignant et en bas du graphe figurent les acteurs économiques du plus ouvert au plus fermé.

Positionnement des acteurs dans la gouvernance d’Internet (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

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Extrait de Géopolitique d'Internet: Qui gouverne le monde ?, Editions Economica (mars 2013)

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