“L’arbre” de la place Vendôme qui avait fait long feu : plug anal ou pas, la provocation est-elle le seul carburant de l'art contemporain ? | Atlantico.fr
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L'"arbre" de la place Vendôme.
L'"arbre" de la place Vendôme.
©FIAC

Quand l'art va trop loin

“L’arbre” de la place Vendôme qui avait fait long feu : plug anal ou pas, la provocation est-elle le seul carburant de l'art contemporain ?

Le 17 octobre, jour d'ouverture de la Fiac, un "arbre" ressemblant davantage à un plug anal de 24 mètres de haut est dressé sur la place Vendôme. De quoi se poser la question quant à la démarche artistique de ces artistes qui ne capitalisent que grâce au bruit.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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Nouveau scandale dans l'art contemporain qui en est si friand : une sculpture gonflable de 24 mètres de haut est installée place Vendôme le 17 octobre, sous l'autorité de la FIAC, le salon de la création contemporaine qui ouvre le 23 octobre au Grand Palais. L'oeuvre est intitulée Tree (arbre) mais elle ne trompe personne, l'artiste lui-même, Paul McCarthy, le reconnaît : "Tout est parti d’une plaisanterie : à l’origine, je trouvais que le plug anal avait une forme similaire aux sculptures de Brancusi. Après, je me suis rendu compte que cela ressemblait à un arbre de Noël. Mais c’est une œuvre abstraite. Les gens peuvent être offensés s’ils veulent se référer au plug, mais pour moi, c’est plus proche d’une abstraction." Cette ambiguité est d'ailleurs parfaitement assumée par Jennifer Flay, la directrice artistique de la FIAC : "Bien sûr que cette œuvre est polémique, qu’elle joue sur l’ambiguïté entre un arbre de Noël et un plug : ce n’est ni une surprise ni un secret, poursuit-elle. Mais il n’y a aucune offense au public, et suffisamment d’ambiguïté pour ne pas troubler les enfants." (Le Monde 18/10)

Paul McCarthy bénéficie d'une exposition à la Monnaie de Paris, mais on pourra se passer d'y aller, il suffit de taper son nom sur Google Images pour se rendre compte des obsessions scatologiques de ce soi-disant "artiste". C'est la pure provocation qui l'anime, et la FIAC ainsi que la Mairie de Paris sont tombés bien bas en lui donnant une répercussion si prestigieuse, qui fait honte à la capitale de la France. Ca n'a d'ailleurs pas manqué, dès le lendemain un plaisantin a crevé la sculpture gonflable qui perdait soudain toute sa superbe. Et ce fut l'occasion, pour les défenseurs de l'art contemporain, de vouer aux gémonies les "réactionnaires" qui avaient commis ce forfait, comme si tout cela avait été prévu à l'avance.

Cette sculpture illustre un genre né au début du XXe siècle, le ready made, c'est à dire un objet usuel considéré et mis en scène comme une oeuvre d'art. Son inventeur est Marcel Duchamp et, ça tombe bien, le Centre Pompidou lui consacre une exposition. Qu'y voit-on ? Déjà, bizarrement, pour une exposition dite monographique, plus de la moitié des oeuvres exposées ne sont pas de lui ! Et ce qu'on voit de lui fait franchement pitié. Picasso, Kandinsky, Chagall sont des artistes visionnaires, à côté Duchamp est un peintre de troisième zone qui oscille d'un style à l'autre sans jamais convaincre, s'inspirant de Cézanne ou du cubisme et échouant à chaque fois à apporter quoi que ce soit d'original. Mais il a inventé le ready made, avec son célèbre urinoir renversé intitulé Fontaine (1917). Racontons l'histoire : à New York, où il vivait à l'époque, existait un salon d'art académique et un "Salon des refusés" pour les artistes qui voyaient les portes du premier se refermer devant eux. Duchamp paria avec ses amis qu'il ferait une pièce qui serait "refusée au Salon des refusés". Ce fut Fontaine, et il gagna son pari ! Depuis, cette blague potache est devenue le totem d'un certain art contemporain qui doit "choquer", "dérouter", "remettre en question". Enfin, cela permet surtout aux gens et aux nouveaux riches qui n'ont aucune culture artistique d'éprouver le frisson de l'art contemporain...

Une telle provocation en plein centre de Paris déclenche une polarisation entre les "pro" et les "anti", entre ceux qui "adooooorent" l'art contemporain et ceux qui considèrent qu'il ne s'agit que d'une vaste escroquerie, chacun étant enfermé dans ses certitudes. N'est-il pas possible d'avoir un jugement plus mesuré ? C'est malheureusement ce qui semble se perdre en cours de route, mais ce serait si injuste pour tous les artistes d'aujourd'hui qui continuent d'explorer toutes les dimensions de la création artistique, sans jouer la carte de la provocation. A la FIAC, dans des musées et des galeries, on pourra voir, pour prendre des exemples d'artistes français, les peintres Marc Desgrandchamps ou Erro, les photographes Philippe Ramette, Stéphane Couturier ou Valérie Belin. Ce sont là des noms parmi d'autres, mais l'amateur d'art doit exercer son jugement critique plutôt que de se focaliser sur la polémique du moment. Il ne faut pas suivre les artistes qui font le plus de bruit !

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