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Les employés de la société pétrolière Aramco travaillent dans l'usine de traitement de Khurais en Arabie saoudite. Le royaume construit une usine de 5 milliards de dollars pour fabriquer de l'hydrogène.
Les employés de la société pétrolière Aramco travaillent dans l'usine de traitement de Khurais en Arabie saoudite. Le royaume construit une usine de 5 milliards de dollars pour fabriquer de l'hydrogène.
©FAYEZ NURELDINE / AFP

Monde d’après (le pétrole)

L’Arabie saoudite a un plan audacieux pour prendre le contrôle du marché à 700 milliards de l’hydrogène

L'Arabie saoudite tente de se positionner en tête du marché de l'hydrogène. Le royaume construit une usine de 5 milliards de dollars pour fabriquer du carburant vert pour l'exportation et réduire la dépendance du pays vis-à-vis des pétrodollars.

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Atlantico : Pour réduire sa dépendance au pétrole, l’Arabie Saoudite se tourne vers l’hydrogène et lance un plan d’ampleur pour devenir l’un des leaders de ce marché. Comment s’articule ce plan ?

Jean-Pierre Favennec : L’Arabie Saoudite dispose de fait des plus vastes réserves de pétrole dans le monde. En outre c’est un pétrole facile à produire, qui lui apporte l’essentiel de sa richesse

La transition énergétique qui vise, au moins dans certains pays, à remplacer progressivement les énergies fossiles par des énergies qui n’émettent pas de gaz à effet de serre (solaire, éolien, hydraulique, le nucléaire étant un cas à part) pour éviter le réchauffement du climat a été accélérée par la crise de la COVID. Ceci pose à l’évidence un problème à l’Arabie Saoudite (ainsi qu’aux autres pays producteurs de pétrole) dont la production pétrolière est menacée à terme. Depuis de nombreuses années l’Arabie annonce des plans pour réduire sa dépendance au pétrole. Mais ces plans sont restés d’une ampleur assez faible. On peut comparer par exemple la construction de deux réacteurs nucléaires et d’une ville entièrement alimentée par de l’énergie renouvelable à Abu Dhabi aux réalisations très limitées de Riyad

La volonté de transformation de l’Arabie est cependant réelle et la mise sur le marché d’une – petite – partie de la grande compagnie pétrolière Saudi Aramco vise à dégager des fonds pour permettre le développement de nouvelles sources de revenus

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Pourquoi ce choix de miser sur l’hydrogène en particulier ? Les raisons sont-elles autant économiques que géopolitiques ?

L’hydrogène est devenu très à la mode récemment et de nombreux pays ont décidé d’investir massivement dans la recherche pour faire de cette source d’énergie potentielle une des principales énergies du futur.

Cependant il n’y a pas (sauf rares exceptions comme au Mali) de gisements d’hydrogène et l’hydrogène est pour l’instant essentiellement produit à partir de gaz naturel avec des émissions concomitantes importantes de CO2. La production d’hydrogène est d’ailleurs aujourd’hui encore très limitée

La production d’hydrogène peut s’envisager soit à partir d’hydrocarbures avec émissions simultanées de gaz carbonique (gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique), soit par électrolyse de l’eau.

Les recherches portent sur la production d’hydrogène à partir d’une électricité d’origine renouvelable (solaire, éolien, hydraulique). L’Arabie Saoudite dispose bien entendu de solaire voire d’éolien et d’immenses espaces où ces équipements (panneaux solaires, éoliennes..) pourraient être installées

L’Arabie Saoudite a-t-elle les moyens de ses ambitions ?  Est-elle en mesure de s’assurer une place suffisante sur le marché de l’hydrogène ?

Le prix du pétrole est remonté récemment à des niveaux (65 dollars par baril) qui redonnent des ressources importantes à l’Arabie Saoudite et qui devraient lui faciliter la production d’énergie solaire à une très grande échelle et donc lui permettre, dans la mesure où les recherches progresseront de manière satisfaisante,  de produire de grandes quantités d’ »hydrogène vert » produit sans émissions de gaz à effet de serre. Cet hydrogène pourrait ensuite alimenter des véhicules équipés de piles à combustible où la synthèse de l’hydrogène et de l’oxygène (de l’air) produit de l’électricité et alimente un moteur électrique qui actionne le véhicule. Les seules émissions de tels véhicules sont … de l’eau très pure.

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Substituer l’hydrogène au pétrole changerait-il profondément la face du pays qui s’est construit sur les pétrodollars ?

Pour l’instant et alors que la production de pétrole restera importante pendant de nombreuses années (20 ans, 30 ans ?) il s’agit de préparer une transition nécessaire. Le Sheikh Yamani, Ministre Saoudien du Pétrole au début des années 80 disait : « l’âge de pierre ne s’est pas arrêté faute de pierre, l’âge du pétrole ne s’arrêtera pas faute de pétrole ». En d’autres termes, tout en gérant une diminution lente et progressive de ses exportations de pétrole, l’Arabie Saoudite doit développer des énergies alternatives aussi bien pour sa consommation propre que pour ses exportations

Si les obstacles – nombreux – qui pourraient limiter le développement de l’hydrogène  l’échelle mondiale sont levés, l’Arabie Saoudite peut prendre une place importante dans la production d’hydrogène.

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