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Les banques peuvent effectuer des opérations bancaires en quelques secondes sur Internet.
Les banques peuvent effectuer des opérations bancaires en quelques secondes sur Internet.
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Mauvaise nouvelle

Internet rend-il les méga-accidents financiers inéluctables ?

Grâce à Internet, les banques peuvent effectuer des opérations bancaires en quelques secondes. Les récents désastres financiers montrent à quel point celles-ci peuvent se révéler risquées. Des accidents quasi-inéluctables, qui ne pourront jamais être évités par la technologie.

Yeho Hanan

Yeho Hanan

Yeho Hanan a exercé les métiers d'opérateur de marché et d'analyste financier au sein de divers établissements bancaires.

Il écrit pour Atlantico sous pseudonyme.

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Aujourd’hui, la quasi-totalité des opérations financières sont effectuées par des ordinateurs qui parlent à d’autres ordinateurs. Des milliers d’ordres peuvent être donnés en quelques secondes. L’avantage des transactions sur Internet est donc évident : les coûts des opérations ont chuté et on peut acheter des actions de n’importe quel point de la planète.

Et les désastres financiers sont nombreux depuis quelques années. Le trader français Jérôme Kerviel avait marqué les esprits, lui qui est accusé d'avoir fait perdre à la Société Générale près de 5 milliards d’euros en 2010. Plus récemment, Bruno Iksil, alias la baleine de Londres, a fait perdre au moins 1,5 milliards d'euros à sa banque JPMorgan Chase, à cause de paris très risqués sur des CDS, produits financiers ultrasophistiqués.

Admiré par Wall Street pour avoir aidé sa banque à traverser la crise sans encombres, le PDG de JP Morgan Jamie Dimon, est aujourd'hui pointé du doigt pour ne pas avoir mis en place les contrôles adéquats, et ignoré les Cassandre qui l'avaient mis en garde contre les agissements de son protégé.

Négligence... ou inéluctabilité ?

A chaque fois, ces catastrophes sont qualifiées d’erreur de jugement ou de négligence. Des actions évitables en somme. Pourtant, le journaliste de The Atlantic Bill Davidow rappelle la théorie que Charles Perrow avait développée dans son livre Normal accidents : Living with High-Risk Technologies (Des accidents normaux : vivre avec des technologies à haut risque) : ce sociologue de Yale a étudié des « accidents normaux » qui se produisent dans les centrales nucléaires, dans le domaine du transport aérien ou encore dans les systèmes de défense. Il note que compte tenu des caractéristiques d’un système, l’échec est inévitable.

Certes, le livre date de 1984, mais le journaliste estime qu’il peut s’appliquer au système financier d’aujourd’hui. Selon lui, Internet est au cœur de beaucoup d’incidents financiers récents. Internet aurait surchargé l’innovation financière et créé des taux de croissance élevés.

Interface impersonnelle

Outre les failles de sécurité liés à l'informatique (les ordinateurs de traders sont tout aussi vulnérables face aux virus que nos bons vieux PC), Internet renforce certains risques liés à l'activité financière. Les produits toxiques pullulent sur les marchés. De hauts niveaux de connectivité ont en effet permis à des produits très risqués comme les produits dérivés hors cote (i.e. non-réglementés) de se développer massivement sur les marchés.

Enfin, comme le rappelle le site eHow, l'interface impersonnelle d'un écran ne remplacera jamais les cris à travers les allées de la Bourse pour renifler l'atmosphère du marché.

Comment expliquer le manque de flair des traders face au risque ?

Yeho Hanan, ancien analyste financier, opérateur de marché, émet quelques commentaires sur la théorie de Bill Davidow.

Au delà du développement technologique, la violence et la fréquence des accidents (nucléaire, financier, économique etc.) peut être attribuée à la moindre maîtrise des technologies et une mauvaise perception des risques associés.

Malgré la faiblesse de la probabilité d'un enchaînement de dysfonctionnement dans une centrale nucléaire, l'exemple de Fukushima nous a montre que la "loi de Murphy" (i.e. tout qui peut aller mal ira mal) peut se mettre en œuvre. Dans cet exemple, les dirigeants de l'opérateur de la centrale ont pêché par excès de confiance dans la technologie et par manque de prise en compte des scénarios du pire pour préparer des réponses adaptées.

L'incident chez JP Morgan Chase est un symptôme de l'incapacité de l'être humain, en règle générale, à appréhender des systèmes complexes interconnectés dont l'évolution n'est ni linéaire ni continue. L'analyse des conséquences de la sortie de la Grèce de la zone euro fait parti de ces questions complexes. Faut il circonscrire l'analyse d'un tel événement à l'impact direct né des pertes du système bancaire ou devons-nous prendre en compte les interconnexions et les effets indirects? Selon le niveau de complexité des mécanismes étudiés les conséquences peuvent être très différents.

Le développement technologique a été plus rapide que l'adaptation de la connaissance humaine. Aussi, comme il a fallu que les "réflexes" des pilotes de chasse puissent s'adapter à des vitesses et des accélérations pour lesquels la physionomie humaine n'était pas, ex ante, préparée, la perception des risques devra être « réformée » et adaptée à l'avènement d'un monde interconnecté créant une nouvelle notion de l'immédiateté. Cette adaptation semble nécessaire pour réduire la fréquence des chocs et leurs conséquences sur nos économies. Il en va de la survie du système financier et bancaire et, au delà, de la résilience de nos économies face à des risques de plus en plus importants et complexes.

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