Joyeux anniversaire ! Il y a un an François Hollande annonçait une inversion de la courbe du chômage sous 12 mois… Aurait-il pu gagner son pari en s’y prenant autrement ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
En un an (de juin 2012 à mai 2013), le chômage a augmenté de près de 420 000 personnes.
En un an (de juin 2012 à mai 2013), le chômage a augmenté de près de 420 000 personnes.
©Flickr

Looser

Joyeux anniversaire ! Il y a un an François Hollande annonçait une inversion de la courbe du chômage sous 12 mois… Aurait-il pu gagner son pari en s’y prenant autrement ?

Il y a un an, le 9 septembre 2012, François Hollande, invité sur le plateau de TF1, déclarait qu'il souhaitait "inverser la courbe du chômage d'ici un an". Aujourd'hui, le 9 septembre 2013, la courbe du chômage ne semble toujours pas s'inverser.

Atlantico : Malgré les déclarations de François Hollande, le chômage continue de progresser. Il a même encore augmenté de 0,1 point au deuxième trimestre pour atteindre 10,5% selon les chiffres publiés par l'Insee jeudi 5 septembre. La promesse de François Hollande était-elle perdue d'avance ?

Jean-Charles Simon :  C’était certainement davantage un acte politique qu’une prévision économique. Qui n’aurait d’ailleurs pas eu grand sens sur cet indicateur et à cette échéance. Comme d’autres avant lui, François Hollande paraît adepte de la méthode Coué : marteler un objectif optimiste créerait une dynamique de confiance des agents économiques, et serait donc auto-réalisateur. Hélas, ça ne marche pas ainsi. Ménages et entreprises observent la réalité, voire tendent à la noircir dans une période difficile, surtout quand les discours optimistes se répètent sans effets.

Mais en même temps, il est très clair que l’exécutif a intégré la perspective d’un retournement cyclique favorable, dont on perçoit les prémices. Dès lors, il entend bien en tirer les bénéfices politiques en se présentant comme à l’origine du retournement, et donc en l’annonçant à l’avance. Le gouvernement sait qu’il peut aussi compter sur l’effet mécanique de ses dispositifs d’emplois aidés pour favoriser une inflexion statistique, déjà à l’œuvre avec le fameux « ralentissement de la hausse » des derniers mois.

Jacques Sapir : Le chiffre de 6 300 demandeurs d’emploi enregistré en juillet 2013 a été salué comme un « succès » par le gouvernement, qui voit (ou espère voir) là la confirmation d’une stabilisation du chômage. Mais, ce chiffre ne couvre que la catégorie « A ». Pour les catégories « B » et « C », l’augmentation a été de 45 900 demandeurs d’emplois. Que recouvrent donc les catégories de la DARES (ou Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques dépendant du Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue social), et quelle est donc la catégorie pertinente  ?

En fait, et compte tenu des dispositifs qui sont conçus pour pallier les effets du chômage de longue duré, les catégories « A », « B » et « D » correspondent à ce que l’on a l’habitude d’appeler des « chômeurs ». Les catégories « C » et « E » correspondent à une situation intermédiaire de personnes employées, mais où soit l’emploi ne peut leur garantir le minimum vital soit cet emploi ne peut exister que grâce à des subventions publiques.
Les chiffres des catégories « B » et « D » ont continué de fortement augmenter. En réalité le nombre de « chômeurs » en France à la fin du mois de juillet 2013 n’est donc 3 285 700 mais 4 191 1000. La différence, soit 905 400 personnes provient de la montée en importance des catégories « B » et « D » dont on a dit qu’elles s’apparentaient de près à la catégorie « A ».

On peut alors revenir à la question initiale : quelle est la dynamique du chômage dans ces derniers mois.

Tableau 2

Accroissement du nombre de chômeurs en milliers depuis l’élection de François Hollande.

 

Accroissement de l'agrégat A+B+D

Accroissement cumulé de l’agrégat A+B+D

mai-2012

33,5

33,5

juin-2012

30,5

64

juil-2012

42,5

106,5

aoû-2012

28,8

135,3

sep-2012

47,0

182,3

oct-2012

57,0

239,3

nov-2012

40,3

279,6

déc-2012

6,7

286,3

jan-2013

51,0

337,3

fév-2013

18,3

355,6

mars-2013

51,9

407,5

avr-2013

36,1

443,6

mai-2013

10,5

454,1

juin-2013

-1,5

452,6

juil-2013

20,8

473,4

 

En un an (de juin 2012 à mai 2013) le chômage a augmenté de près de 420 000 personnes, ce qui est considérable et correspond, hélas, aux prévisions qui avaient été faites il y a environ un an  (nous parlions alors d’un accroissement de 400 000 à 500 000 chômeurs). Il n’y a nullement de stabilisation ou, plus précisément, le flux s’est tr ès fortement réduit en mai et en juin (où il est même devenu négatif) avant de connaître un rebond notable en juillet. Ceci est parfaitement cohérent avec ce que l’on sait des évolutions économiques. Le rebond conjoncturel de la croissance au deuxième trimestre de 2013  explique parfaitement les bons résultats pour mai (seulement 10 500 chômeurs supplémentaires) et pour juin (diminution de 1 500 chômeurs). Le caractère purement conjoncturel de ces résultats est confirmé par l’accroissement de 20 800 du nombre des chômeurs en juillet 2013, ce qui efface, et au-delà, les résultats de mai et juin. La contraction du crédit privé qui se poursuit devrait se traduire par de mauvais résultats pour le 3ème et surtout pour le 4ème trimestre.

Les chiffres du chômage continuent donc bien d’augmenter en France, et l’on voit que le « pari » de François Hollande n’avait aucune chance d’être gagné. C’était même, compte tenu du contexte, mais surtout des choix de politique économique qui ont été faits par le gouvernement un pari stupide. Il n’y a pas eu de « choc de compétitivité » massif qui aurait pu ramener le plein emploi en France, car ce choc impose une chose : la dissolution de la zone Euro. Nous l’avons démontré dans une étude réalisée avec Philippe Murer, qui vient d’être publiée par la Fondation Res Publica

Gilles Saint-Paul : La promesse de François Hollande était en contradiction avec la nécessité de poursuivre des politiques d'austérité qui à court terme ne pouvaient que prolonger la hausse du chômage. Le choc fiscal s'est traduit par une baisse des investissements et de l'activité, tandis que la consommation restait anémique. Par ailleurs la conjoncture n'est évidemment pas généralement sous le contrôle du gouvernement. Des promesses de ce type sont donc plutôt fallacieuses. On sait aussi que le chômage réagit avec retard aux évolutions de la conjoncture ce qui rendait le pari d'autant plus difficile.

Je ne crois pas que le gouvernement ait fait des bons choix, mais à court terme ce sont les considérations conjoncturelles qui dominent et du fait de la crise de la zone Euro il était difficile de ne pas continuer dans la politique d'austérité. Un autre gouvernement, à la place de celui-ci, aurait peut-être privilégié la réduction des dépenses plutôt que la hausse des impôts, mais cela aurait également déprimé la conjoncture. C'est plutôt à long terme que le gouvernement a fait des mauvais choix, puisque la hausse de la fiscalité et l'absence de réforme structurelle significative nuiront à la création d'emploi, à l'investissement et à l'innovation. Certes le crédit d'impôt compétitivité va dans le sens d'une baisse du coût du travail, ce qui est favorable à l'emploi. Mais on n'en a pas encore vu les effets sur l'embauche, sans doute parce que les entreprises restent très prudentes en raison des incertitudes qui pèsent sur les conditions de son attribution. Et cette mesure n'est pas viable dans le long terme dès lors que les dépenses globales de l'Etat restent à leur niveau, ce qui le contraint à compenser toute baisse d'impôt par la hausse d'un autre impôt, avec des effets nets sur l'emploi au mieux du second ordre.

Un changement de questionnaire à l'Insee aurait fait mécaniquement baisser le chômage. La comptabilité des chômeurs en France est-elle exacte au regard des normes mais inexacte au regard de la réalité du marché du travail ?

Jacques Sapir : Les catégories de la DARES et de l’INSEE n’épuisent pas la question des chômeurs. En effet, on peut être radié des listes de Pôle Emploi non seulement parce que l’on a retrouvé du travail (auquel cas, on a cessé d’être un « chômeur ») mais aussi pour les raisons suivantes :

  •  Arrêt de recherche, en raison notamment d’une maladie, d’un congé de maternité, d’un accident du travail, d’un départ en retraite ou d’une dispense de recherche d’emploi. Ces personnes sont alors indemnisées sur un autre budget.
  • Cessation d’inscription pour défaut d’actualisation, lorsque le demandeur d’emploi n’a pas actualisé sa déclaration de situation mensuelle (situation hélas plus fréquente qu’on ne le croit).
  •  Radiation administrative, qui peut intervenir lorsque le demandeur d’emploi ne répond pas à une convocation, lorsqu’il fait une fausse déclaration ou lorsqu’il refuse une offre d’emploi (le motif d’offre raisonnable d’emploi a été ajouté en octobre 2008), une formation, une visite médicale, un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, un contrat aidé, une action d’insertion. La suspension qui en découle peut aller de 15 jours à 12 mois suivant la cause.


Les statistiques fournies par la DARES sont donc loin d’être exhaustives et doivent être comprises comme une approche conventionnelle (avec de multiples conventions) du phénomène social et économique qu’est le chômage.
Qu’un écart existe entre une convention de comptabilité et une réalité est chose habituelle. Il faut simplement le rappeler et ne pas dire, quand ion regarde une seule des catégories comptables que l’on a une image de la réalité.

Jean-Charles Simon : Je crois que c’est un mauvais procès fait à l’Insee. L’institut a très clairement indiqué qu’il procédait à un changement de questionnaire, et a maintenu la publication des données à méthodologie comparable. C’est d’ailleurs celles-ci qui ont été mises en avant, comme en témoigne le taux de 10,5% que vous rappeliez et qui correspond au taux de chômage au sens du BIT en métropole, la donnée la plus souvent médiatisée. Et le changement de méthodologie paraît ne pas affecter l’analyse des tendances, puisque avec l’ancienne comme la nouvelle on a une progression similaire au premier trimestre.

En revanche, il faut bien distinguer les définitions assez strictes du chômage (par exemple au sens du BIT ou celle de « catégorie A » de Pôle emploi) de l’ensemble beaucoup plus vaste incluant les situations très précaires et le sous-emploi caractérisé, c’est-à-dire les personnes qui n’ont travaillé que quelques heures dans le mois, les temps partiels très limités et subis, les contrats très courts, etc. Le ressenti du chômage dépasse ainsi largement la population des seuls chômeurs « catégorie A ».

Il faut aussi s’intéresser au taux de participation au marché du travail, qui permet d’observer la population qui n’est ni employée, ni à la recherche d’un emploi. Aux Etats-Unis, par exemple, cette population a beaucoup augmenté depuis la crise : des personnes découragées par la situation du marché du travail ne cherchent plus d’emploi et préfèrent se consacrer à leurs enfants, reprendre des études, etc. Il y a dans ce cas un effet « dénominateur » qui fait baisser le taux de chômage sans traduire une amélioration réelle. En France comme ailleurs en zone euro, on n’observe pas ce phénomène pour au moins deux raisons : les réformes successives des retraites qui allongent la durée de présence sur le marché du travail, et des systèmes sociaux qui incitent à se déclarer en recherche d’emploi plus longtemps qu’outre-Atlantique.

Gilles Saint-Paul : Le chiffre officiel est standard et permet une comparaison facile entre pays. Mais il prend mal en compte les réalités. Certains travailleurs sont découragés et ne cherchent plus de travail. Ceux-ci sont comptabilisés comme inactifs et pas comme chômeurs. Les chômeurs de catégorie B et C, par exemple,  exercent une activité réduite et ne sont pas comptabilisés dans le taux standard. Ceux-ci sont en quelque sorte "à moitié" au chômage. Il serait plus raisonnable de centrer le débat sur deux statistiques. L'emploi total, qui nous donne une idée des ressources humaines mobilisées pour la production, ce qui affecte directement la productivité et le niveau de vie de la population. On devrait particulièrement s'intéresser à l'emploi marchand qui concerne des postes rentables du secteur privé, qui ne peut pas être artificiellement gonflé par des embauches dans le secteur public, et qui d'ailleurs se comporte plutôt mal ces derniers temps. L'autre statistique intéressante est celle de la durée du chômage, qui est une mesure de l'efficacité du marché du travail.

Au-delà du nombre de chômeurs, en quoi le chômage actuel en France diffère-t-il du chômage que nous connaissions précédemment ? Quelles sont les conséquences de ce chômage pour l'avenir de l'économie française ?

Jean-Charles Simon : Paradoxalement, le chômage est moins élevé qu’on n’aurait pu le craindre. Alors que la crise est exceptionnelle en ampleur et en durée – en volume, le PIB du deuxième trimestre 2013 reste inférieur à son pic d’il y a plus de cinq ans, au premier trimestre 2008 –, le taux de chômage est encore en deçà de son niveau record atteint à deux reprises, en 1994 et 1997. Mais en parallèle, la précarisation des situations sur le marché de l’emploi s’est accrue depuis les crises précédentes. Même si la part des CDI est à peu près stable, le taux de rotation sur le marché de l’emploi (entrées et sorties rapportées à l’effectif) a beaucoup progressé, un mouvement perceptible déjà avant la crise. CDD enchaînés, missions d’intérim dominent de très loin les flux du marché du travail, plus dual que jamais. Le point le plus inquiétant de la situation actuelle est le chômage de longue durée : l’ancienneté moyenne d’inscription au chômage (catégories A, B et C) frôle les 500 jours et la part des demandeurs d’emploi inscrits depuis plus de 3 ans atteint également un sommet. Ces indicateurs devraient d’ailleurs encore augmenter même si le chômage recule, car ce sont habituellement les chômeurs les plus récents qui retrouvent le plus vite du travail en sortie de récession.

Cette situation est bien sûr lourde de conséquences pour les personnes touchées et l’économie, avec une déqualification importante de certains publics, qui peut les exclure – surtout les moins jeunes – quasi définitivement du marché du travail. La croissance potentielle de l’économie est donc durablement affectée car la population susceptible de participer à la production de biens et services est moindre. Mais il ne faut pas exagérer l’irréversibilité supposée des effets d’une crise, même violente : si la reprise est au rendez-vous et suffisamment soutenue, et si le marché du travail est assez souple et réactif, le rebond de l’emploi sera significatif. Le reste peut être plus structurel, sans lien avec un épisode prolongé de chômage élevé : des filières qui ne parviennent plus à être compétitives en France, des carences du système de formation…

Jacques Sapir : La prolifération des catégories nécessaires pour saisir le phénomène du chômage indique un changement important dans sa nature depuis la fin des années 1970. En effet, 5 séries sont définies (pour la France métropolitaine). La catégorie « A » sert de référence. Cependant, les catégories « B » et « D » s’apparentent de près à la catégorie « A ». En effet la dispense de devoir chercher un emploi (pour raison de maladie ou du fait d’une formation professionnelle) ne change nullement la situation de la personne concernée (cat. D). De même, les personnes qui ont une activité (non choisie) de moins de 78h par mois (et qui ne peuvent pas vivre de cette activité) doivent donc aussi être considérées comme des chômeurs. La différence entre la catégorie « A » et la catégorie « A+B+D » n’est pas négligeable.
L’écart entre ces deux courbes qui était en 1996 de 14% de la valeur de la catégorie « A » est passé à 27,5% en moyenne en 2013, montrant une montée constante du poids relatif des catégories « B » et « D ».

Il est clair que la catégorie « A » devient de moins en moins pertinente pour mesurer le chômage et l’usage de la catégorie « A » comme référence unique a donc tendance à minimiser le phénomène dans la longue durée. En réalité le nombre de « chômeurs » en France à la fin du mois de juillet 2013 n’est donc pas 3 285 700 mais 4 191 1000. La différence, soit 905 400 personnes provient de la montée en importance des catégories « B » et « D » dont on a dit qu’elles s’apparentaient de près à la catégorie « A ». C’est donc l’agrégat A+B+D qu’il faudrait prendre en compte.
Quant à la catégorie des « quasi-chômeurs » (soit les personnes enregistrées en catégories « C » et « E ») ou personnes travaillant plus de 78h par mois mais moins que le plancher légal et devant être secourues, on constate que le nombre, déjà élevé en 1996, n’a pas cessé de s’accroître ces dernières années. En 1996, ces personnes représentaient 17,6% des effectifs de la catégorie « A », soit à peu de choses près le niveau des catégories B+D. En juillet 2013 la catégorie des « quasi-chômeurs » représente désormais 38,7% de la catégorie « A » avec plus de 1 270 000 personnes. Ceci montre bien le phénomène d’irréversibilité du chômage de masse dans les conditions d’une économie dite « à basse pression » qui nous est imposée par l’Euro. La montée de l’agrégat C+E ne fait que constater l’extrême difficulté que l’on a désormais à faire revenir vers un emploi « normal » (à plein temps et qui ne soit pas subventionné) une partie croissante de la population active.

Gilles Saint-Paul : Le chômage actuel n'est pas différent du chômage que nous connaissons depuis le milieu des années 1970. Il est dû aux rigidités du marché du travail, aux coups de pouce du SMIC, aux charges sociales et aux mécanismes de formation des salaires. C'est ce qui explique que quand le taux de chômage est faible en France, il est au même niveau qu'un taux élevé en Grande-Bretagne. Quand la conjoncture est mauvaise, il s'envole vers les 11%. Un taux de 8 % en période de vaches grasses est tout aussi problématique que 11 % en récession. La seule nouveauté, mais elle ne date pas de la crise actuelle, c'est l'importance des CDD et des emplois précaires et le fait que de nombreux travailleurs sont condamnés à des années de précarité avant de trouver un emploi stable. Cette précarité est certes un rafistolage mais c'est un modus vivendi qui permet de concilier les besoins de flexibilité des entreprises avec le niveau de protection élevé des CDI. Syndicats et patronat y trouvent leur compte ; il est donc assez hypocrite de se lamenter à ce sujet.

Puisqu'une année n'a pas suffi à inverser la courbe de chômage, le gouvernement s'est engagé à l'inverser avant la fin 2013. A quelle véritable date pouvons-nous vraiment espérer que le chômage diminue en France ?

Jacques Sapir : Dans les conditions actuelles, il est impossible de faire une prévision. En mettant les choses au mieux, soit un contexte international très favorable (et l’on n’en prend pas le chemin) et l’arrêt de toutes les mesures récessives en matière budgétaire, le chômage pourrait se stabiliser vers la fin 2014. Mais, la France resterait très vulnérable à son environnement international. La dégradation progressive de la compétitivité n’est pas un bon indicateur de ce point de vue. De plus, cette stabilisation à un niveau très élevé n’est probablement pas supportable à long terme.
En revanche, dans le cas d’une dissolution de la zone Euro, accompagnée par une forte dévaluation de la France (ainsi que des pays de l’Europe du Sud), comme nous l’avons montré avec Philippe Murer dans l’étude déjà citée, on pourrait s’attendre à des créations d’emplois « nettes » entre 1,5 millions et 2,5 millions dans les trois ans

Jean-Charles Simon : Si la reprise se confirme aux troisième et quatrième trimestres, et avec la montée en puissance des emplois aidés, il est bien possible que le chômage diminue légèrement vers la fin de l’année. Mais l’emploi a généralement un temps de retard sur le cycle d’activité. Surtout, rien ne laisse présager une forte croissance dans les prochaines années : pour des raisons liées aux faiblesses structurelles de la France (endettement public et prélèvements obligatoires records, modèle social et marché du travail à réformer…) mais aussi à l’environnement international, qui reste fragile et handicapé par la nécessaire cure de désendettement de beaucoup de parties prenantes, alors même que les politiques monétaires accommodantes devront être corrigées. 

Gilles Saint-Paul : On pourrait envisager un retournement vers la mi-2014 mais cette question présente peu d'intérêt. La vraie question c'est le niveau particulièrement faible de l'emploi en France, le mauvais fonctionnement du marché du travail et le fait que cela s'explique par les rigidités (rigidités qui frappent aussi les marchés des biens, comme dans le secteur du commerce de détail). Un retournement conjoncturel ne changerait rien à ces questions.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !