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L'administration de Joe Biden refuse que la Chine lui dame le pion sur l'échiquier mondial.
L'administration de Joe Biden refuse que la Chine lui dame le pion sur l'échiquier mondial.
©Brendan Smialowski / AFP

Course à la première place

Joe Biden, une approche à l’opposé de celle de Donald Trump, mais toujours contre la Chine

L'administration Biden veut mener une stratégie visant, d’un côté, à renforcer la croissance potentielle américaine et, de l'autre, à freiner la croissance chinoise, en tout cas à la rendre plus compatible avec les normes et traités occidentaux.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Toujours en ligne de mire de Joe Biden : la Chine. Son PIB nominal est certes inférieur à celui des États-Unis, 14 trillions de dollars contre 21, mais sa croissance est de l’ordre de 5 à 6% l’an, contre 2% pour les États-Unis. Avant la pandémie, en début 2020, on pouvait mécaniquement calculer que le PIB chinois rejoindrait en 2040 le PIB américain. Actuellement ce peut être 2035 : inacceptable pour Joe Biden ! Il aborde ainsi le deuxième pan de son programme : non plus seulement soutenir l’activité économique et sociale en pleine pandémie de COVID-19 et empêcher son effondrement, c’est fait (900 milliards de dollars), mais la faire repartir au mieux et au plus fort. En effet, la réactivité de la Chine face au virus, qui pourtant en vient, pour ne pas dire ses pratiques illibérales, sa place dans les chaînes de production mondiales, lui ont fait « gagner » 5 ans dans sa course au premier PIB mondial. Ceci est inacceptable pour l’administration Biden. Elle entend donc mener une stratégie visant, d’un côté, à renforcer la croissance potentielle américaine pour compenser au mieux l’encoche de croissance que le virus a créée et, d’un autre côté, à freiner la croissance chinoise, en tout cas à la rendre plus compatible avec les normes et traités occidentaux.

Jeudi 23 et vendredi 24 avril, Joe Biden invite les 40 pays les plus importants du monde à des échanges virtuels pour contrer l’évolution du « changement climatique ». Comme il revient dans l’Accord de Paris que Trump a quitté, au bénéfice de la Chine à ce moment là qui en a profité pour construire des centaines de centrales à charbon, Joe Biden décide de « doubler la mise », pour la forcer à s’engager plus. Il annonce ainsi une diminution de moitié des émissions de CO2 à l’horizon 2030 et la neutralité carbone en 2050. La Chine est donc au pied du mur. L’Accord de Paris lui avait demandé de « faire des efforts sur une base volontaire », là elle ne peut plus continuer sur une base aussi floue. D’ailleurs, Xi Jinping, afin de bien montrer qu’il n’était pas « soumis » à Joe Biden, a annoncé la neutralité carbone en 2060. Il n’est pas « soumis » à d’autres : il s’est soumis à lui-même !

Avec ce « retour climatique », Joe Biden joue non seulement contre Trump, qui devient difficile à défendre sur ce dossier, mais surtout avance sur un nouveau terrain de la concurrence mondiale. Il s’agit de montrer que « le vert » ouvre un nouveau champ aux entreprises américaines. Après et avec l’Intelligence artificielle, Internet, les ordinateurs, la lune… les entreprises US doivent ainsi rendre leurs produits plus verts, les chaînes de production moins chinoises, les systèmes de distribution plus directs, de manière, selon Joe Biden, à offrir plus de jobs mieux payés, autrement dit plus de croissance à l’Amérique. Joe Biden fait ainsi de son plan de reconstructions et rénovations de 2 900 milliards de dollars sur huit ans, un défi pour les entreprises du BTP, mais avec les entreprises de la révolution en cours. Ceci explique leurs acceptations souvent enthousiastes (et les difficultés des Républicains pour contrer le projet, même s’il vient avec plus d’impôts).

Avec cette réunion virtuelle, Joe Biden entre dans une action multilatérale d’autant plus musclée que son prédécesseur était parti de l’Accord, isolant l’Amérique. Multi-dossiers, multi-pays : il fait l’inverse de « l’art du deal » trumpien : un sujet entre deux acteurs. Car cet « art du deal » n’a pas marché, isolant les États-Unis, affaiblissant ses alliés, renforçant ses opposants, laissant les pays émergents plus sensibles aux offres (et aux crédits) chinois, notamment dans les Routes de la soie.

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Hong-Kong, Tibet, Ouighours, Taïwan : ce sont les quatre « marches » de l’empire que la Chine veut reprendre, d’où les démarches de Joe Biden. Hong-Kong est perdu : Xi Jinping a profité des élections américaines pour, en fait, y assurer son pouvoir, évidemment sans réaction anglaise. Ouighours : il s’agit là pour Joe Biden de mettre l’accent sur leurs libertés, notamment religieuses (ce qui peut embarrasser la Turquie et l’Iran). Vient Taïwan, pour renforcer sa protection de l’île et montrer l’implication des États-Unis dans la région, avec une présence accrue des flottes américaine, anglaise et française. Ce message sera entendu par le Japon, l’Indonésie et l’Australie qui se dégage des « routes de la soie ».

OMC : Joe Biden revient. Il ne s’agit plus, comme avec Trump, de guerres de tarifs douaniers pour que la Chine équilibre ses échanges commerciaux avec les États-Unis à coup de milliers de tonnes de soja importés. Ce combat (même simple) ne pouvait être gagné : les États-Unis ont besoin des produits chinois, notamment manufacturés, d’autant plus qu’ils veulent repartir vite, par la consommation. Joe Biden devra donc nommer un juge au tribunal arbitral, ce qui permettra à l’OMC de fonctionner. La Chine devra alors respecter les accords qu’elle a signés, notamment sur l’ouverture des marchés publics chez elle. En même temps, la zone euro va sans aucun doute devenir plus exigeante (plus courageuse) avec la Chine sur les marchés publics et la symétrie des ouvertures, sur des normes de plus en plus sociales et environnementales, sur le respect des brevets et la surveillance des achats d’entreprises.

Le Yuan n’est plus manipulé, nous dit le dernier Rapport du Trésor Américain au Congrès d’avril 2021 ! Certes, remarque-t-il, pour conserver quelques critiques, la Banque centrale chinoise ne dit pas précisément ce qu’elle fait sur les marchés (qui le fait ?), mais elle échappe à ses (vieux ?) radars. Ainsi, parmi les 20 principaux partenaires commerciaux américains qui échangent 40 milliards de dollars en biens (a priori les services ne sont pas le problème !), avec des interventions persistantes et unilatérales de change (sur un an), un excédent de compte courant de 2% de leur PIB et un excédent commercial de plus de 20 milliards avec les États-Unis, le Trésor Américain ne trouve que le Vietnam (lié quand même à la Chine), la Suisse et… Taïwan comme coupables putatifs ! On comprend que la Chine n’est pas coupable. Mais elle se sait surveillée et devra faire monter le Yuan.

Au fond, avec la fin des deals trumpiens, prétextes à drames et surtout inefficaces avec la Chine, voilà les approches multilatérales « bideniennes », multi-pays et multi-aspects, plus compliquées et exigeantes. La Chine doit comprendre qu’elle doit respecter ses engagements climatiques : elle l’a dit précisément, commerciaux dans l’OMC : elle a signé les Traités, de change : le yuan doit monter et faire attention à la démocratie et aux normes sociales : Trump n’est plus là qui regardait ailleurs, les autres oui.

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