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Ne jetons pas le LBO avec l‘eau du bain ! Le témoignage d’un entrepreneur
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Rose et noir

Ne jetons pas le LBO avec l‘eau du bain ! Le témoignage d’un entrepreneur

En déplacement mercredi dans l'Oise sur le site de l'usine Still-Saxby, le candidat socialiste s'en est pris au LBO, procédure de rachat d'une entreprise par endettement. "Le législateur devra revenir sur cette procédure", a déclaré le candidat, "de façon à la réserver aux salariés et aux cadres d'une entreprise." Le LBO peut pourtant permettre de sauver des entreprises, en y injectant des fonds et une nouvelle équipe.

Philippe  Renault-Guillemet

Philippe Renault-Guillemet

Philippe Renault-Guillemet est entrepreneur. En 2008, dans le cadre d'un LBO qu'il a conduit, il a pris le contrôle d'une société monégasque, qui contrôle elle-même une usine de 215 personnes au Maroc et une société de distribution en Belgique.

Il a notamment été responsable export pour la moitié de l'Europe chez LAURENT-PERRIER ; directeur export du Groupe CHARLES JOURDAN et conseiller du prince Majid Al Rasheed, pour les investissements dans le luxe.

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Atlantico : François Hollande a dénoncé lors d’un déplacement dans une usine la procédure de LBO, dont de nombreux salariés sont « victimes » selon lui. Il souhaite réformer le système en ne l’autorisant qu’aux salariés et cadres des entreprises. En tant qu'entrepreneur, vous avez utilisé ce système de LBO. Comment réagissez-vous aux déclarations du candidat socialiste ?

Philippe Renault-Guillemet : En 2008, dans le cadre de que l'on appelle à tort un LBO, je suis entré au capital d'une société anonyme monégasque, active dans la création, la fabrication et la distribution de prêt-à-porter féminin haut de gamme.

Depuis plusieurs années cette société était au bord à la fois de l'effondrement et de l'explosion. Explosion, parce que les deux fondateurs, un créateur et un financier, ne s'entendaient plus, ne se parlaient plus et en étaient venus à ne plus vouloir se croiser. Effondrement, parce que le créateur, tombé dans des addictions, était devenu totalement ingérable, ce qui se traduisait depuis plusieurs saisons par des ventes en chute libre.

Le financier a alors décidé de se retirer. Le "LBO" qui a été monté pour sauver l'entreprise d'une liquidation programmée m'a permis de constituer un tour de table équilibré. A mes côtés, très classiquement, des investisseurs de type "business angels" sont entrés au capital, dont l'un représentait un fonds d'investissement parisien. Des Monégasques sont restés au capital, dont malheureusement le créateur. Ce qui est moins classique, c’est que ce tour de table, a permis à trois des employés de la société, d'entrer au capital, à un niveau non anecdotique.

Ce montage a été validé par une banque monégasque, qui a fait le prêt permettant de racheter ses parts au fondateur partant, pour éviter la liquidation immédiate de la société. La banque a donc considéré que la société avait les capacités de rembourser l'emprunt, et que le remboursement de cet emprunt ne la mettait pas dans un danger supérieur ou plus imminent que celui dans lequel elle se trouvait déjà.

Ma première réaction est donc simple. Comme souvent en politique, nous avons affaire à des généralistes, qui interviennent avec autorité sur tous les sujets, y compris les plus pointus. Soit par volonté de vulgarisation et dans le but de se faire comprendre de tous, soit par ignorance, force est de constater que bien souvent le discours est entaché de raccourcis, d'approximations, voire d'erreurs.

Ainsi, c'est une erreur très généralisée de parler de LBO, là où il s'agit en fait de LBI, de LMBO, ou encore de LMBI.

Dans le LBO (Leverage Buy Out), l'investisseur est issu de la société. Dans le LBI  (Leverage Buy In) l'investisseur vient de l'extérieur, et entre dans l'entreprise, d'où le terme In. LMBO et LMBI sont des variantes qui, au lieu de financiers, font intervenir des cadres (M pour management), soit des cadres internes à l'entreprise : LMBO, soit des cadres externes à l'entreprise: LMBI.

Il me semble donc que le projet évoqué par François Hollande s'adresse essentiellement aux LBI, ou LMBI, plutôt qu'aux LBO. Car ce qui est critiqué généralement, en-dehors du mode de financement, c'est l'irruption brutale d'investisseurs extérieurs dans la société cible. Ce n'est précisément pas le cas dans les LBO et les LMBO !

Quant à l'effet de levier incriminé ("leverage"), ce n'est en fait qu'un mode de financement de l'entreprise. Lorsque la banque historique de l'entreprise n'a plus confiance dans la direction en place, elle peut être tentée de financer la reprise de l'entreprise par une équipe nouvelle, dans laquelle elle a confiance. Les mesures drastiques qui accompagnent souvent les LBO (pour reprendre ce terme erroné), ne sont pas le fruit du LBO. Un LBO peut parfaitement ne pas utiliser de telles mesures, si elles ne sont pas imposées par la situation de l'entreprise.

Mais, le plus souvent, comme dans le cas de ma société, le LBO a été mis en place, avec l'aval des banques, parce que la situation financière de l'entreprise est à tel point dégradée, que le management en place doit se retirer et laisser la place à une équipe nouvelle. Et dans ces situations de crise, souvent l'équipe nouvelle n'a pas d'autre solution que de rétablir très rapidement les équilibres financiers. La cession d'actifs, par exemple, ou la fermeture de sites ou le dégonflement de la masse salariale sont des mesures qui visent à sauver l'entreprise et le maximum d'emplois.

 

 Pourquoi les LBO ont-ils si mauvaise presse, selon vous ?

Il y a trois points à bien distinguer : le changement d'actionnaires, le montage financier avec emprunt, les mesures correctives prises par la nouvelle direction. Incriminer les LBO, c'est confondre tous ces points.

En France, dans les années à venir, ce sont plusieurs dizaines de milliers de PME qui devront trouver un successeur, en fait le plus souvent un repreneur. Le LBO, qui permet d'obtenir des financements bancaires, rend possible cette transmission de l'entreprise, y compris à des employés ou des cadres, qui sans ce montage n'auraient pas les moyens de succéder au patron partant. Le LBO (en fait LMBI) évite des fermetures d'entreprise faute de successeur, et permet aux employés les plus expérimentés et les plus compétents de rester dans leur société tout en en prenant le contrôle. C'est donc une méthode de transmission d'entreprise à préserver.

L'effet de levier obtenu, et souvent incriminé, traduit en réalité la confiance que les banques font à la nouvelle équipe dirigeante, et tout particulièrement leur confiance dans la pérennité de l'entreprise. En effet, si l'équipe dirigeante n'est pas considérée assez compétente, les banques ne prêtent pas. Et comme c'est l'entreprise qui supporte le remboursement de l'emprunt, et non les repreneurs, les banques ont tout intérêt à ce que l'entreprise soit pérenne. Les garanties obtenues auprès des repreneurs étant toujours difficiles à activer.

Le LBO est une méthode de financement de la continuation de l'entreprise, et donc en quelque sorte une méthode de financement de l'activité. Quant aux mesures prises par la nouvelle direction, elles ne sont en rien liées au mécanisme propre au LBO, mais uniquement à l'état de l'entreprise et à la stratégie retenue. 

Propos recueillis par Antoine de Tournemire

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