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Omar Raddad et son avocate Sylvie Noachovitch après une audience concernant une demande d'un nouveau procès, à Paris, le 25 novembre 2021.
Omar Raddad et son avocate Sylvie Noachovitch après une audience concernant une demande d'un nouveau procès, à Paris, le 25 novembre 2021.
©ALAIN JOCARD / AFP

Affaire Omar Raddad

Jean-Marie Rouart : "Omar Raddad a confiance en la justice, il sait qu’un jour il sera innocenté"

La justice a accepté de rouvrir le dossier d'Omar Raddad. Depuis vingt-sept ans, Omar Raddad nie farouchement être responsable de la mort de Ghislaine Marchal. L'académicien Jean-Marie Rouart, très impliqué dans ce combat judiciaire, se confie après cette décision.

Jean-Marie Rouart

Jean-Marie Rouart

Jean-Marie Rouart est écrivain, essayiste et chroniqueur. Ancien directeur du Figaro Littéraire, il est membre de l'Académie Française depuis 1997. Très impliqué dans le comité pour la révision du procès d'Omar Raddad, il est l'auteur de Omar : la construction d'un coupable (Le Fallois, 1994).

 

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Atlantico : La commission d’instruction de la Cour de révision a décidé, ce jeudi, de diligenter un supplément d’information dans l’affaire Omar Raddad - Ghislaine Marchal. Une réouverture du dossier qui pourrait mener à une révision du procès. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?

Jean-Marie Rouart : J’accueille cette nouvelle avec une immense joie. Cela fait 26 ans que j’ai sorti mon livre "Omar, la construction d’un coupable" dans lequel je révélais toutes les erreurs qui ont pu conduire à sa condamnation. Je me réjouis bien sûr avant tout pour lui car il a subi un tort considérable. Je me réjouis aussi pour ceux qui se sont battus pour lui, à commencer par maître Sylvie Noachovitch. Elle s’est battue comme une lionne. Omar Raddad avait dit à mon propos : « Rouart ne m’a pas seulement défendu, il a défendu la justice, il a défendu la France ». C’est exactement la raison de mon combat. J’ai vécu pas mal de désillusions et d’attaques dans ce combat pour innocenter Omar Raddad donc je me réjouis de voir que la justice a enfin triomphé.

Cette décision était celle que vous espériez ? Était-elle attendue ?

Cette décision était espérée. C’est la solution idéale et nous savions que si la Cour de révision accédait à la requête de l’avocate, c’était ce que nous souhaitions tous.

Qu’est-ce qui, depuis bientôt trente ans, vous a incité à croire à l’innocence d’Omar Raddad et à demander la réouverture du dossier ?

C’est une réflexion que j’ai eu dès le premier jour où j’ai entendu parler de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Omar Raddad. J’estimais que ce n’était pas possible que quelqu’un écrive cette phrase au passé. On ne se met pas au passé, et quand on va mourir, on ne fait pas de phrases. C’était la première chose. Ensuite, il y a eu une cascade d'erreurs. Les légistes ont déclaré que la mort datait du 24 juin 1991, l’avocat a rétorqué qu’à cette date Omar Raddad était dans sa famille, alors on a demandé au légiste de changer la date pour le 23. Ensuite, on a incinéré le corps ce qui est absurde puisque c’est une pièce à conviction. On a détruit des photos qui étaient des éléments de preuve, on n’a pas retrouvé l’arme du crime. Le plus invraisemblable est de croire que le mobile soit qu’il ait tué sa patronne parce qu’elle refusait de lui donner de l’argent. C’est absurde car c’est elle qui lui permettait de vivre. De plus, on ne tue pas quelqu’un dans des conditions aussi abominables pour de l’argent. Ghislaine Marchal a été torturée.

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Dans quel état d’esprit est Omar Raddad ?

J’ai dîné avec lui il y a une semaine quand il est venu déposer sa requête. C’est un homme qui a tellement confiance en la France et en la justice qu’il sait qu’un jour il sera innocenté. Il ne s’énerve pas, il reste placide là où je m’énerve beaucoup plus. J’ai beaucoup été dans l’indignation. J’étais écœuré par cette indignité et cet aveuglement et maintenant je reprends espoir.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, qu’il ait fallu bientôt trente ans pour rouvrir le dossier ?

Je pense que la justice a du mal à remettre en cause ses décisions, fussent-elles mauvaises. A mon sens, la partie civile s’est aussi acharnée à dire qu’Omar était coupable alors que tout prouvait qu’il était innocent. Même quand on s’est rendu compte que l’ADN d’Omar Raddad n’était pas sur les lieux, la partie civile a maintenu ses positions. Je crois qu’elle a tort et j’espère qu’elle reviendra à de meilleurs sentiments car c’est son intérêt de savoir la vérité.

L’espoir est désormais le sentiment qui prédomine ? Il y a aussi le risque que la réouverture de l’enquête ne change rien…

Bien sûr, nous, comme les journalistes présents, avons compris le message :  la voie est ouverte à un innocentement d’Omar. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. L’ADN qui a été retrouvé à 35 reprises mêlé au sang de la victime n’est pas un ADN de pollution et il est présent dans le fichier des empreintes génétiques du grand banditisme (le FNAEG). Cela me semble une piste très sérieuse.

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Qu’attendre maintenant de la suite de la procédure ? Quelle visibilité avez-vous ?

La justice prend son temps, c’est gage de son sérieux. Je ne saurais pas vous dire quand aura lieu la suite. Il va y avoir des recherches sur les ADN et la vérification des alibis des personnes identifiées. On va faire une véritable enquête sur les gens suspectés.

Vous dites « véritable » enquête. Elle n’a pas été suffisamment faite à l’époque ?

Oui. L’enquête n’a pas cherché d’autre coupable qu’Omar Raddad. On ne s’est basé que sur une inscription. Or il est impossible que Madame Marchal ait pu la tracer. Il a fallu à la justice le temps de la réflexion. 

Jean-Marie Rouart a publié "Omar : La construction d'un coupable" aux Editions de Fallois

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